Planète Eolienne. Des doutes et des perspectives

>>>Suite de l’interview de M.Benoît Praderie de l’Association Planète Eolienne. L’énergie éolienne bénéficie d’une image satisfaisante de la part des Français. Cependant, ces derniers sont encore réticents à l’idée de voir apparaître un parc éolien non loin de chez eux. Pourquoi ? Quelles sont les perspectives de l’énergie éolienne ?

consoGlobe : Selon le sondage de l’ADEME, intitulé « Les Français et l’énergie éolienne », 92 % des sondés connaissent cette forme d’énergie et 93 % se déclarent favorables à son développement. De plus, l’énergie éolienne bénéficie d’une image « extrêmement positive » car propre, économique, écologique, renouvelable. Qu’en pensez-vous  ?

B.P : C’est la réalité du terrain ; c’est ce que nous constatons tous les jours : l’éolien est populaire mais ce n’est pas obligatoirement une énergie qui plait à nos dirigeants qui eux, préfèrent dogmatiquement les énergies centralisées. On continue de refuser des projets parce qu’ils se situent trop près de la résidence secondaire d’un people, on continue à instrumenter l’opinion des Français par des reportages ciblés sur le « combien ça coute » ou « qui en a profité » en oubliant l’évidente dimension citoyenne des ENR. La responsabilité des médias, trop prompte au buzz commandé, est patente.

EolienneconsoGlobe : En revanche, le petit éolien spécialement adapté pour les particuliers, bien que de plus en plus prisé, soulève tout de même beaucoup de réticence chez les consommateurs à cause du coût, une fois de plus. Selon vous, mis à part les aides financières et les prêts à taux zéro, des mesures devraient-elles être prises notamment par le gouvernement pour remédier au problème ?

B.P : Répétons-le, toutes les énergies territoriales, quelque soit leur taille, doivent être développées. Il en va de l’indépendance nationale. Qui souhaiterait aujourd’hui envoyer ses enfants défendre demain les puits de pétrole du Golf, les mines d’Uranium du Niger ? Le Gouvernement, à l’évidence, a été contraint au développement des ENR du fait de la pression internationale (cf. Kyoto, UE27, Copenhague…) tout en s’ingéniant à réfréner leur expansion !

Que ce soit les tergiversations homériques sur les tarifs photovoltaïques des dernières semaines ou le mille-­feuille réglementaire sur l’éolien qui ne cesse de croitre, force est de constater qu’il est aujourd’hui plus difficile de développer un parc éolien ou solaire, qu’une centrale nucléaire EPR ! !

Il y a donc effectivement matière à un gouvernement responsable et cohérent d’améliorer les dispositions réglementaires pour faciliter le décollage de filières fortement génératrices de richesses économiques futures. Et pour répondre à votre question, il faut exclure de la procédure ZDE (zone de développement éolien) le petit éolien.

consoGlobe : En 2008, la France se situait au 7ème rang mondial en puissance éolienne installée. Peut-on imaginer une ascension de l’échelle d’ici quelques années ? Quels sont les leviers possibles ?

B.P  : La France possède (atout géographique) le deuxième potentiel éolien d’Europe. Remplaçons un instant le mot « éolien » par « pétrole ou gaz », ne voudrait-on pas développer ces ressources au maximum ? Celles en énergie solaire (biomasse, etc.) sont elles aussi, énormes. Bref, en comptant les « négawatts » (les économies d’énergies comme celles qui peuvent être faites sur le chauffage électrique…) on peut imaginer un pays se fixant pour objectif d’être indépendant de toute source d’énergie importée en 2050. Est-­ce si difficile alors que tant de scénarios l’imaginent déjà ?

Eolienne2consoGlobe : L’éolienne a de l’avenir mais elle ne fait pourtant pas encore l’unanimité. Quelles sont les perspectives actuelles des énergies du vent selon vous ? Quelle(s) évolution(s) pourrions-nous voir apparaître à l’avenir ?

B.P : En France, le premier enjeu est d’ordre politico-­technocratique : il existe une pensée unique disant que l’énergie nucléaire c’est bien, donc tout le reste est moins bien. Tout d’un coup, les arguments surgissent pour dénigrer : les questions de paysages deviennent prépondérantes (jusqu’au ridicule), les questions d’intermittence sont un obstacle plutôt qu’une opportunité de mieux gérer les ressources renouvelables nationales, etc. On en vient même récemment jusqu’à proposer de classer les éoliennes dans la catégorie des installations qui portent atteinte à l’environnement (cf. loi Grenelle 2, vote au Sénat le 5 octobre 2009). Nos gouvernants marchent sur la tête !

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Interview association Planète Eolienne réalisée par Elwina, fev 2010