Pesticides et biodiversité : on sait quelles espèces meurent

Pesticides et biodiversité : on sait quelles espèces meurent

On n’en finit pas de découvrir les dégâts des pesticides sur l’environnement et la santé. Cette fois, c’est une nouvelle “méta-analyse” qui dresse une synthèse très large. Elle décrit sur quelles espèces les pesticides étendent leurs néfastes influences. Autrement dit, c’est un tableau de l’impact des pesticides sur la biodiversité qui nous est proposé. Pas rassurant.

L’impact des pesticides sur les écosystèmes

Cette nouvelle méta-analyse des pesticides systémiques consiste à réunir les résultats d’un grand nombre d’autres études (plus de 800 publications scientifiques au total !) pour en faire une synthèse.

  • Les pesticides étudiés sont les “néonics”, des pesticides à base de néonicotinoïdes et de fipronil accusés de causer des dommages importants à de nombreuses espèces d’invertébrés utiles et de jour un rôle clé dans le déclin des abeilles.
  • Cette étude est connue en anglais sous le nom de Worldwide Integrated Assessment ou WIA (en français : Évaluation mondiale intégrée(1)),

En quoi cette étude est-elle importante ?

Cela fait plus de 20 ans qu’on s’inquiète quant aux conséquences des pesticides systémiques sur un grand nombre d’espèces. Mais aucun élément scientifique n’avait été jugé concluant à ce jour.

C’est un groupe de travail composé de scientifiques internationaux indépendants qui a mené cette étude. Ils concluent qu’il existe désormais suffisamment de preuves évidentes des préjudices des pesticides pour justifier des mesures réglementaires.

La conclusion de leur analyse est que les « néonics » comportent un risque élevé de dommages pour les abeilles mellifères et autres pollinisateurs comme les papillons, ainsi que pour une large variété d’autres invertébrés (vers de terre p. ex.) et de vertébrés tels que les oiseaux.

pesticide-biodiversité

Des effets immédiats et chroniques

Les néonics sont des neurotoxines et l’exposition à ce type de substances peut entraîner des effets qui peuvent être immédiats et fatals mais également chroniques. Une exposition de longue durée à de faibles doses (non létales) peut également être néfaste.

  • Parmi les dommages chroniques possibles, il y a la perte de mémoire ou d’odorat, une perte de fécondité, un comportement trophique altéré et une diminution de l’apport alimentaire, y compris un butinage amoindri chez les abeilles, une capacité altérée du ver de terre à creuser des tunnels, des difficultés à voler et une sensibilité accrue aux maladies.

Un des principaux auteurs de l’étude explique « Les preuves sont très claires. Nous sommes face à une menace qui pèse sur la productivité de notre milieu naturel et agricole et cette menace équivaut à celle que constituent les organophosphates ou le DDT. Loin de protéger la production alimentaire, l’utilisation des néonics menace l’infrastructure même qui permet cette utilisation, mettant en danger les pollinisateurs, les ingénieurs de l’écosystème et les antiparasitaires naturels au coeur du fonctionnement écosystémique. »

Pesticides : les espèces les plus touchées

Les catégories d’espèces les plus touchées sont les invertébrés terrestres tels que les vers de terre, qui sont exposés à des niveaux élevés via le sol et les plantes, à des niveaux moyens via les eaux de surface et par lixiviation (« leaching ») , et à des niveaux faibles via les poussières dans l’air. Ces substances peuvent affecter la santé tant des individus que des populations, même à de faibles doses ou en cas d’exposition aiguë, rendant ces individus et populations extrêmement vulnérables aux niveaux de néonics associés aux pratiques agricoles.

Pesticides. Fruits et légumes les plus et moins pollués

Les insectes pollinisateurs

Le 2ème groupe d’espèces le plus touché par les pesticides sont les insectes pollinisateurs (abeilles, papillons, etc.) : ils sont exposés à une forte contamination par l’air et les plantes et à des niveaux d’exposition moyens par l’eau. Aussi bien les individus que les populations peuvent être affectées par une exposition faible ou aiguë, les rendant hautement vulnérables.

pesticides et papillons

Les invertébrés aquatiques

Viennent ensuite les invertébrés aquatiques, comme les gastéropodes d’eau douce et les puces d’eau, sensibles à une exposition faible et aiguë. Idem pour les vertébrés tels que les oiseaux, qui sont vulnérables à des niveaux d’exposition moyens et bas via le sol, l’air, l’eau et les plantes, et qui sont affectés aux niveaux de l’individu et de la population.