La pêche électrique, un danger pour les ressources ?

Pêcher les soles et autres poissons plats avec des filets électrifiés : voilà la ‘nouvelle’ technique de pêche utilisée par les pêcheurs néerlandais, et à plus grande échelle depuis mars 2014. En mars dernier, la Direction des affaires maritimes et de la pêche à la Commission Européenne de Bruxelles les a en effet autorisés à doubler leurs chaluts équipés pour la pêche électrique en Mer du Nord.

Rédigé par Emma, le 29 May 2014, à 9 h 15 min

La pêche électrique, une pratique qui se répand aux Pays-Bas

Aux Pays-Bas, on ne parle pas du tout des ravages de cette pêche sur les ressources. La presse et les sites néerlandais spécialisés vantent les 2 autres arguments en faveur de l’environnement :

  1. moins de carburants
  2. moins de dégâts sur les fonds marins.

On parle de « méthode innovante », et même de « pêche du futur » ! Au port de Texel, l’un des plus gros ports de pêche hollandais au nord d’Amsterdam, c’est l’effervescence.

 

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À terme, les Néerlandais voudraient équiper 400 bateaux de filets électriques.

En mars 2014, la Commission européenne autorise à nouveau les Pays-Bas à équiper 42 autres bateaux pour la pêche électrique, portant le total des navires à 84 (42 avaient déjà été autorisé en 2012). Mais avec des méthodes… pas très catholiques.

Pêche électrique danger : lobbying et concurrence déloyale

Les navires néerlandais peuvent pêcher à l’électricité en mer du Nord, c’est-à-dire jusqu’à Calais, alors qu’elle est interdite en France et en Belgique.

Pour passer de 42 à 84 navires équipés pour la pêche électrique –  alors que le règlement européen interdit ce genre de pratique (1) -, les Néerlandais ont joué finement. Comme en 2006, il a fallu biaiser ce règlement pêche de 1998 qui, en se fondant en particulier sur le besoin de protéger les juvéniles, interdit pourtant l’utilisation d’explosifs, de poison, de substances soporifiques ou de courant électrique….

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En 2006 déjà, le ministère de la mer néerlandais avait réussi à rendre cette pêche dérogatoire à hauteur de  5 % au maximum des chalutiers à perche, via le règlement communautaire des TACs et Quota à la Commission européenne, en évoquant des études pilote.

« C’est passé comme une lettre à la Poste, sans débat », note le journaliste de Libération qui avait couvert l’affaire en décembre 2006*. « Cette dérogation annuelle est intégrée dans le règlement mesure technique (celui qui l’interdisait en 1998) et devient une dérogation quasi permanente, si on peut dire, en 2013 », explique Antony Viera, chargé de mission au Comité des pêches du Nord-Pas de Calais/Picardie à Boulogne-sur-Mer, qui a détricoté toute l’affaire.

En 2014, les Néerlandais ont donc évoqués de nouvelles études à faire.

« Ils ont donc joué sur le règlement et utilisé l’article 14 de la politique commune de la pêche qui donne la possibilité de lancer de nouvelles études pilotes, toujours dans le cadre des 5 % dérogatoires. Cette fois, leurs études portent sur les rejets qui pourraient être ramenés au port à partir de 2015 au lieu d’être rejetés en mer, que les poissons soient morts ou vivants », continue Antony Viera.

Résultat : 42 navires EN PLUS des 42 navires déjà équipés via les 5 % dérogatoires.

Il y aurait même plus de bateaux équipés que les 84 annoncés, d’après lui : « Il y en a 51 de plus, dont les 42 Néerlandais. Les autres sont Allemands, Belges et Anglais, mais sous capitaux hollandais ! ».

Olivier Leprêtre dénonce une concurrence déloyale. Selon lui, « à ce rythme dans quelques années, la ressource sera anéantie, la pêche à Boulogne sera un lointain souvenir…« , déclare-t-il dans une interview à La Voix du Nord (2).

Un lobbying efficace

Le lobbying sur la question a été intensive… et persuasive. « Les Hollandais sont très forts en communication, reconnait Olivier Leprêtre. Ils arrivent toujours à s’adapter pour faire passer leurs intérêts ». Le président du Comité des pêches du Nord-Pas de Calais/Picardie rappelle l’épisode de la senne danoise (encerclement d’une zone de pêche sur plusieurs kilomètres avec des filets dérivants, NDLR) qu’ils avaient imposée il y a 10 ans :

« Elle a ruiné la Manche ! », dit-il. Cette technique sera interdite en 2015. « Alors ils passent à l’électricité », analyse-t-il. « Ils changent de technique tous les 10 ans, pour se renouveler malgré les interdictions… et les ressources marines épuisées ».

pêcheurs-mer-du-nordIl y a quelques semaines, des émissaires du port de Urk (Pays-Bas) ont fait le déplacement à Boulogne-sur-Mer pour rencontrer le ministre de la Pêche Frédéric Cuvillier. Le ministre français a écrit aux services de Maria Damanaki à Bruxelles pour demander sur quelle base juridique s’appuie la dérogation additionnelle à fins scientifiques réclamés par les Hollandais. La député française européenne Isabelle Thomas a posé 3 questions à la  Commission sur le sujet. Sans réponse pour l’instant.

Un combat perdu d’avance ?

Antony Viera, ingénieur et chargé de mission au Comité des pêches du Nord-Pas de Calais/Picardie qui suit le sujet avec passion a noté une faille dans la stratégie des Néerlandais : « Ils sont passés outre de l’avis consultatif du Conseil consultatif régional  (CCR) de la Mer du Nord. C’est un oubli attaquable ».

Le problème est que les pêcheurs français de la mer du Nord ne représentent qu’une petite partie des pêcheurs français. Pas facile de faire du lobbying quand on n’a pas la majorité

Il faut se mobiliser … sans l’Ifremer

Pourtant, si cette pêche électrique fait autant de ravages sur les ressources marines que le disent les Français et les Belges, et aux vues du forcing des Néerlandais pour l’imposer, on peut imaginer que cette pêche devienne la norme en Europe dans les prochaines années. Ce qui en terrifie certains. Tous les professionnels de la pêche sont donc concernés ! La mobilisation devrait être nationale.

Nous avons voulu interroger un responsable à l’Ifremer, organisme public dont l’une des missions est pourtant la surveillance des ressources marines et de leur évolution (2). Réponse incroyable ( !), l’attachée de presse a répondu que l’Institut n’était pas concerné par cette question de la pêche électrique… un sujet qui préoccupe pourtant par le danger potentiel qu’elle fait peser sur les « ressources marines ».

Il y aurait une solution alternative pourtant.
Emiel Brouckaert, le Directeur de la Rederscentrale à Zeebrugge en Belgique explique que les Belges ont mis au point un système qui est aussi efficace que l’électricité… mais sans l’électricité ! Avec des moteurs moins forts, des hélices plus grandes, des engins de pêche plus légers et des filets à plus grandes mailles. Le lobbying belge peut commencer.

Nous suivrons l’affaire.

(1) Article (CE) n° 850/98 du Conseil visant à la conservation des ressources de pêche par des mesures techniques de protection des juvéniles d’organismes marins.

* Christian Losson, http://www.liberation.fr/economie/2006/12/23/bruxelles-retablit-la-peche-a-la-ligne-electrique_61051

(2) Voilà ce qu’on lit sur le site web de l’Ifremer : Des missions de recherche, d’expertise et d’agence de moyens

Une recherche finalisée afin de répondre aux questions sociétales actuelles (effets du changement climatique, biodiversité marine, prévention des pollutions, qualité des produits de la mer…). Les résultats couvrent la connaissance scientifique, les innovations technologiques ou les systèmes d’observation et d’exploration de l’océan. Le partenariat est public, privé ou associe les deux.

La surveillance des mers et du littoral, en soutien à la politique publique de gestion du milieu et des ressources. A partir d’avis ou de rapports d’études, de campagnes d’évaluation, de réseaux de surveillance ou de suivi du milieu marin, l’Ifremer apporte son expertise sur des grandes questions scientifiques dans les domaines de compétences de l’Institut et en lien avec les professionnels.

 

Retour à la 1ère partie :
La pêche électrique va-t-elle débarquer en France ?

Guide : quelles espèces de poisson acheter ?

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3 commentaires Donnez votre avis
  1. et l’ifremer qui se dit pas concerné ::!!!!! on croit rever !!! a quoi servent ces fonctionnaires surement trop payes????

  2. Une union a .la préservation de la pêche dans le monde est très demandée

  3. c’est une monstruosite que deviens la vie sous marine nous détruisons toute sorte de nature terre mer etc….

Moi aussi je donne mon avis