PFAS, microplastiques, pesticides : les médecins alertent sur une pollution de l’eau devenue « systémique »
La qualité de l’eau potable est au coeur d’une nouvelle alerte sanitaire. Dans une lettre ouverte adressée au gouvernement, les médecins libéraux dénoncent une contamination croissante de l’eau par les pesticides, les PFAS et les microplastiques.

Les médecins signataires de cette lettre ouverte estiment que les risques pour la santé humaine sont désormais suffisamment documentés pour justifier des mesures immédiates.
Eau potable : une contamination qui inquiète les médecins
Le 1er juin 2026, à quelques jours de la Journée mondiale de l’environnement, la Conférence nationale des Unions régionales des professionnels de santé médecins libéraux (CN URPS-ML) a lancé un avertissement particulièrement sévère concernant l’état de l’eau potable en France. Selon cette organisation représentant la médecine libérale de terrain, la pollution chimique de l’eau constitue aujourd’hui une menace majeure pour la santé publique. Les praticiens demandent un renforcement rapide des contrôles, de la réglementation et des politiques de prévention afin de limiter l’exposition de la population à plusieurs familles de contaminants.
L’alerte des médecins s’appuie sur plusieurs indicateurs jugés préoccupants. 87 % des réseaux d’eau potable sont officiellement déclarés conformes, rappellent-ils dans leur courrier. Pourtant, près de 19 millions de Français, soit environ 30 % de la population, auraient consommé au moins une fois une eau non conforme au cours de l’année 2024.
Pour les médecins, cette situation révèle les limites des dispositifs actuels de surveillance. Ils rappellent notamment que seuls 20 PFAS sont aujourd’hui suivis de manière réglementaire alors que la famille de ces substances comprend entre 4.000 et 15.000 composés différents. Ces molécules, utilisées dans de nombreux procédés industriels et produits de consommation, sont surnommées « polluants éternels » en raison de leur extrême persistance dans l’environnement.
Les professionnels de santé mettent également en avant l’exposition aux pesticides. Selon leurs estimations, 14 millions de Français seraient concernés. Les résidus de pesticides et leurs produits de dégradation peuvent contaminer les nappes souterraines, les cours d’eau et, à terme, l’eau distribuée aux consommateurs. L’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) rappelle que ces substances font l’objet d’une surveillance régulière, avec une limite réglementaire de 0,1 microgramme par litre pour chaque pesticide individuel et de 0,5 microgramme par litre pour leur concentration totale.
Autre sujet d’inquiétude : les microplastiques. La CN URPS-ML cite une concentration moyenne de 413 particules par litre dans l’eau du robinet. Bien que la recherche scientifique poursuive encore l’évaluation de leurs effets à long terme, leur présence quasi généralisée alimente les préoccupations des spécialistes de l’environnement et de la santé.
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Eau potable et microplastiques : quels risques pour la santé humaine ?
Les médecins insistent sur le fait que les conséquences sanitaires ne peuvent plus être considérées comme hypothétiques. Dans leur lettre ouverte, ils évoquent des atteintes potentielles aux systèmes hormonal, nerveux et immunitaire, ainsi qu’un risque accru de pathologies cardiovasculaires, de cancers, de troubles neurodégénératifs et de problèmes de fertilité.
Les PFAS figurent parmi les substances les plus étudiées. Plusieurs travaux scientifiques internationaux ont mis en évidence des associations entre certaines expositions et une augmentation du cholestérol, des perturbations endocriniennes, des atteintes du système immunitaire ou encore certains cancers. Les autorités sanitaires françaises suivent désormais de près ces composés. Selon des données relayées par les organismes publics chargés de la gestion de l’eau, des analyses récentes ont notamment montré la présence du TFA, un sous-produit appartenant à la famille des PFAS, dans 92 % des échantillons d’eau étudiés.
Les pesticides constituent également un sujet de préoccupation croissante. Certaines molécules sont suspectées d’agir comme des perturbateurs endocriniens capables d’interférer avec le fonctionnement hormonal. Les effets peuvent être particulièrement sensibles lors des périodes critiques du développement, notamment pendant la grossesse et la petite enfance.
Les scientifiques s’intéressent aussi de plus en plus aux « effets cocktail ». Ce phénomène désigne les conséquences potentielles d’une exposition simultanée à plusieurs polluants, même lorsque chacun est présent à faible concentration. Selon les travaux cités par la Fondation pour la recherche médicale, les interactions entre différents contaminants pourraient produire des effets biologiques plus importants que ceux observés substance par substance.
Des études récentes suggèrent également que certaines expositions environnementales pourraient être associées à des complications de grossesse, à des naissances prématurées ou à des altérations du développement de l’enfant. Si tous les mécanismes ne sont pas encore totalement compris, les spécialistes insistent sur l’importance du principe de précaution face à des expositions répétées et généralisées.
PFAS, pesticides et contamination environnementale : un problème global
Au-delà de la seule question sanitaire, les médecins décrivent un phénomène qui touche l’ensemble des écosystèmes. Les PFAS, les pesticides et les microplastiques contaminent les sols, les cours d’eau, les nappes phréatiques et la biodiversité.
Les PFAS sont particulièrement problématiques car ils se dégradent très lentement. Une fois rejetés dans l’environnement, ils peuvent circuler sur de longues distances et s’accumuler dans les chaînes alimentaires. Cette persistance explique pourquoi leur élimination représente aujourd’hui un défi technologique et financier considérable pour les collectivités.
Les pesticides contribuent également à la dégradation de la qualité des ressources en eau. Lorsque les molécules utilisées en agriculture atteignent les nappes souterraines ou les rivières, leur élimination nécessite parfois des traitements coûteux. Les gestionnaires de réseaux doivent alors investir dans des technologies de filtration de plus en plus sophistiquées.
Quant aux microplastiques, ils sont désormais retrouvés dans les océans, les fleuves, les sols agricoles et même dans l’air. Leur dispersion généralisée témoigne d’une pollution diffuse qui dépasse largement les frontières nationales.
Pour les médecins libéraux, ces différentes contaminations ne doivent plus être analysées séparément. Elles constituent les manifestations d’un même phénomène : la diffusion massive de substances chimiques dans l’environnement quotidien des populations.
Eau potable : ce que demandent les médecins au gouvernement
Face à ce constat, la CN URPS-ML appelle les pouvoirs publics à agir rapidement. Dans leur lettre ouverte adressée au gouvernement, les médecins réclament un élargissement du nombre de substances surveillées dans l’eau potable, notamment parmi les PFAS. Ils demandent également une amélioration des systèmes de traitement et de filtration afin de mieux éliminer les contaminants émergents. Selon eux, la politique de prévention doit intervenir bien avant l’étape de la distribution de l’eau, en limitant davantage les émissions de substances dangereuses dans l’environnement.
Les praticiens plaident aussi pour une réduction de l’utilisation des PFAS et des plastiques ainsi que pour un soutien accru aux pratiques agricoles moins dépendantes des produits phytosanitaires. Ils considèrent que le développement de l’agriculture biologique constitue l’un des leviers susceptibles de réduire durablement la contamination des ressources hydriques.
Le ton employé par les médecins laisse bien transparaître l’urgence qu’ils perçoivent. « Après le cadmium, l’eau potable. Ce sont les deux faces d’un même problème : la contamination chimique diffuse et silencieuse de notre environnement quotidien. Nous ne pouvons pas, en tant que médecins, rester spectateurs », a déclaré le Dr Pascal Meyvaert, coordinateur du groupe Santé environnementale de la CN URPS-ML. Plus loin, il ajoute : « Nous l’avions dit pour le cadmium : nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas. Nous le redisons pour l’eau potable. L’heure n’est plus aux études supplémentaires : l’heure est au courage des solutions ».
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