Giec : pourquoi son prochain grand rapport sur le climat risque d’être retardé

Le Giec traverse une crise inhabituelle : faute d’accord entre États sur le calendrier de son prochain rapport et sur son financement, les scientifiques avancent sans visibilité. Derrière la menace d’un report jusqu’en 2029, deux impératifs s’affrontent : rendre les connaissances climatiques plus représentatives du monde entier et fournir à temps aux gouvernements les éléments nécessaires pour réviser leur action.

Rédigé par , le 4 Nov 2026, à 9 h 09 min
Giec : pourquoi son prochain grand rapport sur le climat risque d’être retardé
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Réunis à Addis-Abeba, en Éthiopie, les membres du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat n’ont pas réussi à s’entendre. Le 16 octobre 2026, la 65e session plénière du Giec a été suspendue, sans décision sur le calendrier de son septième cycle d’évaluation ni sur le budget permettant de le mener à bien. Une impasse diplomatique aux conséquences potentiellement très concrètes pour la production scientifique.

Prochain rapport du Giec : pourquoi le calendrier est bloqué

Le Giec, créé en 1988 et composé de 195 États membres, rassemble les connaissances issues de travaux scientifiques déjà publiés. Ses évaluations sont censées aider les décideurs à comprendre les risques et les solutions, sans dicter les politiques à adopter. Le septième cycle comprend trois rapports majeurs. Le premier examine les mécanismes physiques du réchauffement ; le deuxième, ses conséquences, la vulnérabilité des territoires et les possibilités d’adaptation ; le troisième, les moyens de réduire les émissions de gaz à effet de serre. La synthèse finale est, quant à elle, envisagée pour 2029. Le conflit actuel concerne surtout les dates de publication de ces trois contributions, qui peuvent être séparées dans le temps.

La réunion d’Addis-Abeba, le 16 octobre 2026, marque le sixième échec consécutif des gouvernements à fixer ces échéances depuis 2024. Du 12 au 16 octobre 2026, environ 334 personnes ont participé aux débats, dont 225 représentants de 115 pays. Malgré plusieurs jours de discussions, la plénière n’a pas pu transformer les propositions en décision commune. Les positions se sont pourtant rapprochées sur le papier. Sept scénarios ont été examinés, puis ramenés à quatre. Certains permettraient de publier les trois évaluations au cours de l’année 2028. D’autres placeraient le rapport sur l’adaptation en avril 2029 et celui consacré aux réductions d’émissions en juillet 2029. Entre ces deux extrêmes figure notamment une formule maintenant les deux premiers rapports en 2028, mais décalant celui sur l’atténuation à février 2029. Aucun de ces compromis n’a recueilli l’adhésion de tous.

Cette divergence traverse les groupes diplomatiques habituels. Des États européens, plusieurs pays d’Amérique latine et des petits États insulaires souhaitent une publication rapide, tandis que l’Arabie saoudite, l’Inde, la Russie, la Chine et le Kenya font partie des pays qui demandent davantage de temps pour les travaux ou leur examen. Le clivage ne saurait donc se résumer à un affrontement entre pays riches et pays pauvres. Il oppose aussi des intérêts et des priorités différents au sein du Sud mondial.

Des scientifiques du Sud qui veulent peser sur les connaissances

Les partisans d’un calendrier plus long soulèvent une difficulté réelle. La recherche climatique n’est pas produite dans des conditions égales partout dans le monde. Les institutions des pays disposant de budgets importants publient davantage, accèdent plus facilement aux données et participent plus régulièrement aux réseaux internationaux. À l’inverse, des équipes du Sud disposent parfois de moins de moyens pour mener des études, les publier et prendre part aux longues procédures d’expertise.

Ce déséquilibre influence les questions posées et les scénarios étudiés. L’évolution des systèmes énergétiques, les besoins d’infrastructures, la responsabilité historique des émissions ou les possibilités de financement ne se présentent pas partout de la même façon. L’enjeu est donc de faire place à davantage de recherches locales, à des publications non anglophones et aux connaissances issues des territoires les plus exposés. Dans cette perspective, disposer de quelques mois supplémentaires peut faciliter certains travaux, sans garantir à lui seul une représentation plus équitable.

Le calendrier ordinaire de ces exercices entre également en ligne de compte. Les cycles d’évaluation ont généralement duré entre cinq et sept ans. Or, les auteurs du nouveau cycle ont été sélectionnés en août 2025. Achever plusieurs rapports dès 2028 imposerait une séquence resserrée de rédaction, d’examen scientifique, de réponses aux commentaires et d’approbation gouvernementale. Les inquiétudes sur la qualité du processus ne peuvent être balayées d’un revers de main.

Mais l’argument de l’équité ne fait pas l’unanimité parmi les pays en développement. Pour les États insulaires et certains pays parmi les moins avancés, l’urgence est précisément de disposer au plus vite de connaissances utilisables pour protéger les populations, anticiper les dommages et défendre leurs besoins lors des négociations. Une coalition d’environ 30 pays appelle à une publication suffisamment précoce pour éclairer les décisions de 2028. Retarder les travaux au nom du Sud pourrait ainsi priver une partie de celui-ci des outils qu’elle juge indispensables.

Un rapport de connaissances décisif attendu pour la COP33

C’est l’autre dimension, moins visible, de la crise. À Addis-Abeba, les États n’ont pas seulement échoué à choisir des dates : ils n’ont pas non plus approuvé le budget nécessaire à la poursuite normale du cycle. Une proposition consistait à approuver au moins le budget de 2027 afin de laisser les groupes de travail avancer pendant que les négociations se poursuivaient – elle n’a pas abouti. Plusieurs délégations considéraient qu’autoriser certaines dépenses avant d’avoir arrêté le programme de travail reviendrait à entériner indirectement un calendrier contesté. À l’inverse, d’autres estimaient qu’un financement provisoire était indispensable pour éviter que l’impasse politique ne se transforme en paralysie opérationnelle. En effet, des réunions d’auteurs prévues au début de 2027 pourraient être compromises par l’absence d’autorisation budgétaire.

Le deuxième bilan mondial de l’Accord de Paris doit être présenteé en 2028, à la COP33. Cet exercice vise à mesurer les progrès collectifs réalisés dans la réduction des émissions, l’adaptation et les moyens de mise en oeuvre. Il doit ensuite nourrir la révision des engagements nationaux. Si les rapports du Giec sur les impacts et l’atténuation ne sont publiés qu’en 2029, les négociateurs ne pourront pas disposer de leur évaluation complète au moment de ce bilan.

Une prochaine étape se profile : un courrier du secrétariat du Giec daté du 26 octobre invite les délégations à réserver les 1er, 2 et 3 décembre 2026 pour une reprise virtuelle de la session suspendue. Le programme de travail et le budget doivent être remis en discussion. D’ici là, les groupes scientifiques poursuivent la rédaction de leurs évaluations dans l’attente des décisions qui détermineront la suite de leurs travaux.



Journaliste de formation, Anton écrit des articles sur le changement climatique, la pollution, les énergies, les transports, ainsi que sur les animaux et la...

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