COP17 biodiversité : les États face à l’urgence du vivant
Réunis pour la COP17 biodiversité à Erevan, en Arménie, jusqu’au 30 octobre 2026, les États doivent mesurer l’écart entre leurs promesses et leurs actes. Aires protégées, espèces sauvées, restauration des milieux : des avancées existent. Mais ces négociations se heurtent à une question décisive, celle de l’argent, alors que les écosystèmes continuent de se dégrader.

Derrière les engagements internationaux, les résultats demeurent insuffisants : les aires protégées progressent trop lentement, les espèces sauvages déclinent et les financements pour la protection de la biodiversité restent très inférieurs aux besoins. À Erevan, la COP17 doit transformer les objectifs adoptés en 2022 en mesures concrètes, alors que l’échéance de 2030 se rapproche.
COP17 : pourquoi les États se réunissent pour la biodiversité
Née du sommet de Rio en 1992, la Convention sur la diversité biologique vise trois objectifs : conserver les espèces et leurs habitats, utiliser durablement les ressources naturelles et partager équitablement les bénéfices tirés des ressources génétiques. Elle compte 196 parties, soit 195 États ainsi que l’Union européenne. Les États-Unis n’en font pas partie.
La COP biodiversité se réunit tous les deux ans. Lors de la COP15, en 2022, les gouvernements avaient adopté le cadre de Kunming-Montréal et ses 23 cibles : préserver 30 % des terres et des mers, restaurer 30 % des écosystèmes dégradés et freiner les extinctions d’ici 2030. Le texte ambitionne également de réduire les pollutions et les espèces envahissantes.
La COP16, organisée à Cali, en Colombie, a permis de progresser sur le partage des bénéfices liés aux informations génétiques numérisées. Mais les désaccords financiers ont prolongé certaines discussions jusqu’à Rome. À Erevan, les États doivent désormais préciser comment appliquer ces décisions, et avec quels moyens.
COP biodiversité : des progrès certes, mais beaucoup plus reste à faire
Le premier résultat est politique. Près de 90 % des États ont défini des objectifs nationaux, près de 60 % disposent d’une stratégie détaillée et plus de 70 % ont remis un rapport. Cette transparence nouvelle permet enfin de comparer les engagements. Certaines espèces bénéficient aussi d’efforts prolongés. Les populations de tigres ont augmenté de plus de 70 % depuis 2010, tandis que le thon rouge n’est plus considéré comme une espèce suscitant une préoccupation particulière. Aux Philippines, une nouvelle aire marine interdit la capture de raies et de requins.
Ces succès restent dispersés. Actuellement, seuls 18,4 % des terres et eaux intérieures sont protégées ou conservées, contre environ 10 % de l’ensemble des océans. Même intégralement appliquées, les promesses nationales ne porteraient la protection terrestre qu’à 27,5 % en 2030. Une aire cartographiée ne garantit ni surveillance ni préservation.
Selon le Rapport Planète Vivante 2026 du WWF, la taille moyenne des populations de vertébrés sauvages suivies a diminué de 73 % entre 1970 et 2022.
Des avancées fragiles pour la biodiversité
Le déclin du vivant demeure massif. Les populations de vertébrés sauvages suivies ont perdu en moyenne 73 % de leurs effectifs entre 1970 et 2022. Cette mesure concerne l’évolution des populations étudiées, pas la disparition de trois quarts des espèces. Près d’un million d’espèces seraient menacées d’extinction.
À la destruction des habitats s’ajoutent la surexploitation, les pesticides, le réchauffement climatique et les espèces invasives. Moins de la moitié des cibles nationales évaluées progressent au rythme prévu. Par ailleurs, bien des données permettant de juger les résultats sur le terrain manquent. « Nous n’avançons pas assez vite », reconnaît Astrid Schomaker, secrétaire exécutive de la convention. Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, lui répond en substance : « La nature ne prospérera pas grâce aux seules bonnes intentions ». L’enjeu dépasse les parcs naturels : agriculture, pêche, infrastructures et commerce doivent changer de trajectoire.
Ces tensions prolongent les désaccords sur le financement de la biodiversité déjà observés lors de la COP16.
Financements : les États face au coût de la restauration du vivant
Le cadre de Montréal prévoit de mobiliser environ 178 milliards d’euros par an pour la biodiversité d’ici 2030, dont près de 27 milliards destinés aux pays en développement. Or, seuls 67 à 82 milliards d’euros ont pu être récoltés tous les ans en moyenne.
Autre contradiction : les États se sont engagés à réduire d’environ 444 milliards d’euros par an les aides dommageables aux milieux naturels d’ici 2030. Pourtant, seuls 5 % ont fixé des objectifs chiffrés en ce sens. Réformer les soutiens à l’agriculture intensive ou à la surpêche suppose des arbitrages délicats.
Le fonds Cali, mis en place à l’issue de la précédente COP biodiversité en 2024, destiné à faire contribuer les entreprises exploitant les données génétiques du vivant, illustre les blocages. Il n’a recueilli que 5.300 euros depuis son lancement. La répartition entre États et communautés autochtones reste vivement contestée. De surcroît, les restrictions budgétaires et les tensions fragilisent la coopération.
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