Albertville produit désormais son électricité à partir de fromage

On connait l’amour profond de la France pour le fromage. Cette histoire d’amour a trouvé une nouvelle dimension à Albertville, dans les Alpes, où une centrale de valorisation énergétique utilise le fromage comme source principale d’énergie pour produire l’électricité de la ville.

Rédigé par Stephen Boucher, le 18 Jun 2016, à 17 h 17 min

Plus précisément, le carburant est un sous-produit liquide du procédé de fabrication du fromage : le lactosérum. « Le lactosérum est notre carburant », déclarait récemment François Decker de Valbio, la société d’énergie renouvelable québécoise derrière cette étonnante centrale électrique au quotidien britannique The Telegraph, ajoutant : « C’est tout simplement le même ingrédient qui intervient dans le yaourt naturel ».

Le récent établissement de Valbio, niché dans les Alpes françaises est particuièrement innovant dans le monde de la digestion anaérobie à base de produits laitiers, la transformation des déchets organiques en biogaz riche en méthane. Située à Albertville, la ville savoyarde plus connue pour les Jeux olympiques d’hiver de 1992, l’usine fabrique du Beaufort, un fromage à pâte dure et au parfum herbeux fabriqué à partir de lait cru de vache.

Une électricité au parfum de fromage des alpages

Le lactosérum, sous-produit très chargé en gras et protéines issu du processus de production alimentaire auparavant destiné aux déchets, trouve ainsi une nouvelle forme de valorisation. Il était généralement donné aux porcheries comme aliment, mais le débouché n’est pas aussi sûr économiquement.

Mode d’emploi pour fabriquer votre électricité à partir de fromage : l’Union des producteurs de Beaufort, connue sous le joli nom de Savoie Lactée, ajoute le lactosérum à des bactéries dans un immense réservoir. En se mélangeant, le lactosérum et les bactéries fermentent naturellement, libérant un cocktail enivrant de méthane et de dioxyde de carbone. Ce biogaz fait ensuite tourner une turbine à vapeur et… produit de l’électricité.

Savez-vous combien de kilos de fromage sont produits chaque seconde dans le monde ?
En France ?

Ce n’est pas la première unité de ce genre en France, puisque ces dernières années plusieurs fromageries valorisant leur lactosérum en biogaz ont été inaugurées, notamment en Aquitaine et en Rhône-Alpes. En Midi-Pyrénées, trois unités de méthanisation sont en fonctionnement dans des fromageries.

Unité de méthanisation de la Fromagerie de Cazalas, Ariège fromage © 2016 VALBIO SAS

Unité de méthanisation de la Fromagerie de Cazalas, Ariège © Valbio SAS

Ouverte en octobre 2015, l’unité d’Albertville peut générer environ 2,8 millions kilowatt-heures (kWh) d’électricité dérivée de la fabrication du fromage, de quoi alimenter une ville de 1.500 personnes. Pas tout à fait assez pour Albertville, qui abrite environ 19.000 habitants, mais tout de même l’une des plus grandes unités au monde à ce jour de génération d’électricité à partir de fromage.

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Actuellement Directeur général de consoGlobe et plus spécifiquement Directeur de la rédaction, Stephen Boucher est anciennement directeur de programme à...

2 commentaires Donnez votre avis
  1. Bonour
    Le lactosérum, très chargé en gras et en protéines ? Environ 60 grammes d’extrait sec par litre (94% d’eau) dont 45g de lactose, 12g de protéines et moins de 3g de matières grasses. Le carbone source du méthane vient pour l’essentiel du lactose.
    Il serait intéressant de voir quels autres substrats entrent en fermentation : déchets végétaux, lisiers, CIVE cultures intermédiaires à vocation énergétique (sur lesquelles l’emploi des engrais et pesticides est autorisé…)
    Valbio, le biogaz issu d’une fermentation naturelle, quelle belle affiche. Mais il n’y a pas forcément grand’chose d’agrobiologique dans tout ça. L’article ne donne pas la composition du digestat, vu les protéines solubles du lactosérum il y a lieu de craindre que ce digestat soit chargé en azote ammoniacal
    Et quel dommage de ne pas nourrir des cochons (bio ?) avec ce lactosérum, qu’ils assimilent très bien. La vraie agroéconomie circulaire, c’est quand la biomasse est utilisée en priorité pour nourrir ou pour fabriquer des matériaux, en avant-dernier lieu pour l’énergie gaz ou chaleur, et en tout dernier lieu pour faire de l’électricité.
    Et puisque c’est du lactosérum qui sert de substrat de base, à quoi sert-il, sinon à mal informer le public, voire le tromper, de dire que c’est du gaz de fromage ?

    • bonjour
      “Il était généralement donné aux porcheries comme aliment, mais le débouché n’est pas aussi sûr économiquement.” Enlevez les subventions au méthaniseur et refaites le calcul..

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