En Martinique, l’innovation agroalimentaire cherche à gagner le marché local

Rédigé par , le 23 Oct 2026, à 9 h 56 min
En Martinique, l’innovation agroalimentaire cherche à gagner le marché local
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Les 25 et 26 septembre 2026, une quarantaine d’entrepreneurs ont participé à Pey’Innov, le premier salon consacré à l’innovation agroalimentaire en Martinique. Soutenu par les pouvoirs publics, GBH et le Crédit Agricole, l’événement a mis en avant des produits élaborés à partir de ressources locales et du savoir-faire martiniquais. L’enjeu est de renforcer une production locale encore trop faible face aux importations, en aidant les entreprises à développer et à distribuer leurs produits.

Au stand de Papy Pâtes, les visiteurs découvrent des pâtes à base de banane plantain, de dachine, de patate douce ou de fruit à pain. Non loin de là, L’Herboristerie créole et Héritage des îles présentent des tisanes, des infusions et des épices élaborées à partir de plantes locales, inspirées de recettes et d’usages traditionnels. Wrapamar, de son côté, revisite la street food avec des produits de la mer, notamment un sandwich au calamar géant pêché au large de l’île.

L’innovation au service de la production locale

Les 25 et 26 septembre 2026, le PARM (Pôle Agro-Ressources et de Recherche de Martinique) a organisé Pey’Innov, un salon consacré à l’innovation agroalimentaire en Martinique. Au Palais des Congrès de Madiana, une quarantaine d’entrepreneurs sont venus présenter des produits alimentaires conçus à partir des ressources locales, adaptés aux réalités économiques, aux goûts et à l’histoire du territoire.

Le salon a reçu le soutien financier de l’État, de l’Union européenne et de la Collectivité territoriale de Martinique, ainsi que de deux partenaires privés, le Groupe Bernard Hayot (GBH) et le Crédit Agricole Martinique-Guyane. Il s’inscrit dans l’objectif d’augmenter la part de la production locale dans l’alimentation martiniquaise et de réduire ainsi le recours aux importations. Le développement de la filière agro-industrielle constitue également un levier majeur pour l’emploi et l’économie dans un territoire touché par un fort chômage, tout en générant des recettes fiscales pour les collectivités.

Valoriser « des ressources alimentaires sous-estimées et méconnues »

Ouvert aux experts, aux industriels, aux élus et au grand public, le salon a mis en évidence l’inventivité des entrepreneurs martiniquais, mais aussi, au fil des rencontres et des échanges, les questions que soulève leur développement. « L’objectif, c’est vraiment un moment de rencontre qui permet d’apporter aux professionnels et aux acteurs du secteur une vision partagée de ce qui se fait, des dynamiques des entreprises, de leurs difficultés pour aborder l’innovation », résume Katia Rochefort, directrice du PARM.

Aurélien Adam, secrétaire général de la préfecture, replace le salon dans une perspective plus large : celle de la souveraineté alimentaire, un objectif fixé par le ministère de l’Agriculture. Selon lui, la Martinique est « particulièrement » concernée par cet enjeu, « parce que l’île dispose de ressources alimentaires extrêmement importantes et sans doute sous-estimées et méconnues. C’est bien tout le rôle du PARM que d’essayer de travailler sur ces ressources, de les faire connaître. Le champ des possibles est très vaste ».

Toutefois, réduire la dépendance de la Martinique aux importations suppose de changer d’échelle : les entreprises innovantes doivent pouvoir produire industriellement et distribuer leurs produits dans toute l’île.

Encourager la distribution des produits locaux

Or, toutes les entreprises présentes au salon n’en étaient pas au même stade de développement. Lauréate du prix de l’innovation du PARM en 2025, Cerise Pays diffuse déjà sur l’ensemble du territoire ses galettes végétales, fabriquées à partir de farine de manioc. Pour sa cofondatrice, Naomie Arnaud, ces galettes, à la farine « extrêmement nutritive », « offrent aux Martiniquais une alternative » dans un contexte marqué par « des problématiques de santé comme l’obésité ou l’hypertension ».

Ouverte en mai 2026, l’entreprise Man Dédé n’en est encore qu’à ses débuts. Grégory Vitulin et sa fille fabriquent des « amuse-gueules revisités », conditionnés dans des pots hermétiques, « aux saveurs typiquement martiniquaises » : lambi, crevette, poulet fumé, mais aussi une gamme végétarienne à base de légumes pays. En exposant à Pey’Innov, ils souhaitent trouver de nouveaux débouchés et accélérer leur développement.

« On espère avoir de la visibilité, des contacts et des petits contrats. Prochainement on sera amené à entrer en grande distribution », explique Grégory Vitulin. Le salon lui offrait d’ailleurs l’occasion de rencontrer les représentants de GBH. Dans ses magasins, le distributeur réserve des espaces aux produits locaux et les met en avant. Plusieurs exposants de Pey’Innov y sont déjà distribués.

« Augmenter la souveraineté industrielle du territoire »

Au-delà des débouchés commerciaux, l’autre enjeu est donc l’industrialisation, nécessaire pour permettre au « made in Martinique » de gagner des parts sur le marché alimentaire. Pour Charles Larcher, président de l’Association Martiniquaise pour la Promotion de l’Industrie (AMPI), partenaire de Pey’Innov, le salon peut aider les petits entrepreneurs à franchir ce cap.

« Nous avons créé une catégorie de membres associés, des petites entreprises qui souhaitent devenir industrielles. Nous voulons permettre à nos adhérents, et à ceux qui souhaitent nous rejoindre, de développer leurs projets, en créant de l’emploi qualifié et en permettant d’augmenter la souveraineté industrielle du territoire. Là où les produits industriels alimentaires sont présents, nous avons des parts de marché très importantes », conclut-il.




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