Investissement citoyen dans les énergies vertes : le retard français

Rédigé par Perrine Signoret, le 30 Jul 2015, à 18 h 28 min

En Allemagne, 51 % des capacités de production d’énergie durable appartiennent à des acteurs privés. Une situation largement favorisée par une réglementation souple en faveur de l’investissement citoyen. La France se met tardivement au financement participatif des énergies vertes et à l’investissement coopératif.

Les projets se multiplient en France grâce au crowdfunding

Un parc éolien en Loire-Atlantique, des panneaux solaires sur la toiture d’un Biocoop d’Ille-et-Vilaine, la production de biogaz local à partir de déchets verts au coeur des Pyrénées-Atlantiques : autant de projets qui ne demandent qu’à être financés. Les sommes requises vont de 120.000 à 500.000 euros. Pour les récolter, les meneurs de ces projets écologiques ont choisi de faire appel… aux citoyens. Et ce, via la plateforme de financement participatif Energie Partagée. Grâce à ce site, une dizaine d’initiatives de ce type ont déjà pu voir le jour.

Le succès est tel que les plates-formes se sont multipliées en France ces dernières années, à l’image de Lendosphère(1), ou Lumo(2). Même le géant GDF Suez, rebaptisé Engie, a annoncé en avril dernier qu’il se lançait à son tour dans l’aventure du financement participatif.

L’énergie pour le peuple

Résultat : de plus en plus de projets voient le jour grâce aux citoyens. Ce fut le cas pour le parc éolien de Béganne, une commune du Morbihan. Il aura fallu près de dix ans pour venir à bout de cette idée(3). Aujourd’hui, les quatre éoliennes installées permettent de produire chaque année 20.400 MWh, « soit l’équivalent de la consommation électrique hors chauffage de 8.000 foyers » de la région.

En Côte d’Armor, un autre parc, de sept éoliennes cette fois-ci, avait été installé en juillet 2013. Il permet de combler la consommation annuelle « d’environ 6.000 foyers », lit-on sur le site de la communauté de communes à l’origine du projet(4). A Caen, ce sont les toits des écoles qui ont pu être équipés de panneaux solaires, toujours grâce à l’investissement citoyen.

Si ces réalisations témoignent d’un certain goût pour l’investissement citoyen dans le domaine des énergies renouvelables, cela ne doit pas pour autant obstruer une réalité, celle du retard français en la matière. Surtout par rapport à ses voisins européens, notamment l’Allemagne et le Danemark, puis, dans une moindre mesure, la Belgique et les Pays-Bas.

L’Allemagne et ses coopératives d’énergie soutiennent les énergies vertes

Prenons le cas allemand. Le pays compterait aujourd’hui pas moins de 888 coopératives d’énergie rassemblant quelque 200.000 personnes. Ensemble, ces acteurs privés détiennent la moitié des capacités en électricité renouvelable du pays. A eux seuls, les agriculteurs en possèdent 11 %, tandis que les quatre grands groupes électriciens allemands réunis n’en ont que 7 %.

D’après Andreas Rüdinger, chercheur en politiques climatiques et énergétiques à l’IDDRI (institut du développement durable et des relations internationales), ces chiffres s’expliquent en partie par la réaction de ces groupes au changement de cap en matière de politique énergétique opéré par l’Allemagne dès 1998. L’annonce de la sortie progressive du nucléaire, suivie de près par la loi sur les énergies renouvelables (EEG), n’a pas été bien reçue dans le secteur.

Il explique à ce sujet à consoGlobe que les géants de la production d’électricité « se désintéressaient, et essayaient de torpiller la loi plutôt que de se demander comment ils pouvaient s’engager dans cette voie-là ».

Pour pallier à cette situation, les citoyens se sont alors mobilisés. Il faut dire que l’Allemagne avait plus que jamais besoin de financements pour soutenir la croissance exponentielle de son énergie verte, bien plus rapide celle constatée en France. Résultat, précise Andreas Rüdinger : « on compte 8 GigaWatts d’éolien en France, contre 34 en Allemagne, et 5 pour le solaire en France contre 35 en Allemagne ».

L’investissement privé suit cette tendance. Dans un rapport qu’Andreas Rüdinger a co-écrit avec Noémie Poize, on lit qu’entre 2006 et 2012, le nombre de coopératives d’énergie, dénommées « eingetragene Genossenschaft », a été multiplié par dix en Allemagne, sans compter les autres formes juridiques, telles que les associations et SARL(5).

Ces modèles, s’ils existent dans d’autres pays, bénéficient en Allemagne de nombreux avantages, notamment en ce qui concerne le montage financier de leurs projets. Dans le pays, il n’est en effet pas question d’imposer aux coopératives une limitation du nombre de membres, ou l’obligation absolue d’obtenir une autorisation de la part du régulateur financier. Bien au contraire… Les projets dans ce domaine sont encouragés à tel point que les banques locales se chargent de faire leur publicité auprès de leurs propres sociétaires. Une situation que la France est encore loin de connaître…

Vers une réglementation plus souple en France ?

Dans l’Hexagone, Andreas Rüdinger a longtemps constaté une réglementation « assez pénalisante ». S’il vante les mérites des coopératives allemandes « faciles à monter, peu coûteuses, très évolutives, avec un capital ouvert, et la possibilité d’y mêler citoyens, entreprises privées et publiques », ces groupements qui « peuvent s’organiser librement et redistribuer les gains librement aux actionnaires », le chercheur est plus sceptique sur leur pendant français, les SCIC. En cause, les contraintes financières que ces dernières sous-tendent, « comme l’obligation de mettre en réserve 60 % de [leurs] bénéfices ».

La participation des acteurs publics y est aussi limitée à 20 %, alors qu’Andreas Rüdinger l’estime bénéfique. « L’engagement des collectivités, nous explique-t’il, n’est pas indispensable, mais il est fortement recommandé. C’est un gage de confiance, cela donne un pouvoir financier, et cela permet aussi de motiver d’autres citoyens, d’autres investisseurs ».

L’engagement des collectivités n’est pas indispensable, mais il est fortement recommandé. C’est un gage de confiance.
Andreas Rüdinger, chercheur, IDDRI

Succès picard : co-financement public-privé

Le succès d’une telle association avec les pouvoirs publics s’est notamment révélé dans un projet en Picardie. Pour favoriser l’investissement citoyen, les acteurs publics locaux ont mis au point une étonnante initiative : pour chaque euro investi par un citoyen dans le secteur des énergies renouvelables, la collectivité s’est engagée à elle-même y verser un euro.

En dépit de quelques barrières réglementaires, et de l’omniprésence des grands groupes comme EDF et Engie dans le secteur, qui laissent « moins de place aux citoyens », Andreas Rüdinger reste optimiste sur l’avenir. Son étude publiée début 2014, « Projets citoyens pour la production d’énergie renouvelable, une comparaison France Allemagne », a d’ailleurs d’ores et déjà pu « contribuer à la prise de conscience des décideurs français ».

Ces derniers s’activent désormais pour favoriser l’investissement citoyen dans le domaine des énergies vertes, en simplifiant le cadre réglementaire, de telle sorte que le chercheur affirme que de ce point de vue-là, « nous sommes en train de converger vers le modèle allemand ».

Aussi en Belgique

Un chemin qu’ont aussi choisi d’emprunter la Belgique, où une coopérative, Ecopower, dessert déjà 1,5 % des foyers flamands en électricité. Mais aussi les Pays-Bas, où la plateforme d’investissement WindCentrale a réussi l’exploit de lever plus d’un million d’euros en seulement treize heures pour financer de l’énergie éolienne. Ou encore au Danemark, déjà bien en avance en la matière : les citoyens y possèdent 80 % du parc éolien du pays. Le potentiel français est immense…

Références :
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Étudiante en journalisme, sans cesse à la recherche de cerveaux bouillonnants d'idées novatrices, et de projets solidaires ou écologiques prometteurs.

5 commentaires Donnez votre avis
  1. La France à toujours pensé vendre des centrales nucléaires et a toujours fait barrage aux petits producteurs d’ électricité parce que leur politique c’ est de rendre tout Français dépendant de l’ énergie pour contrôler toute la fiscalité. Maintenant que tout le monde se rends compte que les centrales nucléaires sont des bombes à retardement et vont coûter des milliers de milliards pour être recyclé. le fusil change d’ épaule mais c’ est très tard et rien est fait pour rattraper ce retard. Notamment à cause des règlementations complètement débiles.

  2. Je me suis installé une éolienne au trou du cul. Dès que je pète, je parviens à produire un peu d’électricité et ai la lumière durant quinze secondes. Je veille néanmoins à ne pas trop l’utiliser, je crains de rejeter trop de méthane. Ces quelque quinze secondes sont très largement suffisantes. D’ailleurs, les hommes préhistoriques n’avaient pas l’électricité dans leurs cavernes et ne vivaient pas mieux que nous qui polluons et détruisons notre si belle planète, offrande imméritée de Dame Nature.

  3. Si la France a peu d’éolienne, c’est parce qu’elle n’en a pas besoin.
    Le nucléaire suffit au besoin actuel en électricité. Les énergies ‘vertes’ sont une sur production chère et inutile qui est jetée. L’électricité elle injecté sur un réseau maillé La production doit correspondre exactement à la consommation. Quand il y a surproduction ou sous consommation, on jette l’énergie excédentaire des centrales sous forme de vapeur ou d’eau chaude. Rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme. Comme la désintégration nucléaire ne peut être stopper, il faut évacuer l’énergie produite. On peut seulement ralentir les désintégrations. C’est pour cela que Fukushima a pétée alors qu’elle était à l’arrêt. Les énergies vertes ne font rien économiser aux centrales nucléaires, elles font économiser de l’eau aux centrales hydrauliques et du fioul ou du charbon aux centrales thermiques. C’et pour cela qu’il est prévue de remplacer le nucléaire, sans effet de serre, par des centrales à gaz plus polluantes.
    Les énergies vertes permettent de réduire l’émission de GES lorsque on en produit. Comme la France ne pollue pas elle est critiquée pour ne pas réduire cette pollution inexistante. Il est donc prévue de construire plusieurs centrales bien polluantes pour pouvoir réduire cette pollution grâce aux énergies vertes.
    On doit pouvoir être député ou écolo sans être débile, mais c’est rare.

  4. Pour se faire une idée sur l’intérêt d’utiliser des énergies vertes, nous devrions être informés sur l’impact énergétique en année de production d’une éolienne et d’une plaque photovoltaïque tant pour la construction, le placement, l’entretien sur une espérance de vie moyenne sans oublier le démantèlement?
    Et je me pose aussi la question, si en cas de non-production temporaire pour cause de manque d’ensoleillement ou vent, quel moyen reprendra le relais et si ce moyen en « standby » ne doit pas être en fonction pour reprendre le relais instantanément car je suppose que le consommateur lui ne changera en rien ses habitudes de consommation!

    • Bonjour,
      La réponse est dans le réseau.
      C’est l’interconnexion des installations qui assure l’essentiel de la continuité d’approvisionnement, l’exemple allemand le démontre assez bien, et l’Europe est en pointe pour ce qui concerne l’organisation du réseau. Il y a toujours du vent ou du soleil quelque part.
      Ensuite, il ne faut pas oublier que, parmi les énergies renouvelables, il y a l’hydraulique qui assure aujourd’hui près de 15 % de l’électricité et qui est extrêmement réactive.
      Enfin, il ne fait pas rester figé sur l’existant, le déploiement des sources de production induira aussi l’organisation des moyens de stockage (réservoir d’énergie potentielle) et de conversion (hydrogène).
      Quant à l’obsolescence des équipements, nous savons aujourd’hui recycler les panneaux photovoltaïques. Ils ont d’ailleurs une durée de vie moyenne bien supérieure à ce qui est annoncé, comme le montre le fonctionnement des satellites les plus anciens.

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