Canicule : le risque pour les personnes âgées serait largement sous-estimé

La canicule pourrait devenir bien plus dangereuse pour les personnes âgées que ne le laissaient penser les précédentes projections climatiques. Une nouvelle étude mondiale montre que le vieillissement modifie profondément les limites physiologiques face à la chaleur et augmente considérablement le nombre de personnes susceptibles d’être confrontées à des conditions que leur organisme ne peut plus compenser.

Rédigé par , le 19 Aug 2026, à 10 h 30 min
Canicule : le risque pour les personnes âgées serait largement sous-estimé
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Longtemps évalué à partir de la physiologie de jeunes adultes en bonne santé, le danger des vagues de chaleur apparaît aujourd’hui largement sous-estimé pour les seniors. En intégrant pour la première fois leurs véritables limites physiologiques à des projections climatiques mondiales, des chercheurs montrent que des centaines de millions de personnes âgées pourraient être exposées à des niveaux de chaleur que leur organisme ne serait plus capable de supporter, bien plus tôt que prévu.

Canicule : les personnes âgées atteignent plus vite leurs limites

À en croire une nouvelle modélisation mondiale publiée dans The Lancet Planetary Health, les impacts sanitaires du réchauffement climatique sur les personnes âgées devraient être abordés différemment. Jusqu’ici, de nombreux travaux estimaient les risques en utilisant comme référence les capacités de résistance de jeunes adultes en bonne santé. Or, le corps ne réagit pas de la même manière à 25 ans et après 60 ans. Cette différence devient cruciale lors d’une canicule, surtout lorsque températures élevées et forte humidité se combinent. Dans le cadre de cette étude, les chercheurs Qinqin Kong de l’Université de Stanford, et Daniel J Vecellio, de l’Université de Nebrask Omaha, se sont intéressés au « stress thermique non compensable », une situation extrême dans laquelle le corps ne parvient plus à évacuer suffisamment de chaleur. La transpiration et la circulation sanguine ne suffisent alors plus à maintenir l’équilibre thermique : la température interne continue de grimper.

Il n’existe pas une température extérieure unique à partir de laquelle le corps humain cesserait brutalement de fonctionner. Le danger dépend de plusieurs paramètres, parmi lesquels la température de l’air et l’humidité, mais aussi l’âge, l’état de santé ou encore les capacités physiologiques de l’individu. Un air moins chaud mais saturé d’humidité peut, par exemple, rendre l’évaporation de la sueur beaucoup plus difficile.

C’est précisément sur ce point que la nouvelle étude apporte un changement majeur. Les chercheurs ont utilisé des limites de tolérance établies expérimentalement pour plusieurs catégories d’âge, puis les ont croisées avec des projections climatiques et démographiques mondiales. Les personnes de 60 ans et plus ont été distinguées des adultes d’âge moyen et des plus jeunes. Cette approche permet de ne plus supposer que tout le monde possède la capacité de refroidissement d’un jeune adulte en bonne santé.

L’écart est considérable. Les conditions dans lesquelles les personnes de 60 ans et plus ne peuvent plus maintenir une température corporelle stable correspondent à des niveaux thermiques environ 4,7 à 7,5 °C plus bas que chez les jeunes adultes selon les expériences utilisées par les chercheurs. Cette différence ne doit pas être interprétée comme un simple seuil de température de l’air : elle dépend de la combinaison entre chaleur et humidité.

Avec l’âge, plusieurs mécanismes protecteurs perdent en efficacité. Les personnes âgées tendent notamment à moins transpirer, tandis que les vaisseaux sanguins réagissent moins rapidement et que le système cardiovasculaire doit fournir davantage d’efforts sous l’effet de la chaleur. Le risque ne se limite d’ailleurs pas au coup de chaleur. Les fortes températures peuvent aggraver des maladies cardiovasculaires, rénales ou respiratoires avant même que l’organisme n’atteigne le stade extrême du stress thermique non compensable, expliquent les auteurs de l’étude.

Les expériences de laboratoire montrent à quel point le franchissement de cette limite peut devenir préoccupant. Dans des conditions situées juste au-dessus du seuil de compensation, la température centrale d’un jeune adulte peut atteindre des niveaux correspondant au coup de chaleur en environ 3 à 10 heures. Pour une population vieillissante dont la tolérance est plus faible, la question n’est donc plus seulement celle du caractère désagréable d’une journée très chaude, mais celle de la capacité physique à rester durablement dans cet environnement.

À 1,5 °C, les personnes âgées déjà plus exposées que les jeunes à 4 °C

Le résultat le plus spectaculaire concerne l’effet de l’âge comparé à celui du réchauffement lui-même. « L’un de nos résultats les plus frappants est que les personnes âgées sont confrontées à une chaleur non compensable plus fréquente et plus étendue dès 1,5 °C de réchauffement mondial que les jeunes adultes même à 4 °C », explique Qinqin Kong à ABC News Australia.

À seulement 1,5 °C de réchauffement mondial par rapport à l’ère préindustrielle, 22 % des personnes de plus de 60 ans seraient confrontées à des conditions thermiques dangereuses pendant au moins un mois au cours de l’année, soit environ 290 millions de personnes dans le monde. Les jeunes adultes n’atteindraient un niveau comparable de risque que dans des scénarios de réchauffement nettement plus élevé.

Autrement dit, regarder seulement l’évolution des températures moyennes mondiales ne suffit pas. Le vieillissement démographique devient lui-même un multiplicateur du risque climatique. Stanford estime que lorsqu’on tient compte de la diminution de la tolérance thermique avec l’âge, le nombre de personnes confrontées de manière répétée à une chaleur non compensable devient entre 2 et 8 fois supérieur aux estimations obtenues en appliquant les seuils des jeunes adultes à l’ensemble de la population.

L’échelle du phénomène augmente ensuite très rapidement avec le réchauffement. Chaque degré supplémentaire exposerait environ 1 milliard de personnes supplémentaires à au moins 180 heures de chaleur non compensable par an. « Le corps humain ne peut tolérer qu’une plage limitée de chaleur ambiante », peut-on lire dans cett étude. La difficulté consiste donc à déterminer où et quand cette frontière physiologique sera franchie, mais également pour quelles catégories de population.

Les personnes âgées atteignent plus rapidement leurs limites physiologiques face aux fortes chaleurs.

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Canicule et températures extrêmes : l’Asie du Sud en première ligne

La carte mondiale dessinée par les chercheurs est profondément inégale. L’Asie du Sud, certaines régions de Chine et plusieurs pays du Golfe concentrent une part particulièrement importante du danger. Ces territoires combinent des températures élevées, parfois une forte humidité, une population nombreuse et, dans plusieurs cas, des capacités d’adaptation limitées.

Avec un réchauffement mondial de 3 °C, l’Inde, la Chine, le Pakistan et le Bangladesh totaliseraient à eux seuls environ 1,5 milliard de personnes soumises de façon répétée à une chaleur non compensable. Cela représenterait près des trois quarts de la population mondiale exposée dans ce scénario. Au Pakistan, près de 295 millions de personnes seraient concernées, soit plus de 80 % de la population.

Dans certains petits États, le phénomène pourrait devenir presque généralisé. À 3 °C de réchauffement, 100 % de la population de Bahreïn et du Qatar serait exposée, tandis que la proportion approcherait 95 % aux Émirats arabes unis. Pour les seniors, la situation apparaît encore plus sévère : dans sept pays, parmi lesquels le Bangladesh et le Cambodge ainsi que plusieurs États du Golfe, la totalité de la population âgée pourrait être confrontée à ce niveau de risque.

L’enjeu tient aussi à la durée. Une canicule n’est pas seulement dangereuse lorsque le thermomètre culmine en milieu d’après-midi. L’absence de refroidissement nocturne empêche l’organisme de récupérer. Dans les zones les plus touchées, autour de 3 °C de réchauffement ou davantage, des personnes âgées pourraient subir une chaleur dangereuse de jour comme de nuit pendant une période allant jusqu’à environ trois mois consécutifs. La succession des heures chaudes devient alors aussi importante que le record enregistré au thermomètre.

Des températures dangereuses qui imposent de protéger autrement les personnes âgées

Ces résultats ne signifient pas que chaque personne âgée exposée développera nécessairement un coup de chaleur. Ils décrivent des conditions environnementales dans lesquelles la capacité physiologique à maintenir l’équilibre thermique peut être dépassée. L’étude porte ainsi sur l’un des mécanismes par lesquels les températures extrêmes menacent la santé, et non sur la totalité des décès ou hospitalisations attribuables à la chaleur.

Cette distinction est essentielle. Une personne peut souffrir de déshydratation, voir une maladie cardiaque s’aggraver ou subir une forte contrainte rénale bien avant le franchissement de la limite physiologique étudiée. À l’inverse, l’accès à un logement frais, à la climatisation ou à un lieu de rafraîchissement peut réduire fortement l’exposition réelle, même lorsque les conditions extérieures deviennent théoriquement non compensables.

Les auteurs insistent donc sur la nécessité de concevoir des plans d’action adaptés à l’âge et aux réalités locales. Les alertes fondées uniquement sur des températures générales peuvent manquer une partie de la vulnérabilité. Les services sanitaires doivent aussi tenir compte des nuits chaudes, de la durée d’exposition, des maladies chroniques, de l’isolement social et de l’accès effectif à des moyens de refroidissement. Pour les pays aux réseaux électriques fragiles ou dans lesquels la climatisation demeure inaccessible à une grande partie de la population, l’adaptation devient encore plus délicate.

« Nos résultats indiquent qu’une chaleur intolérable touchera beaucoup plus de personnes, sur des régions plus vastes et pendant des périodes plus longues que ce qui était reconnu jusqu’à présent », écrivent les chercheurs. Cette étude ne fait ainsi pas seulement apparaître un monde plus chaud. Elle décrit un monde dans lequel la combinaison entre réchauffement et vieillissement de la population déplace les limites du risque sanitaire, avec des personnes âgées susceptibles d’atteindre leur seuil physiologique bien avant les autres.


 

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Journaliste de formation, Anton écrit des articles sur le changement climatique, la pollution, les énergies, les transports, ainsi que sur les animaux et la...

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