Altern Mobile, un projet de réinsertion toulousain qui nous transporte

Rédigé par Paul Boucher, le 3 Nov 2015, à 8 h 27 min

Parmi les lauréats du mois de l’économie sociale et solidaire, le prix décerné à Altern Mobile à Toulouse a particulièrement retenu les faveurs de l’équipe de consoGlobe.com cette année. En plus des qualités indéniables des autres entreprises primées par les CRESS, consoGlobe.com a retenu Altern Mobile car son projet est particulièrement intéressant dans tous les secteurs que nous soutenons : l’innovation technologique contribuant au développement durable, la contribution environnementale, et l’insertion professionnelle des chômeurs. Pour en savoir plus, nous avons contacté Cyril Marcerou, gérant d’Altern Mobile.

Altern Mobile, un projet d’économie sociale et solidaire complet

Comme le résume Catherine Jeandel, Présidente de Midi Pyrénées Innovation : « Ce qui nous a séduit dans [Altern’ Mobile], c’est qu’il y avait à la fois une innovation en termes de développement de matériaux… il était aussi extrêmement innovant dans son concept… basé sur le mode de développement doux… et aussi un projet humain avec de l’insertion ».

Altern’ Mobile en est à son cinquième prix depuis 2011 – Prix « Innovation » et « Coup de Coeur » du Conseil Régional Midi Pyrénées en 2011, Grand Prix de l’AVERE-France dans la catégorie Éco mobiles en 2012, et maintenant le Prix de la performance économique des CRESS et le Coup de Coeur Conso. Quel effet ça vous fait d’être ainsi primé ? A quoi est due, à votre avis, cette reconnaissance ?

Ça nous fait plaisir, bien sûr. Ça renforce l’équipe aussi dans nos convictions et nous aide à repartir quand il y a des difficultés. La reconnaissance est due à la solidité de notre modèle aussi : bonne stratégie économique, pas de subventions, réussite commerciale.

Vous parlez d’équipe. Vous êtes combien en fait ?

Vingt quatre salariés, sans aucun bénévole, et cinq en insertion professionnelle, qui restent en moyenne 13 mois, des fois plus. Ils viennent de Pôle Emploi. On les choisit surtout pour leur motivation, le savoir-être, la courtoisie. Ils vont être surtout coursiers, alors le bon contact avec le public est important.

Qu’est ce qu’ils font après ? Êtes-vous satisfait avec ce système ?

Certains restent dans ce secteur, d’autres trouvent un emploi dans la vente ou créent leur propre entreprise. Quelques uns restent chez nous. Nous sommes tout à fait contents du système. C’est quand même satisfaisant de voir qu’on donne sa chance à quelqu’un qui est au chômage, de le voir travailler et s’assumer après.

Pouvez-vous nous parler un peu du développement de votre triporteur ? Qui en a eu l’idée au départ ? Avez-vous eu besoin de soutien technique pour le réaliser ? Quel est l’intérêt de ce véhicule ?

C’est moi. Je ne trouvais pas ce que je voulais parmi les vélos existants, alors j’ai décidé de le créer. On est quand même à Toulouse ! Si on peut faire des avions, on doit pouvoir faire un vélo ! On s’est adressé à un bureau d’études, HELEM dans le Gers, à 50 kilomètres de Toulouse. Et ça a bien marché puisqu’on a remporté le prix « Innovation » du Conseil Régional ! Au début c’était un quadricycle, mais on a eu des problèmes de rayon de braquage, alors après on a développé ce tricycle électrique.

Est-ce que ce véhicule a un avenir commercial ? Est-ce que des industriels vous ont approché pour le fabriquer à une plus grande échelle ?

Oui et non. Le tricycle est très bien sur le plan technique, mais il ne présente pas un intérêt commercial suffisant pour rentabiliser les investissements nécessaires. Il coûte trop cher. Pour autant, je ne vois pas d’avenir pour le transport écologique en ville dans les conditions actuelles du marché. Il n’y a pas assez de clients, alors soit vous faites du black soit vous êtes subventionnés.

Alors, comment vous en sortez-vous ?

En faisant plusieurs choses en même temps : transport de personnes, livraison de colis, évènements. Il faut aussi le faire correctement, pas créer, comme certains le font, une franchise qui consiste surtout à faire payer cher la location du cycle et ensuite employer uniquement des auto-entrepreneurs.

Pourtant vous créez une agence à Pau cette année ?

Oui, mais elle sera gérée comme une entreprise autonome. On refuse le système des franchises. Ça ne peut pas marcher dans ce secteur. Un salarié, ça coûte cher. Il faut pouvoir le payer tous les mois. Il faut bien maîtriser toute la chaîne. C’est pour ça qu’on fait la guerre à Uber et ce genre de chose. Les gars ne sont pas assez payés, alors ils ne déclarent que la moitié de leurs courses, pour s’en sortir ! Nous on ne travaille qu’avec des salariés.

Qu’est-ce qui vous a surpris le plus dans cette aventure ?

Je dirais que ce qui m’a le plus surpris c’est de découvrir ce que c’est que d’être chef d’entreprise. Je n’aurais jamais pensé que ça pouvait être aussi difficile. L’engrenage administratif. Il faut en permanence remplir des papiers, faire des déclarations, se justifier, payer un conseil juridique, un comptable. Je pense que c’est spécifique à la France. J’ai des copains à Londres ou en Allemagne. Ils font une déclaration au début et puis ils sont tranquilles. Ici ça n’arrête jamais !

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Professeur d’université à la retraite, Paul aime observer le monde moderne et ses évolutions. Il s’intéresse tout particulièrement à l’économie...

1 commentaire Donnez votre avis
  1. tout est dit sur le dernier paragraphe. En France c’est un vrai casse tête avec l’administration et les difficultés pour créer une entreprise. C’est une véritable galère c’est pour ça qu’en France les jeunes ou moins jeunes perdent vite leur motivation pour se lancer. tant qu’on assouplira pas les démarches administratives, les impôts pour la création d’entreprise et bien la France restera à la traine. Comparé aux autres pays européens et même américains la France est LE pays où il est le plus difficile de monter sa boite et de sa lancer. Je ne comprends pas pourquoi les politiques ne bougent pas leur cul pour faciliter les créations d’entreprises, assouplir les démarches administratives à l’image de l’Angleterre ou l’Allemagne ou encore les USA ? C’est quoi ce pays où on galère tant pour se lancer. Pour ma part j’ai abandonner à cause de ces choses là et j’ai le projet de partir soit en Angleterre soit aux USA pour monter ma boite vu qu’en France c’est un calvaire pour ça !

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