Canicule au travail : peut-on vraiment arrêter de travailler quand il fait trop chaud ?

Pas de seuil légal, mais des obligations renforcées depuis 2025 : ce que salariés et employeurs doivent savoir avant les grosses chaleurs.

Rédigé par , le 14 Jun 2022, à 12 h 27 min
Canicule au travail : peut-on vraiment arrêter de travailler quand il fait trop chaud ?
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Quand le thermomètre grimpe, la question revient chaque été : peut-on arrêter de travailler en cas de forte chaleur ? La réponse est plus nuancée qu’on ne l’imagine. Le Code du travail ne fixe pas de température maximale au-delà de laquelle le travail serait automatiquement interdit. En revanche, l’employeur a une obligation claire : protéger la santé et la sécurité de ses salariés.

Avec la multiplication des vagues de chaleur, le sujet n’a plus rien d’anecdotique. Bureaux mal ventilés, ateliers surchauffés, chantiers exposés en plein soleil : la canicule peut provoquer fatigue, déshydratation, malaise, perte de vigilance et accidents. Depuis 2025, la réglementation française a d’ailleurs été renforcée pour mieux encadrer ces situations.

Ce qu’il faut retenir sur le travail et la canicule

  • Le Code du travail ne fixe pas de température maximale obligatoire.
  • L’employeur doit évaluer le risque chaleur et adapter les conditions de travail.
  • Le danger augmente dès 28 °C pour un travail physique.
  • Au-delà de 33 °C, le risque pour la santé devient sérieux.
  • En cas de danger grave et imminent, le droit de retrait peut être exercé.

Canicule au travail : l’employeur doit prévenir les risques liés à la chaleur

Le principe général reste simple : l’employeur doit prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs. Cette obligation vaut aussi lors d’un épisode de chaleur intense.

Depuis le décret n°2025-482 du 27 mai 2025, les risques liés à la chaleur doivent être mieux intégrés dans la prévention en entreprise. L’employeur doit notamment tenir compte des seuils de vigilance canicule de Météo-France. Autrement dit, la chaleur n’est plus seulement une gêne estivale. Elle devient un risque professionnel à évaluer, anticiper et encadrer.

Concrètement, l’entreprise doit adapter son organisation lorsque les températures deviennent dangereuses. Cela peut passer par des horaires aménagés, des pauses supplémentaires, un accès renforcé à l’eau ou une limitation des efforts physiques.

canicule au travail salarié exposé à la chaleur

En extérieur, les conditions de travail deviennent plus difficiles lors d’une canicule © juefraphoto

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À partir de quelle température peut-on arrêter de travailler ?

Il n’existe pas de seuil légal unique. Le Code du travail ne dit pas : « au-delà de 35 °C, on arrête tout ». Dommage pour ceux qui rêvaient d’un thermomètre transformé en badge de sortie.

En revanche, plusieurs repères permettent d’évaluer le danger. L’INRS recommande une vigilance renforcée dès 30 °C pour une activité sédentaire et dès 28 °C pour un travail physique. Au-delà de 33 °C, le travail peut devenir dangereux, surtout en cas d’effort, d’humidité ou d’exposition directe au soleil.

Quelles mesures l’employeur doit-il mettre en place en cas de forte chaleur ?

Face à la canicule, l’employeur ne peut pas se contenter d’ouvrir une fenêtre en espérant que tout ira bien. Il doit agir en fonction du poste, du lieu de travail et de l’intensité de l’épisode de chaleur.

Les mesures peuvent notamment inclure :

  • l’aménagement des horaires pour éviter les heures les plus chaudes ;
  • l’augmentation du nombre de pauses ;
  • la mise à disposition d’eau potable fraîche ;
  • la création de zones d’ombre ou d’espaces rafraîchis ;
  • la réduction des efforts physiques ;
  • l’adaptation du rythme de travail ;
  • la ventilation ou le rafraîchissement des locaux ;
  • la surveillance renforcée des salariés isolés ;
  • l’information des équipes sur les signes d’alerte.

Dans les locaux fermés, l’air doit être renouvelé afin d’éviter les élévations excessives de température. Cela ne signifie pas que la climatisation est obligatoire partout. Une ventilation efficace, des stores, une organisation adaptée ou des équipements de protection peuvent aussi entrer dans la stratégie de prévention.

En extérieur, les salariés doivent être protégés contre les conditions atmosphériques. Sur les chantiers, l’accès à l’eau est essentiel. Dans le secteur du BTP, l’employeur doit prévoir au moins trois litres d’eau par jour et par travailleur.

Canicule au bureau : climatisation obligatoire ou pas ?

Non, la climatisation n’est pas une obligation générale dans les bureaux. Toutefois, l’employeur doit maintenir des conditions de travail compatibles avec la santé des salariés. Si les bureaux deviennent étouffants, mal ventilés ou dangereux, il doit trouver des solutions.

Il peut par exemple :

  • fermer les volets avant que le soleil ne tape sur les vitres ;
  • organiser le télétravail lorsque cela est possible ;
  • décaler les horaires d’arrivée et de départ ;
  • installer des ventilateurs ou améliorer la ventilation ;
  • limiter les réunions longues dans les salles mal aérées ;
  • mettre à disposition de l’eau fraîche en quantité suffisante.

Par ailleurs, la sobriété énergétique reste un vrai sujet. Climatiser un bureau mal isolé sans réflexion globale peut déplacer le problème. Mieux vaut combiner ombrage, ventilation nocturne, isolation, végétalisation et usages raisonnés des équipements.

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Peut-on venir travailler en short, sandales ou tenue légère ?

En théorie, un salarié dispose d’une liberté vestimentaire. En pratique, l’employeur peut imposer certaines restrictions. Elles doivent toutefois être justifiées par la nature du poste.

Les raisons les plus fréquentes sont la sécurité, l’hygiène ou l’image de l’entreprise. Un salarié du BTP ne peut pas remplacer ses chaussures de sécurité par des tongs. De même, certains postes en contact avec la clientèle peuvent prévoir une tenue adaptée.

Cependant, en période de canicule, l’entreprise a intérêt à faire preuve de bon sens. Une tenue légère, compatible avec la sécurité, peut améliorer le confort et réduire les risques liés à la chaleur.

Quels sont les signes d’alerte à surveiller pendant une journée de forte chaleur ?

La chaleur fatigue l’organisme. Elle peut aussi réduire la concentration et augmenter le risque d’accident. Il faut donc réagir dès les premiers signaux.

Les symptômes à ne pas négliger sont :

  • une soif intense ;
  • des maux de tête ;
  • des vertiges ;
  • des crampes ;
  • une fatigue inhabituelle ;
  • une peau chaude, rouge ou sèche ;
  • des nausées ;
  • une confusion ou des propos incohérents.

En cas de malaise, il faut prévenir immédiatement un responsable ou les secours. La personne doit être placée au frais, déshabillée si nécessaire et hydratée si elle est consciente.

Attention : un coup de chaleur peut devenir une urgence vitale. Une température corporelle très élevée, une confusion, une perte de connaissance ou l’arrêt de la transpiration doivent alerter immédiatement.

Droit de retrait : peut-on refuser de travailler en pleine canicule ?

Le droit de retrait peut être exercé si le salarié estime être exposé à un danger grave et imminent. Cela peut concerner une situation de chaleur extrême, surtout si aucune mesure de protection n’a été prise.

Mais ce droit ne s’utilise pas à la légère. Le salarié doit pouvoir expliquer précisément la situation : absence d’eau, exposition prolongée au soleil, local surchauffé, malaise, absence de pause ou consignes dangereuses.

Avant de quitter son poste, il est préférable d’alerter l’employeur, le responsable hiérarchique ou un représentant du personnel. Des photos, relevés de température ou témoignages peuvent aider à documenter la situation.

Si un malaise ou un accident survient parce que l’employeur n’a pas pris les mesures nécessaires, sa responsabilité peut être engagée. Dans les cas les plus graves, une faute inexcusable peut être reconnue.

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Canicule au travail : le rôle du CSE et de la médecine du travail

Dans les entreprises d’au moins 11 salariés, le comité social et économique, ou CSE, peut jouer un rôle important. Il peut alerter l’employeur, demander des aménagements et contribuer à la prévention des risques.

Le médecin du travail peut également recommander des adaptations. C’est particulièrement important pour les salariés vulnérables, les femmes enceintes, les personnes souffrant de pathologies chroniques ou les travailleurs isolés.

La chaleur ne touche pas tout le monde de la même manière. L’âge, l’état de santé, les traitements médicaux ou l’intensité de l’effort modifient la capacité du corps à supporter les températures élevées.

Conseil maison : le kit anti-canicule à garder au travail

Pour mieux supporter les fortes chaleurs, il est utile de préparer un petit kit de survie de bureau ou de chantier. Rien de révolutionnaire, mais ces gestes simples évitent bien des coups de chaud.

  • une gourde remplie d’eau fraîche ;
  • un brumisateur rechargeable ;
  • un chapeau ou une casquette pour l’extérieur ;
  • un linge humide à passer sur la nuque ;
  • des vêtements clairs et respirants ;
  • une collation légère, comme un fruit riche en eau ;
  • une crème solaire pour les postes exposés.

À la maison, on peut aussi préparer une boisson rafraîchissante simple : ajoutez quelques rondelles de concombre, des feuilles de menthe et un filet de citron dans une carafe d’eau. Laissez infuser au frais pendant une heure. C’est plus économique, moins sucré et plus écologique que les sodas.

Comment s’informer sur les mesures prévues dans son entreprise ?

Les mesures de prévention liées à la chaleur doivent être intégrées à l’évaluation des risques professionnels. Elles peuvent figurer dans le document unique d’évaluation des risques professionnels, aussi appelé DUERP.

Les salariés peuvent aussi se renseigner auprès de leur employeur, du CSE, de la médecine du travail ou de leur responsable sécurité. En période de vigilance canicule, les consignes doivent être claires, visibles et comprises par tous.

Enfin, chacun peut adopter les bons réflexes. Boire régulièrement, signaler un malaise, éviter les efforts inutiles et surveiller ses collègues sont des gestes simples. En période de canicule, la prévention reste l’affaire de tous.

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Article republié et actualisé en juin 2026.


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