Éradication accidentelle du moustique-tigre sur une île du Pacifique

Sur l’atoll Palmyra, une île du Pacifique, le moustique-tigre a été éradiqué par accident, suite à une grande campagne de dératisation.

Rédigé par MEWJ79, le 23 Apr 2018, à 8 h 05 min

Sur l’atoll Palmyra, les moustiques-tigres ont été éradiqués… par erreur. En effet, ces derniers se nourrissaient du sang des rats. Mais les rongeurs qui avaient pullulé ont été supprimés, entraînant la fin des insectes.

Après la seconde guerre mondiale, l’atoll Palmyra, base aéronavale de 2.400 soldats américains, est devenue une réserve naturelle, seulement habitée par les oiseaux marins. Quelques chercheurs s’y sont alors installés, apportant avec eux des rats et des moustiques, les Culex quinquefasciatus et les Aedes albopictus, une espèce plus grosse, plus agressive et mieux connue sous son nom commun de moustique-tigre.

Comment le moustique-tigre a disparu « accidentellement » de cet atoll du Pacifique ?

Pendant des dizaines d’années, le nombre de rats a augmenté jusqu’à atteindre un seuil critique. Ainsi, en juin 2011, la population des rongeurs avoisinait les 40.000 individus sur cet atoll de 12 km2. Cette surpopulation présentant une menace pour la survie des oiseaux nichant sur ces îlots, une grande campagne de dératisation est venue à bout des invasifs. Mais à un autre bout de la chaine alimentaire, les moustiques-tigres se sont retrouvés privés de leur mets préféré…

moustique-tigre , oiseaux marins

La survie des oiseaux menacée par la prolifération des rongeurs sur l’atoll Palmyra © zaferkizilkaya

Plus de moustique-tigre après l’éradication des rats

Selon une étude américaine publiée par Biology Lettersles hommes présents sur l’atoll Palmyra, continuaient de se faire piquer le soir par les Culex. En revanche, à la surprise générale, ils étaient totalement épargnés durant la journée, aux heures où le moustique-tigre attaque habituellement.

Était-il mort avec les rats ? Pour le savoir, les auteurs de l’étude ont mené plusieurs campagnes de piégeage d’insectes sur les îlots, entre 2015 et 2017. ­Les résultats ont confirmé les premières constatations : aucun moustique-tigre n’a été capturé !

Il a donc bien fallu se rendre à l’évidence : Aedes albopictus n’avait pas survécu à la disparition des rongeurs. Il s’agit de ce que les scientifiques appellent une éradication secondaire accidentelle. Si dans d’autres régions du monde, on développe des méthodes sophistiquées telles que le forçage génétique ou encore la stérilisation des mâles pour contrôler les populations de moustiques, dans ce coin perdu du Pacifique, on a éradiqué une espèce sans le vouloir.

En Europe, les moustiques se déplacent en voiture

Les chercheurs supposent que privé du rat, le moustique-tigre n’a pas su s’adapter.

moustique-tigre

Un moustique-tigre © Michael Pettigrew

Pour Frédéric Simard, qui dirige l’unité Maladies infectieuses et vecteurs, écologie, génétique, évolution et contrôle (IRD, CNRS, université de Montpellier), « Bien d’autres hypothèses peuvent expliquer ce qui s’est passé. Par exemple le fait qu’on ait utilisé un anticoagulant pour tuer les rats. Ils ne sont pas morts tout de suite et les moustiques ont pu prélever sur eux du sang de bien moindre qualité. Cela a pu avoir un impact… » Il estime donc qu’il s’agit « d’une jolie anecdote dans un contexte extrêmement particulier. Elle est très peu transposable, si ce n’est sur d’autres petits îlots ».

En Europe, ces moustiques-tigres sont loin d’être éradiqués. Une expérience, menée en Espagne durant l’été 2015, et dont les résultats ont été publiés dans la revue Nature en octobre 2017, a montré comment ils se déplacent. Les chercheurs ont arrêté des voitures au niveau du péage d’une autoroute ibérique et en ont aspiré l’intérieur. Dans l’habitacle des 770 voitures inspectées, les spécialistes ont retrouvé quatre moustiques-tigres femelles, parmi lesquels deux insectes décédés. Pour les auteurs de l’étude, chaque jour, sur les 6,5 millions de déplacements en voiture effectués dans les environs de Barcelone, entre 13.000 et 71.500 serviraient de moyen de locomotion à des moustiques-tigres.

Illustration bannière : Un moustique-tigre Aedes albopictus – © InsectWorld
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Journaliste, je fais le grand écart entre football et littérature jeunesse.

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