Coupe du monde 2026 : derrière les emblèmes des équipes, des espèces en danger

Parce que le sport peut changer la donne, des scientifiques attirent l’attention sur ces animaux emblèmes de nos équipes préférées mais menacés d’extinction.

Rédigé par , le 10 Jul 2026, à 11 h 42 min
Coupe du monde 2026 : derrière les emblèmes des équipes, des espèces en danger
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L’avez-vous remarqué ? Lions, aigles, fennecs, kangourous ou fougères accompagnent de nombreuses sélections engagées dans la Coupe du monde 2026. Selon The Wild League, 58 % des 48 équipes qualifiées utilisent une espèce animale ou végétale dans leur emblème, leur identité ou leur surnom. Pourtant, plusieurs de ces espèces sont aujourd’hui menacées.

 

Ce qu’il faut retenir

  • 58 % des équipes qualifiées utilisent un animal sauvage ou une plante comme symbole.
  • Le lion apparaît dans l’identité de neuf sélections.
  • Plusieurs espèces représentées sont vulnérables ou menacées dans la nature.
  • Les scientifiques invitent les fédérations à financer des actions de conservation.

Lions de l’Angleterre, du Maroc ou du Sénégal, Fennecs d’Algérie, Éléphants de Côte d’Ivoire, Coqs français… Alors que la Coupe du monde de football 2026 bat son plein, le projet scientifique The Wild League attire l’attention sur une contradiction frappante.

Les sélections utilisent la faune et la flore pour évoquer la puissance, la vitesse ou l’identité nationale. Dans le même temps, certaines des espèces ainsi célébrées sur les maillots voient leurs populations reculer dans leur milieu naturel.

Le phénomène dépasse largement cette compétition. Une étude publiée dans la revue scientifique BioScience a analysé 727 équipes de dix sports collectifs, réparties dans 50 pays. Près d’un quart utilisent un animal sauvage dans leur nom, leur logo ou leur surnom. Plus de la moitié des équipes concernées représenteraient des espèces confrontées à un risque d’extinction.

Le lion, grande star des symboles de la Coupe du monde

Le lion domine largement le bestiaire de la compétition. Selon le recensement de The Wild League, il apparaît dans l’identité de neuf équipes qualifiées, notamment l’Angleterre, le Maroc et le Sénégal.

Depuis plusieurs siècles, ce félin incarne la force, le courage et le pouvoir. Il a progressivement remplacé l’ours comme « roi des animaux » dans l’imaginaire européen. Son image est aujourd’hui utilisée sur des écussons, des maillots et de nombreux produits dérivés.

Le lion, grande star des symboles de la Coupe du monde

Le lion, grande star des symboles de la Coupe du monde

Mais cette omniprésence médiatique contraste avec sa situation dans la nature. Le lion est classé « vulnérable » sur la Liste rouge de l’UICN. Ses populations ont fortement diminué sous l’effet de la destruction des habitats, de la raréfaction des proies et des conflits avec les activités humaines.

Le lion de l’Atlas, associé à la sélection marocaine, a quant à lui disparu à l’état sauvage. Des individus présentant une partie de son patrimoine génétique subsistent néanmoins en captivité.

Éléphants, léopards et tigres : des emblèmes fragilisés

D’autres mammifères emblématiques de la compétition subissent une forte pression. L’éléphant de savane, associé aux Éléphants de Côte d’Ivoire, est classé « en danger » par l’UICN.

En Côte d’Ivoire, l’espèce a perdu une grande partie de son habitat sous l’effet de la déforestation, de l’expansion agricole et du braconnage. Ses populations ne subsistent plus que dans quelques zones protégées et fragments forestiers.

Le léopard, mis en avant par les Léopards de la République démocratique du Congo, est classé « vulnérable ». Il souffre notamment de la fragmentation de ses habitats, du recul de ses proies et du commerce illégal.

Le léopard, mis en avant par les Léopards de la République démocratique du Congo

Le léopard, emblème puissant des Léopards de la République démocratique du Congo.

La Corée du Sud utilise également le tigre dans son identité culturelle et sportive. Pourtant, le tigre de l’Amour, parfois appelé tigre de Sibérie ou tigre de Corée, a disparu de la péninsule coréenne au cours du XXe siècle. Ce déclin s’inscrit dans une crise plus globale où le braconnage et la perte d’habitat menacent continuellement l’avenir de ce grand félin, qui ne subsiste désormais principalement que dans l’Extrême-Orient russe et dans le nord-est de la Chine.

Les oiseaux de proie ne sont pas épargnés

Les oiseaux de proie sont fréquemment choisis pour symboliser la vitesse, l’agilité et la domination aérienne. Plusieurs équipes arborent ainsi des aigles, des faucons ou des condors.

L’Équateur est associé au condor des Andes, tandis que l’Arabie saoudite met en avant le faucon dans son patrimoine culturel. Toutefois, le mot « faucon » regroupe de nombreuses espèces dont les situations diffèrent.

Drapeau de l'Équateur dans le stade

Le drapeau équatorien avec son condor dans un stade de football

Certaines populations sont relativement stables. D’autres restent menacées par les captures illégales, le trafic d’animaux, les collisions avec des infrastructures ou la dégradation de leurs habitats.

Le condor des Andes est pour sa part classé « vulnérable ». Il est notamment victime d’empoisonnements, de persécutions et de la diminution des ressources alimentaires disponibles.

Des symboles végétaux révélateurs d’écosystèmes fragiles

La flore occupe également une place importante dans l’imaginaire footballistique. L’Afrique du Sud est ainsi représentée par la protéa royale, devenue un symbole national après la fin de l’apartheid.

Cette fleur appartient à une famille particulièrement diversifiée en Afrique australe. Plusieurs espèces de protéas sont menacées par l’urbanisation, les espèces invasives, les incendies trop fréquents et le changement climatique.

La disparition d’une plante ne constitue jamais un phénomène isolé. Elle peut également perturber les insectes pollinisateurs, les oiseaux et les autres espèces qui dépendent de ses fleurs, de ses graines ou de son habitat.

L'Afrique du Sud est ainsi représentée par la protéa royale

L’Afrique du Sud est représentée par la protéa royale

Kangourou, émeu et fougère argentée : des espèces étroitement liées à leur territoire

Le football mondial met aussi en valeur des espèces endémiques ou profondément liées à une culture locale. L’Australie s’appuie notamment sur le kangourou et l’émeu, deux animaux présents sur ses armoiries nationales.

La Nouvelle-Zélande utilise la fougère argentée, ou silver fern, un végétal étroitement associé à l’identité du pays et à la culture maorie.

D’autres sélections ont choisi des animaux dont l’espèce n’est pas forcément menacée à l’échelle mondiale, mais dont certaines populations locales reculent. C’est notamment le cas des Fennecs d’Algérie, des Requins bleus du Cap-Vert, des Loups blancs d’Ouzbékistan ou de plusieurs aigles associés à des sélections nationales.

Empoisonnements, électrocutions sur les lignes électriques, chasse, trafic et destruction des habitats figurent parmi les principales menaces qui pèsent sur ces animaux. Cette situation rappelle l’urgence d’agir pour la protection des espèces menacées afin d’enrayer l’effondrement global de la biodiversité.

Du symbole commercial au financement de la biodiversité

Ces animaux et ces plantes ne servent plus seulement à créer une identité sportive. Ils apparaissent sur les maillots, les produits dérivés, les campagnes publicitaires et les contenus diffusés sur les réseaux sociaux. Cette utilisation génère des revenus importants pour les fédérations, les clubs et leurs partenaires. Les chercheurs à l’origine de The Wild League estiment donc que le sport pourrait rendre une partie de cette valeur à la nature.

Plusieurs actions pourraient être mises en place :

  • financer des programmes de protection des habitats ;
  • nouer des partenariats avec des associations locales ;
  • reverser une part des ventes de maillots à la conservation ;
  • sensibiliser les supporters pendant les compétitions ;
  • organiser des campagnes communes entre équipes partageant le même emblème.

Et si chaque maillot porteur d’un animal contribuait aussi à protéger son habitat ? Une faible part des recettes générées par les produits dérivés pourrait déjà soutenir des projets concrets de conservation.

Toutes les sélections ne puisent cependant pas leurs symboles dans la faune sauvage. La France se distingue avec son célèbre coq, tandis que le Brésil est associé au canari.

Le Japon s’appuie sur le Yatagarasu, un corbeau mythologique à trois pattes présent sur le logo de sa fédération. Réels, domestiques ou légendaires, tous ces emblèmes illustrent la place centrale de la nature dans l’imaginaire sportif mondial.

yatagarasu

yatagarasu

Reste désormais à transformer cette fascination en engagement. Car arborer un lion, un aigle ou un éléphant sur un maillot ne suffira pas à empêcher sa disparition dans la nature.


Pour aller plus loin :
Découvrez notre analyse détaillée sur l’état actuel de la faune sauvage face aux activités humaines : La sixième extinction de masse est en marche : l’état des lieux alarmant.

Source : The Wild League
Références :



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