La France s’octroie la première certification ‘Pêche Durable’ pour le thon rouge de Méditerranée !

N’est-il pas prématuré et dangereux d’accorder une certification sous le label ‘Pêche durable’ à une pêcherie de thon rouge de Méditerranée ? C’est en tous cas ce qu’estime WWF France !

Rédigé par Paul Malo, le 13 Jul 2019, à 11 h 25 min

Le WWF s’inquiète de l’attribution du label « pêche durable » à une pêcherie de thon rouge, une espèce pourtant en danger en Méditerranée (comme ailleurs !).

Thon rouge de Méditerranée – Une première labellisation prématurée et dangereuse

Une annonce a minima des plus prématurées… Le 5 juillet dernier, France Agrimer a annoncé la certification sous le label « Pêche durable » de la première pêcherie de thon rouge (Thunnus thynnus) au monde. Cette certification a été délivrée à la Société coopérative des pêcheurs Sète Mole (Sa.Tho.An), ainsi qu’à l’association pour la valorisation des produits de la pêche en Méditerranée (Valpem), regroupant les petits métiers de l’hameçon ciblant le thon rouge sous la marque collective « Thon rouge de ligne ».

Peut-on vraiment certifier la pêche au thon rouge durable avant même d’être sûr de l’état des populations ? ©  lunamarina

Cette première labellisation inquiète le WWF France, qui la « considère à la fois comme prématurée étant donné l’état des stocks de thon, et dangereuse en l’absence de mesures de gestion des stocks »(1).

En effet, si une amélioration est constatée pour le thon rouge de Méditerranée et d’Atlantique Est, les mesures de gestion sont encore bien trop faibles. Or, à ce jour, « aucun accord sur ces mesures de gestion des stocks n’existe », souligne le WWF, qui considère du coup que la certification de cette pêcherie constitue « un message dangereux pour le marché du thon rouge ».

Une absence total de dialogue

Le label « Pêche durable » est le premier label public des produits de la pêche maritime, créé pour répondre au souhait de la filière pêche de valoriser les produits de la pêche française. Porté par FranceAgriMer, il a été élaboré par une commission composée d’acteurs représentatifs de l’ensemble de la filière pêche, de l’amont à l’aval ainsi que de représentants de l’administration, des ONG, des consommateurs et des scientifiques.

Peuvent être labellisés « Pêche durable » les pêcheries et les opérateurs de la chaîne de commercialisation et ce notamment en minimisant leur impact sur le stock de poissons.

Pour autant, WWF France regrette « l’absence de dialogue avec les différentes parties prenantes pendant le processus de certification ». Seule ONG environnementale impliquée depuis le début dans le processus de création de l’écolabel Pêche durable, et faisant partie de la commission dédiée au cahier des charges, elle n’a pourtant pas été impliquée pendant le processus de certification de la pêcherie de thon rouge.

Un superprédateur en danger

Espèce emblématique de la Méditerranée, pêché depuis plus de 7.000 ans, le thon rouge est une espèce toujours fragile. Le thon rouge de l’Atlantique n’a pas de prédateur naturel dans l’océan, sinon l’orque.

Ce superprédateur contribue donc fortement à la stabilité des écosystèmes. Mais avec l’amélioration des techniques industrielles de pêche, et l’apparition de bateaux usines, les petites conserveries ont peu à peu cédé la place aux grands industriels, mettant la survie de l’espèce en péril…

Le WWF France proposera donc à FranceAgrimer « la mise en place d’un dialogue formel entre les parties prenantes de la commission pour veiller à la transparence du processus de certification et intégrer les remarques déjà formulées par l’ONG concernant le cahier des charges ».

C’est le résultat de cette consultation qui déterminera si WWF France reste ou non partie prenante de cet écolabel Pêche durable.

Illustration bannière : Pêche au thon en Méditerranée – © zaferkizilkaya Shutterstock
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