Accaparement des terres : la Chine achète aussi en France

L’accaparement des terres agricoles est un phénomène préoccupant qui concernait jusqu’ici principalement les pays africains. Or, un fonds d’investissement chinois a récemment acheté 1.700 hectares de terres agricoles dans le Berry. Vers un accaparement des terres de France ?

Rédigé par Pauline Petit, le 27 Apr 2016, à 7 h 30 min

Depuis la crise alimentaire de 2008, on a beaucoup parlé d’accaparement des terres, en Afrique notamment. Il s’agit de l’achat de terres agricoles d’un État par un fonds d’investissement, une entreprise ou un autre État. L’accaparement des terres est un phénomène qui prend de plus en plus d’ampleur avec les changements démographiques et climatiques, et qui pourrait avoir des conséquences désastreuses : si la tendance continue, trois milliards de paysans pourraient se retrouver sans emploi d’ici 2050.

Le phénomène concerne principalement les pays africains : le Soudan, Madagascar, l’Éthiopie et le Mozambique sont les plus concernés par l’accaparement des terres. Les investisseurs viennent principalement d’Asie orientale et des pays du Golfe. Toutefois, le rachat de terres ne concerne pas que l’Afrique : un mystérieux fonds d’investissement chinois vient d’acheter 1.700 hectares de terres agricoles dans le Berry.

Le rachat de terres berrichonnes par des chinois inquiète

Le syndicat agricole de l’Indre a récemment alerté les médias sur ce phénomène : une société chinoise, Hongyang, a racheté plusieurs exploitations agricoles du département, pour un total de 1.700 hectares. La société est inconnue des locaux, a son siège à Pékin et serait spécialisée dans les équipements de station-service. Les intentions de cette société restent floues.

champ blé terres agricoles

Il semblerait, d’après la FDSEA, qu’ils auraient pour projet d’acquérir 10.000 hectares dans le département, soit 70 exploitations. La société achète les exploitations à des agriculteurs proches du départ en retraite, à un prix trois fois supérieur à celui du marché. Une aubaine pour les agriculteurs ? En tout cas, pas pour les jeunes qui ont déjà du mal à s’installer à cause des prix du foncier.

En plus de l’augmentation des prix du foncier, une telle acquisition comporte d’autres risques. Les terres seraient exploitées par des salariés agricoles : qu’ils soient français ou chinois, c’est le métier d’agriculteur, déjà en crise, qui est mis en péril par l’achat de ces terres.

Une menace sur la souveraineté alimentaire ?

La production agricole réalisée sur ces terres sera destinée à l’exportation. Si ce phénomène prend plus d’ampleur, la France courrait un risque pour son autonomie alimentaire.

Selon Emmanuel Hyest, président des organismes de gestion des terres agricoles françaises (FNSAFER), « L’autonomie alimentaire d’un pays est très importante. Or, si les terres sont détenues par des capitaux étrangers, c’est toute la production qui risque d’être exportée ». Sans aller jusqu’à ces extrêmes, la situation peut être inquiétante.

L’agriculture familiale en péril

En 2011, l’accaparement des terres dans le monde concerne 56,6 millions d’hectares, soit la superficie de la France. Le phénomène doit être strictement contrôlé et évité. Il peut en effet aboutir à des injustices dramatiques en ce qui concerne l’accès à la nourriture. Les États de la corne de l’Afrique déjà en crise pourraient bien rencontrer de plus en plus de problèmes de famine dans leurs pays.

D’autre part, l’accaparement des terres se fait au détriment des petits paysans et contribue à l’augmentation des concentrations de terres. On voit déjà apparaître des exploitations agricoles géantes très mécanisées, basées sur des monocultures, au détriment d’une agriculture familiale diversifiée, écologique et pourvoyeuse d’emplois.

Enfin, l’accaparement des terres se fait souvent pour l’installation de cultures non alimentaires : le coton ou les agrocarburants dominent, ce qui accentue les risques et la pression sur le prix des denrées alimentaires.

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J'ai travaillé dans différents organismes, tous liés de près ou de loin aux questions qui me passionnent : la consommation durable et l'alimentation. J'ai...

4 commentaires Donnez votre avis
  1. Pauline Petit

    Bonjour et merci pour vos remarques. La Safer n’a pas pu utiliser son droit de préemption parce que la société chinoise a demandé aux exploitants de se transformer en société agricole, et a ensuite racheté 98% des parts. La Safer ne dispose d’un droit de préemption que si la vente concerne 100% des parts… Cela me paraissait un peu technique à expliquer donc je ne l’ai pas fait ici, mais voilà les explications.

  2. Pauline Petit

    Bonjour et merci pour vos remarques. La Safer n’a pas pu utiliser son droit de préemption parce que la société chinoise a demandé aux exploitants de se transformer en société agricole, et a ensuite racheté 98% des parts. Cela me paraissait un peu technique à expliquer donc je ne l’ai pas fait ici, mais voilà les explications.

  3. Pas très clair et documenté cet article.
    J’ai acheté ma maison avec un terrain agricole. La vente n’a été entérinée qu’après le délai de préemption légal pour la SAFER.
    La SAFER est un organisme qui est en charge de protéger les terres agricoles.
    Les notaires ont l’obligation de communiquer à la SAFER toutes les ventes de terres agricoles et elle peut ainsi faire jouer son droit de préemption, en particulier afin d’éviter la surenchère préjudiciable aux prix des terres.
    Alors 2 questions se posent suite à votre article :
    – si le prix est effectivement 3 fois supérieur au marché, comment ce fait-il que la SAFER n’est pas fait jouer son droit de préemption ?
    – idem concernant le fond d’investissement, si son projet n’est pas agricole pourquoi la SAFER ne se manifeste pas ?

    • Ah et une dernière chose.
      Ne parlons pas d’accaparement des terres. Nous sommes en France et justement nous avons des organismes et des lois en charge d’éviter ce type de risques (enfin, si toutefois nos chers politiques le souhaitent ne soyons pas naïfs non plus)
      C’est tout de même plus préoccupant en Afrique, où il n’y a aucune législation et seule la loi du plus fort et du plus riche domine.

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