Les câbles sous-marins, une pollution aussi massive que méconnue
Sous les flots, des millions de kilomètres de câbles ont été immergés depuis le XIXᵉ siècle pour acheminer le trafic téléphonique puis internet.

Les câbles sous-marins hors d’usage abandonnés au fond des océans constituent une pollution invisible aussi conséquente qu’invasive.
Câbles sous-marins : pas de législation internationale pour leur traitement
Le chiffre a de quoi faire frémir : plus de 3,5 millions de kilomètres de câbles de télécommunication ont été immergés depuis le XIXᵉ siècle pour acheminer 99 % du trafic internet et téléphonique mondial. Aujourd’hui, les deux tiers de ces infrastructures sont hors service, à l’abandon sur les fonds océaniques. L’extraction récente de 45 % du célèbre câble transatlantique TAT-8 fait figure d’exception en la matière.
Faute de législation internationale contraignante, l’enlèvement de ces interminables câbles métalliques dépend de la seule rentabilité économique. Des entreprises privées commencent toutefois à extraire certains câbles uniquement pour revendre les métaux qu’ils contiennent. Mais elles se cantonnent aux eaux internationales où aucune étude d’impact environnemental n’est requise. En haute mer, la pratique courante consiste ainsi à couper, repousser ou entasser les anciens câbles pour faire de la place aux nouveaux, au détriment de toute logique d’assainissement.

Des millions de kilomètres de câbles ont été immergés dans les océans.
Des risques écologiques et sanitaires sur le littoral
Mais c’est près des côtes, au coeur des zones les plus riches en biodiversité, que ces déchets posent les plus lourds problèmes. L’expertise menée par le Parc marin de la Côte bleue, près de Marseille, montre que les câbles abandonnés dérivent avec la houle, écrasent les herbiers de posidonie et se détériorent en libérant des métaux lourds comme le plomb à proximité directe des zones de baignade. Bien que la loi française impose désormais le financement du démantèlement avant la pose de tout nouveau câble, la complexité technique et le flou juridique autour de la propriété de certaines infrastructures anciennes freinent encore leur nettoyage.
La durée de vie théorique de 25 ans de ces câbles est largement écourtée par des impératifs économiques : beaucoup sont abandonnés après seulement sept à dix ans d’utilisation en raison de l’arrivée de technologies plus puissantes. Alors que l’essor des datacenters et de l’intelligence artificielle exige le déploiement continu de nouveaux réseaux haut débit, cette pollution sous-marine massive et méconnue doit être prise en compte.
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