Climat : Donald Trump annule la base légale de la lutte contre le réchauffement

En révoquant un pilier juridique central de la politique environnementale américaine, l’administration de Donald Trump engage un tournant radical face au réchauffement climatique.

Rédigé par , le 14 Feb 2026, à 10 h 10 min
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Cette décision bouleverse l’architecture réglementaire mise en place depuis plus de quinze ans et redistribue profondément les pouvoirs en matière de climat aux États-Unis.

Aux yeux de l’administration américaine, le réchauffement climatique n’est plus une menace pour la santé humaine et l’environnement

Le 12 février 2026, l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA) a officialisé une rupture historique. Sous l’impulsion de la Maison-Blanche, l’EPA a annulé la reconnaissance juridique selon laquelle les gaz à effet de serre constituent un danger pour la santé publique. Cette décision remet en cause l’ensemble de la politique climatique fédérale construite pour répondre au réchauffement climatique et redéfinit durablement le cadre de l’action publique.

Depuis 2009, la politique climatique fédérale américaine reposait sur une décision scientifique et juridique centrale. Cette reconnaissance, appelée « endangerment finding », permettait à l’EPA de considérer les gaz à effet de serre comme une menace directe pour la santé humaine et l’environnement. Ainsi, le réchauffement climatique devenait un fondement légal d’intervention publique, ouvrant la voie à une régulation transversale.

Grâce à ce socle, l’EPA pouvait encadrer les émissions des véhicules, des centrales électriques et de nombreuses installations industrielles. Progressivement, la politique climatique s’est traduite par des normes sur les automobiles, les camions et certains équipements énergétiques. En conséquence, le climat s’est imposé comme un enjeu structurant des pouvoirs fédéraux, avec des obligations contraignantes pour les acteurs économiques.

Ce cadre juridique a servi de référence à toutes les administrations successives, quelles que soient leurs orientations politiques. Même lorsqu’elles en contestaient l’ampleur, elles ne remettaient pas en cause la base scientifique. Toutefois, pour l’administration Trump, cette politique climatique symbolisait une entrave excessive à la liberté économique. Dès lors, la remise en cause du réchauffement climatique comme fondement juridique est devenue un objectif central.

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Un action de dérégulation au bénéfice de l’économie, selon Donald Trump

En annulant cette reconnaissance, l’EPA retire à l’État fédéral son principal levier d’action face au réchauffement climatique. Concrètement, les normes sur les émissions de gaz à effet de serre pour les voitures et les camions disparaissent. Selon l’EPA, cette suppression concerne l’ensemble des véhicules conçus entre 2012 et 2027, mettant fin à plus d’une décennie de contraintes réglementaires.

L’administration Trump présente cette décision comme un transfert de pouvoirs au bénéfice de l’économie. Le président américain a qualifié cette réforme de « plus grande action de dérégulation de l’histoire américaine ». Cette suppression permettrait une économie de près de 1.200 milliards d’euros pour les consommateurs et les industriels.

Cependant, ce démantèlement dépasse largement le seul secteur automobile. En affaiblissant la politique climatique, l’EPA se prive également de son autorité sur les centrales électriques, les raffineries et certaines installations industrielles. Le climat devient alors une compétence fragmentée, dépendante de décisions locales ou d’initiatives privées, plutôt que d’une stratégie fédérale cohérente.

Plusieurs organisations environnementales ont d’ores et déjà annoncé des recours

La suppression de cette base juridique modifie profondément l’équilibre institutionnel. Les pouvoirs fédéraux, autrefois centraux dans la lutte contre le réchauffement climatique, se trouvent désormais limités. Les États fédérés pourraient tenter de compenser, mais sans socle national commun, la politique climatique devient hétérogène et inégale. Les critiques font valoir que cette décision ignore les consensus scientifiques. Gina McCarthy, ancienne administratrice de l’EPA, a déclaré que l’agence « préfère passer son temps au tribunal pour les industries fossiles plutôt que de nous protéger de la pollution et des impacts climatiques croissants ». Du côté du Congrès, les oppositions dénoncent un abandon de responsabilités. Le sénateur Edward J. Markey estime que l’EPA « abandonne la science, la loi et le précédent judiciaire ». Pour lui, la politique climatique américaine se retrouve vidée de sa substance face au réchauffement climatique.

Cette réforme ouvre également une période d’incertitude juridique. Plusieurs organisations environnementales ont annoncé des recours, estimant que la décision contredit des précédents judiciaires établis. Le climat, autrefois traité comme un enjeu de santé publique, devient un terrain de confrontation politique et judiciaire.

Un précédent durable pour la politique climatique américaine

Au-delà de l’administration Trump, cette décision pourrait marquer durablement la politique climatique américaine. En supprimant une reconnaissance scientifique adoptée en 2009, l’EPA rompt avec quinze années de continuité institutionnelle. Le réchauffement climatique cesse ainsi d’être un fondement obligatoire de l’action fédérale. Pour les partisans de la dérégulation, cette réforme redonne des marges de manoeuvre aux entreprises et limite l’intervention de l’État. Pour ses opposants, elle fragilise la capacité des États-Unis à répondre à un phénomène global. Le climat, désormais privé de cadre fédéral solide, devient un enjeu secondaire dans la hiérarchie des priorités publiques.

Enfin, cette évolution intervient dans un contexte international marqué par l’intensification des engagements climatiques ailleurs dans le monde. En renonçant à une véritable politique climatique, Washington s’isole sur la scène environnementale. Le réchauffement climatique reste pourtant un défi scientifique reconnu, mais il n’est plus, aux États-Unis, un impératif réglementaire fédéral.

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Journaliste de formation, Anton écrit des articles sur le changement climatique, la pollution, les énergies, les transports, ainsi que sur les animaux et la...

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