Habitat groupé et éco-habitat, mode d’emploi

Rédigé par Annabelle Kiéma, le 12 May 2013, à 12 h 16 min
Habitat groupé et éco-habitat, mode d’emploi
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CG : vous faites partie des pionniers de l’habitat groupé en France ; en tant que tels, quelles sont, selon vous, les grandes étapes pour mener à bien un tel projet ?

communauteDans un premier temps, il faut constituer un groupe. Celui-ci doit être animé par des envies communes, guidé par les mêmes visions et doit partager les mêmes valeurs. D’abord, on se rencontre. Cela commence avec 2 ou 3 familles, puis la discussion s’ouvre à d’autres. Ensuite, on monte un projet commun. Cela peut être par exemple l’envie de créer un habitat groupé multigénérationnel. Le groupe « toitmoinous » à côté de chez nous est partie d’une réflexion sur le vieillissement. D’autres peuvent avoir envie de monter un projet autour de l’éducation des enfants, etc.

La 2ème étape consiste à déterminer le tronc commun du groupe : souhaite-t-on vivre en ville ou à la campagne, rénover de l’ancien ou construire, etc. Se poser la question de la dimension du terrain ou de la construction en paille doit arriver par la suite. Ce qui est important à déterminer dès le départ c’est ce qu’on veut réellement : souhaitons-nous monter un projet solidaire, un projet axé sur l’écologie ou quelque chose de tout autre ?

La seule volonté de construire durable par exemple n’est pas suffisante pour envisager de vivre dans un habitat groupé. Il faut impérativement une dimension sociale au projet.

Une fois le projet bien structuré, on peut passer à la partie pratique, ce serait la 3ème étape. Et c’est un gros morceau : trouver le terrain. Il est vraiment difficile de trouver un terrain pour des projets d’habitat groupé, surtout en ville.

ecohabitat-gourpeAujourd’hui, des initiatives comme le Réseau écohabitat groupé (www.ecohabitatgroupe.fr) simplifient les choses. Le réseau coordonne quantité d’initiatives locales. Chez nous, dans le Nord, la ville de Lille répond à ce genre de demandes. Elle dégage des terrains qu’elle vend en priorité pour la construction d’habitats groupés. Elle en a réservé plusieurs qu’elle cédera à des prix non spéculatifs. Ces terrains sont au départ destinés à des organismes parapublics. Ce type d’actions concrètes est vraiment encourageant. 

Le côté négatif c’est que ce genre d’appels d’offre met en concurrence des groupes dont les projets sont de valeur égale.

Enfin, les projets doivent être crédibles, le plan de financement solide.  Des projets comportant une trop grande proportion de parties communes paraît difficile à gérer à long terme. A un moment donné se posera la question de qui paie quoi, à quelle hauteur ? Chez nous, les parties communes ne représentent que 10 % du logement.

La 4ème et dernière étape consiste à définir le statut juridique. Jusqu’à maintenant, il n’en existe pas. Mais cet aspect risque de changer d’ici peu puisque depuis le 28/03/2013, l’habitat groupé est inscrit dans le projet de loi urbanisme et logement. Il pourra être de 2 types : soit des sociétés en autopromotion, soit des coopératives d’habitants. 

Le statut d’autopromotion ressemble grosso modo à une SCI. Dans une coopérative d’habitants basée sur le principe « 1 homme, 1 voix », le coopérateur est locataire mais aussi propriétaire de parts sociales de la coopérative. Les 2 statuts représentent une réelle avancée pour l’habitat groupé en France, puisqu’ils reconnaissent l’habitat  participatif et les locaux communs.

CG : selon vous, à quel type de difficultés peut-on s’attendre lorsque l’on souhaite créer un éco-habitat groupé ?

Comme je viens de l’évoquer, une fois que le groupe est constitué et qu’on a trouvé le terrain, une autre grande difficulté à laquelle peuvent être confrontés les groupes souhaitant se lancer est le cadre juridique. Nous avons opté à l’époque – c’était il y a 25 ans – pour la SCC, société civile de construction. C’est la SCC qui est propriétaire de notre habitat groupé. Chaque famille du groupe est propriétaire de parts qui correspondent à sa propre maison, une partie de la maison commune et une partie du terrain.

Nous gérons notre habitat groupé via une association loi 1901 et des cotisations trimestrielles. Il n’y a pas de président. Notre fonctionnement n’est pas construit sur un modèle hiérarchique. Il y a quand même une trésorière pour des questions de commodité : elle donne l’état des comptes mais ne prend pas de décision seule sur nos dépenses. Sinon, nous sommes tous également responsables. Les décisions pour chaque point sont prises collectivement lors de nos réunions mensuelles.

Si jamais un propriétaire souhaite revendre sa maison, il revend un lot qui englobe sa maison et ses parts de la maison commune et du terrain. Mais il ne revend pas son logement dans son coin. Il doit avertir toute la collectivité puisque c’est l’ensemble du groupe qui est concerné. Il faut que le nouvel acheteur rencontre tout le monde également. Cela peut être délicat, d’où le besoin d’un cadre législatif.

*

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Je fais partie de ce qu’on appelle désormais les « slasheurs » : je suis rédactrice / sophrologue / et j’enseigne le français comme langue...

4 commentaires Donnez votre avis
  1. bonjour
    L’article présente très bien les avantages et questions à résoudre.
    Je fais partie d’un groupe de 20 foyers sur un projet d’immeuble proche du centre ville à Caen. Nous serons 22 ou 24 au final, livraison prévue juin 2015. L’originalité est que la Ville de Caen souhaitant favoriser des projets de ce type a vendu un terrain à un office HLM qui sera constructeur et promoteur. Il y a donc un caractère social affirmé ce qui permet à des familles modestes d’accéder à la propriété via un dispositif de prêt spécial appelé PSLA, ainsi qu’un budget indépassable d’environ 2300€/m² construit. Nous aurons un statut de copropriété qui évoluera plus tard en coopérative, une loi Duflot doit sortir en fin d’année.
    Nous participons bien sûr très activement à la définition du bâtiment, plan d’ensemble et détaillé, écomatériaux etc. Nous sommes aidés par une association extérieure, il est bon qu’une personne neutre soit modérateur et facilitateur des décisions. Elles se prennent toujours à l’unanimité, quitte à perdre un peu de temps au début ce système nous fait avancer vite car chacun s’habitue à faire des concessions sachant que les autres en feront aussi.
    Les espaces mutualisés (salle d’activités, chambre d’amis, atelier, buanderie, garage vélos etc) représenteront environ 10% de la surface construite. Nous prévoyons de l’auto/vélo/partage, et bien sûr partager divers services et compétences pour les courses, la garde d’enfants, l’informatique, le bricolage le jardinage etc., tout en vivant chacun chez soi dans le respect de nos goûts et opinions.

    • Merci pour ce témoignage ! Nous vous souhaitons pleine réussite dans ce beau projet 🙂 Tenez-nous au courant !

  2. Pour ceux qui veulent en savoir plus sur ce mode de vie :
    Cohousing – proposition pour un mode de vie durable
    fr.calameo.com/read/000591062daa6f1cf5d95

    • Merci à Anthony pour la référence. Les 130 pages du doc sont denses et passionnantes, c’est plein de petits tuyaux utiles, et ça n’oublie pas ce que Pierre Rabhi appelle le PFH. Vous voyez pas ce que c’est ? Pourtant vous le connaissez bien..

      Le Pu…de Facteur Humain :>))

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