Journée mondiale de l’ours polaire : la banquise fond, l’espèce peut-elle survivre ?

La banquise arctique fond à grande vitesse. Symbole du dérèglement climatique, l’ours polaire est en première ligne. Mais son sort dépasse largement l’Arctique : il révèle l’ampleur des transformations en cours.

Rédigé par , le 27 Feb 2026, à 7 h 15 min
Journée mondiale de l’ours polaire : la banquise fond, l’espèce peut-elle survivre ?
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Chaque 27 février, la Journée mondiale de l’ours polaire rappelle une évidence : protéger l’ours blanc, c’est protéger l’Arctique tout entier. Mais au-delà de l’émotion suscitée par les images d’ours isolés sur des plaques de glace dérivantes, une question demeure : avons-nous encore une marge d’action réelle ?

L’ours polaire, scientifiquement nommé Ursus maritimus, est devenu l’un des symboles les plus puissants du dérèglement climatique. Pourtant, son avenir ne dépend pas uniquement de la fonte de la banquise.

Un prédateur ultra-spécialisé dans un écosystème en mutation

Contrairement à d’autres grands carnivores capables d’adapter rapidement leur régime alimentaire, l’ours polaire est un chasseur spécialisé du phoque, qu’il traque depuis la banquise. La glace n’est pas un simple décor : c’est une plateforme de chasse, un territoire de reproduction et un espace de déplacement stratégique.

Quand la banquise se fragmente :

  • les distances de nage augmentent ;
  • les dépenses énergétiques explosent ;
  • la période de chasse se raccourcit.

Résultat : les réserves de graisse diminuent, les femelles mettent bas à des petits plus faibles et les taux de survie chutent.

19 sous-populations, des situations contrastées

On parle souvent « des ours polaires » comme d’un ensemble homogène. En réalité, l’espèce est répartie en 19 sous-populations distinctes à travers l’Arctique (Canada, Groenland, Russie, Alaska, Norvège).

Certaines restent relativement stables. D’autres déclinent fortement, notamment dans la mer de Beaufort ou la baie d’Hudson. Cette disparité rend l’évaluation globale complexe, mais une tendance de fond s’impose : la perte d’habitat s’accélère plus vite que la capacité d’adaptation de l’espèce.

Les projections climatiques associées aux travaux du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat indiquent que l’Arctique pourrait connaître des étés quasiment sans glace d’ici le milieu du siècle si les émissions ne diminuent pas drastiquement.

Au-delà de la glace : pollution et pressions industrielles

La fonte de la banquise n’est pas la seule menace. Les polluants organiques persistants et les métaux lourds remontent la chaîne alimentaire arctique :

phytoplancton → zooplancton → poissons → phoques → ours polaires.

Au sommet de cette pyramide, l’ours accumule des concentrations élevées de substances toxiques. Des études ont observé :

  • des perturbations hormonales ;
  • des troubles du système immunitaire ;
  • des anomalies congénitales.

À cela s’ajoutent les projets d’exploitation pétrolière offshore, l’ouverture de nouvelles routes maritimes et l’intensification du trafic dans l’Arctique. Autrement dit, l’ours polaire subit une pression cumulative : climat, pollution, activités humaines.

 patte d'ours polaire

Patte d’ours polaire qui s’élève des eaux arctiques du Svalbard, un puissant symbole de survie et d’adaptation dans la nature gelée.

Une espèce menacée… mais pas (encore) condamnée

La population mondiale est aujourd’hui estimée autour de 22.000 individus. Ce chiffre reste supérieur à celui observé avant l’accord international de 1973 qui a limité la chasse commerciale. Cela prouve une chose essentielle : les politiques publiques peuvent inverser une trajectoire.
Mais la différence avec les années 1970 est majeure : la menace principale est désormais climatique, donc systémique.
Si les émissions mondiales diminuent rapidement, certains modèles montrent que plusieurs sous-populations pourraient se stabiliser. Si elles continuent d’augmenter, la perte d’habitat deviendra irréversible à l’échelle de l’espèce.

L’ours polaire, sentinelle climatique

L’ours polaire ne symbolise pas uniquement la fragilité de l’Arctique. Il en est aussi l’un des premiers indicateurs. Lorsque son habitat se transforme, cela révèle des bouleversements bien plus vastes.

Car ce qui se passe au pôle Nord ne reste pas confiné aux régions polaires. La fonte accélérée de la glace modifie les courants océaniques, réduit l’effet d’albédo — cette capacité des surfaces blanches à réfléchir le rayonnement solaire — et contribue ainsi à amplifier le réchauffement. Ces déséquilibres influencent ensuite les régimes climatiques en Europe comme en Amérique du Nord, avec des impacts sur les températures, les précipitations et la fréquence des événements extrêmes.

Protéger l’ours polaire, c’est donc bien plus qu’un geste symbolique : c’est agir en faveur de la stabilité climatique mondiale.

Que peut-on faire concrètement ?

On pourrait penser que tout se décide uniquement lors des grandes négociations internationales. C’est en partie vrai. Mais cela ne signifie pas que les citoyens et les territoires n’ont aucun levier. Nos choix individuels et collectifs pèsent dans la balance : diminuer notre dépendance aux énergies fossiles, soutenir les politiques de transition énergétique, adopter davantage de sobriété dans nos usages et appuyer le travail des chercheurs comme des organisations de conservation sont autant d’actions qui contribuent à ralentir la dynamique en cours.

La Journée moondiale de l’ours polaire ne devrait pas se limiter à une commémoration symbolique. Elle peut devenir un moment de prise de conscience. Car la question n’est pas seulement de savoir si l’ours polaire disparaîtra. Elle porte surtout sur notre capacité à modifier rapidement nos trajectoires pour éviter ce scénario.

Si la banquise recule d’environ 13 % par décennie, notre volonté d’agir ne peut pas, elle aussi, se réduire au fil des années.

Les ours polaire en 3 questions

Les ours polaires sont-ils en voie d’extinction ?
L’ours polaire n’est pas encore officiellement éteint à l’état sauvage, mais il est classé comme espèce vulnérable. Sa survie dépend fortement de l’évolution du climat et de la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Certaines sous-populations déclinent déjà.

Pourquoi la fonte de la banquise menace-t-elle l’ours polaire ?
La banquise constitue sa principale plateforme de chasse. Elle lui permet de capturer les phoques, sa source essentielle de nourriture. Lorsque la glace fond plus tôt et se reforme plus tard, la période de chasse se raccourcit et les réserves de graisse diminuent.

La disparition des ours polaires aurait-elle un impact mondial ?
Indirectement, oui. L’ours polaire est un indicateur de la santé de l’Arctique. Or l’Arctique influence les courants océaniques, le climat européen et nord-américain et l’équilibre thermique global via l’effet d’albédo.

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