Climat et santé : les risques s’aggravent en France
Plus de quatre journées de canicule sur cinq vécues récemment en France n’auraient pas survenu sans le changement climatique, constatent les auteurs de la dernière étude Lancet Countdown.

Derrière ce constat, le rapport 2026 décrit une crise sanitaire déjà tangible : décès liés aux températures extrêmes, journées de travail compromises, villes insuffisamment ombragées et risques infectieux qui évoluent avec le réchauffement. Mais les données montrent aussi que des vies peuvent être sauvées.
La chaleur, un facteur préjudiciable pour notre santé qui s’accentue
Le lien entre changement climatique et canicules est particulièrement net. Sur la période 2021-2025, 80,6 % des journées de vague de chaleur auxquelles les habitants ont été exposés en France n’auraient pas survenu en l’absence de réchauffement d’origine humaine, peut-on lire dans le dixième rapport mondial « Lancet Countdown », qui vient de sortir. Les premières victimes de cette évolution ne sont pas exposées de la même façon. Les enfants de moins d’un an et les adultes de plus de 65 ans ont connu, en moyenne, neuf journées de canicule supplémentaires par an entre 2016 et 2025. Par rapport à la période 1986-2005, cela correspond à une augmentation de 174 % chez les nourrissons et de 186 % chez les seniors. Les femmes enceintes et les personnes souffrant déjà d’une maladie figurent également parmi les populations fragilisées par les températures élevées.
La chaleur ne menace pas seulement pendant les épisodes les plus spectaculaires. Marcher rapidement ou exercer une activité physique modérée dehors expose désormais davantage au stress thermique. En France, le temps passé dans des conditions présentant au moins un risque modéré a augmenté de 76 heures par personne et par an entre 2016 et 2025, par comparaison avec les années 1990. La possibilité de se déplacer, de pratiquer une activité physique ou de travailler à l’extérieur se mesure ainsi sous l’angle de la prévention sanitaire.
L’alerte dépasse largement l’Hexagone. Dans le monde, la chaleur a été associée à environ 710.000 décès en 2023. Pour cette année, 71,5 % des décès associés à la chaleur sont estimés attribuables au changement climatique humain. Les auteurs appellent à reconnaître une urgence sanitaire mondiale. « Les effets néfastes du changement climatique sur la santé progressent plus vite que la réponse mondiale à ces effets », déplore Marina Romanello, directrice exécutive du Lancet Countdown.
Une hausse de la mortalité due au réchauffement climatique bien documentée
En ville, les bâtiments, l’asphalte et le manque de végétation retiennent la chaleur et ralentissent le rafraîchissement nocturne. Le phénomène concerne une population considérable : 26,8 millions de personnes, soit environ 40 % de la population française, vivaient en 2023 dans les 72 villes du périmètre statistique de cette étude. Parmi elles, 4,7 millions avaient plus de 65 ans et 4,8 millions moins de 15 ans. Ces chiffres décrivent une définition statistique particulière de la ville, pas la totalité de la population vivant dans des espaces urbains au sens courant.
La mortalité révèle l’ampleur du danger. Dans les villes françaises étudiées, le taux annuel moyen de décès liés à la chaleur a augmenté de 73 décès par million d’habitants entre les périodes 1991-2000 et 2015-2024. Perpignan présente l’une des évolutions les plus frappantes : de 10,7 à 139,2 décès par million d’habitants et par an entre les deux périodes, soit une progression de 1184 %. Martigues et Toulouse affichent également de fortes hausses relatives, respectivement de 965 % et 919 %. Ces variations ne constituent pas le nombre total de morts observés dans ces communes au cours d’une année donnée.
Un autre indicateur mesure directement le surplus de chaleur des villes par rapport aux campagnes voisines. Entre 2003 et 2020, Chambéry a connu en moyenne 90 jours par été où cet écart dépassait 1,5 °C. Annecy en enregistrait 78 et Nancy 75, contre 12 jours en moyenne dans les villes françaises étudiées. La répétition de ces écarts contribue à prolonger l’exposition des organismes à la chaleur, notamment pour les habitants de logements peu adaptés.
L’ombre manque aussi. En 2020, les arbres couvraient en moyenne 9,2 % de la surface des villes françaises étudiées. La Commission économique des Nations unies pour l’Europe recommande au moins 30 % de couverture arborée. Seules Fréjus et Besançon atteignaient ou dépassaient ce seuil. La région métropolitaine de Paris comptait 19.500 hectares arborés, mais ils ne représentaient que 8,9 % de sa superficie ; à La Rochelle, la fiche recensait 8,6 hectares, soit 0,2 %. À Dunkerque, la surface arborée a progressé de 33 % entre 2000 et 2020.
Planter ne suffit pas à régler tous les problèmes, mais cela peut aussi protéger les déplacements du quotidien. Entre 2018 et 2020, seuls 14 % des itinéraires cyclables et des voies partagées avec les piétons bénéficiaient d’un ombrage arboré en France. Belfort et Besançon atteignaient respectivement 28,9 % et 26,6 % parmi les villes exposées à un stress thermique modéré ou élevé. Son graphique montre également 20,5 % à Paris, contre 10,6 % à Marseille et à Toulouse. Le rapport relève par ailleurs un recul des surfaces urbaines réfléchissant la chaleur.
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Réchauffement climatique : en France, les maladies infectieuses changent de terrain
Le thermomètre influence aussi les conditions de circulation de certains agents pathogènes. Sur le littoral français, le réchauffement de l’eau favorise les bactéries du genre Vibrio, qui peuvent provoquer des infections humaines. La longueur moyenne de côte climatiquement favorable à leur transmission a augmenté de 21 % entre 2016-2025 et la période de référence 1982-1991, atteignant 89,9 km. Ce chiffre mesure une aptitude environnementale, pas une contamination permanente de tout le littoral concerné.
Le document estime à 2.569 le nombre annuel moyen de cas de vibriose en France entre 2016 et 2025, soit une hausse de 81,5 % par rapport à la période 1982-1991. Une précaution est essentielle : il s’agit de cas estimés par l’indicateur scientifique, et non de 2.569 diagnostics nécessairement recensés chaque année par le système de soins. Cette différence entre risque modélisé et maladie constatée est décisive pour interpréter correctement l’alerte.
Les moustiques vecteurs du paludisme constituent un autre signal. Pour le parasite Plasmodium vivax, la durée moyenne de conditions climatiques favorables à la transmission atteignait environ un mois par an en France entre 2016 et 2025, soit une progression de 29 % par rapport à 1981-1990. Cela ne signifie ni que le paludisme se transmet actuellement partout en France pendant un mois, ni qu’une recrudescence de cas autochtones y a été observée. Le rapport plaide plutôt pour une surveillance associant données climatiques, environnementales et sanitaires, capable de détecter l’évolution des risques avant que des foyers ne s’installent.
Transports, pollution et énergie face à des températures en hausse
Le tableau n’est pas uniformément négatif. En France, les sources bas carbone représentaient 90 % de la production d’électricité en 2023, mais seulement 46,7 % de l’approvisionnement énergétique total. Le contraste est encore plus marqué sur les routes : les combustibles fossiles fournissaient 92 % de l’énergie du transport routier et l’électricité seulement 0,5 %. Pour les ménages, les combustibles liquides fossiles et le gaz représentaient encore 36,5 % des usages énergétiques, auxquels s’ajoutait 18,7 % de biomasse jugée nocive pour la santé. « Bas carbone » ne signifie d’ailleurs pas exclusivement « renouvelable » : le nucléaire entre dans cette catégorie.
À l’échelle urbaine, plusieurs évolutions vont dans le bon sens. Les émissions de gaz à effet de serre par habitant ont reculé de 42,6 % entre 2000 et 2024 dans les villes françaises suivies. La baisse atteint 68 % dans le secteur énergétique. Pour cet indicateur, la partie française de l’agglomération Annemasse-Genève affiche une diminution de 100 %, devant Grenoble, à 92,4 %, et Le Havre, à 91,9 %. Les auteurs évoquent l’abandon du charbon et la transition énergétique parmi les explications possibles, sans établir une cause unique pour chaque ville.
La réduction de la pollution de l’air représente un bénéfice sanitaire particulièrement concret. Entre 2000 et 2023, la mortalité imputable aux particules fines PM2,5 issues de la production d’électricité a diminué de 82 % dans les villes françaises. Celle liée aux combustibles polluants, tous secteurs confondus, a reculé de 52 %. Les disparités restent importantes : à Paris, les PM2,5 issues de ces combustibles étaient associées à 86 décès prématurés pour 100.000 habitants en 2023, le transport représentant 38 % de cette mortalité attribuable. Béziers, de son côté, a enregistré une baisse de 69,2 % de cet indicateur entre 2000 et 2023.
Les marges de progrès demeurent substantielles. La concentration moyenne annuelle française de PM2,5 était évaluée à 10 microgrammes par mètre cube, soit le double de la valeur guide de 5 microgrammes par mètre cube recommandée par l’Organisation mondiale de la santé. À l’échelle mondiale, au moins 323.000 décès par an auraient été évités dans 77 pays où la pollution liée aux énergies fossiles a diminué.
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