L’hydrogène : si on en reparle, ça doit être qu’il pointe son nez

L'hydrogène : si on en reparle, ça doit être qu'il pointe son nez

L’apôtre de l’hydrogène – Jeremy Rifkin – est passé à autre chose. France Stratégie, le think tank du gouvernement, le bat en brèche comme trop coûteux et voué à l’échec. L’hydrogène n’a plus la cote. Serait-ce parce que la vision, fumeuse, s’est justement envolée en fumée ? Ou, paradoxalement, parce qu’il commencerait à déranger ?

L’hydrogène, le graal de l’énergie

L’hydrogène, c’est un peu comme la fusion nucléaire, en beaucoup plus prometteur. Une Arlésienne enthousiasmante par ses potentialités, mais qui tarde à se diffuser massivement. Vecteur énergétique « propre » (sa combustion n’émet que de l’eau), abondant, stockable, au contenu énergétique élevé, il pourrait trouver de nombreux débouchés. Mais les applications grand public, notamment dans les véhicules particuliers, tardent à voir le jour, alors qu’elles ont été annoncées à grand renfort de communication à plusieurs reprises par les grands constructeurs.

France Stratégie vend du… « réalisme »

L’enthousiasme est donc semble-t-il retombé, du moins dans son écho médiatique grand public ces derniers mois. Mais dans le petit monde des experts de l’énergie, l’hydrogène fait de nouveau débat.

Fin août, France Stratégie, l’ancien Commissariat général à la stratégie et à la prospective, unité de réflexion rattachée au Premier Ministre, se demandait une note d’analyse assassine pour la filière S’il « y a une place pour l’hydrogène dans la transition énergétique».

Hydrogène, vecteur énergétique à potentiel

Etienne Beeker, son auteur, concluait que les démonstrations en cours sont plutôt inutiles, car reposant sur des technologies non mâtures et non compétitives. Le communiqué de presse accompagnant la note indiquait qu’il était essentiel de « prendre en compte dès le début les enjeux de sûreté et d’acceptabilité presque insurmontables que pose l’usage de ce gaz très volatil et explosif, et perçu comme tel par le grand public ».

« Note partisane » répondent les professionnels. L’AFHYPAC, l’Association Française pour l’Hydrogène et les Piles à Combustible, répondait peu après, très énervée, que cette note « partisane » ne reflétait pas la réalité des avancées du secteur.

  • De son coté Louis Schweitzer, le commissaire à l’investissement, lors de son audition par la commission Développement durable de l’Assemblée, ne fait pas de choix. Une bonne dynamique émerge “dans deux voies concurrentes : l’hydrogène et les batteries électroniques”, explique-t-il . “Je ne suis pas sûr que de mon vivant je verrai la conclusion définitive de cette querelle. Mais ( …) il serait idiot de choisir aujourd’hui entre ces deux voies“.

Quel coût réel pour l’hydrogène ?

La question des coûts des applications liées à l’hydrogène est essentielle. Dans un monde dans lequel les énergies intermittentes – solaire, éolien notamment – prennent une place de plus en plus importante dans le ‘mix énergétique’, la question du stockage devient cruciale.

Pascal Mauberger, Président de l’AFHYPAC et Président du directoire de la start-up McPhy Energy soulignait dans un récent interview que “lorsque vous avez de la production éolienne en surplus à coût marginal nul, cela vous donne une rentabilité supplémentaire pour votre électrolyseur, ce qui fait baisser le prix de l’hydrogène à moins de 7 €/ kg » dans les conditions actuelles”.

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Qu’en est-il en réalité ? Est-ce qu’effectivement les producteurs d’énergies renouvelables utilisent l’hydrogène pour stocker l’énergie, et ce selon eux à un coût acceptable ?

Selon Rémi Gruet, directeur des politiques et des opérations de la fédération européenne des énergies marines Ocean Energy Europe, la fédération des énergies renouvelables marines, « L’hydrogène est effectivement un moyen de stockage, mais nous préférons à celui-ci l’expansion du réseau électrique européen qui permettra l’intégration de plus de renouvelables dans le mix électrique européen ».

“Même son de cloche à la fédération européenne de l’industrie solaire (EPIA) : “A EPIA on n’a pas travaillé du tout sur l’hydrogène. Nos interactions avec le stockage sont beaucoup plus du côté des batteries », affirme Frauke Thies, directrice des politiques publiques d’EPIA.

Ce qu’en disent les experts du stockage des énergies

Le point de vue de Ocean Energy Europe est cohérent avec les conclusions principales du rapport sur les avancées technologiques en matière d’énergie publiées récemment par l’association européenne pour le stockage de l’énergie (EASE) : « Actuellement, il existe de nombreux projets de conversion gaz-énergie qui émergent dans plusieurs pays européens. La plupart emploient des électrolyseurs alcalins de divers fabricants comme Hydrogenics, NEL et Enertrag.

Ces composants sont disponibles dans des gammes de taille de 100 kW à plusieurs megawatts. Certaines entreprises (par exemple Siemens, Hydrogenics, GreenHydrogen et d’autres) ont défini des feuilles de route dédiées à la commercialisation de tels électrolyseurs qui devraient encore mieux pour compléter les énergies renouvelables intermittentes. »

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