Déchets : 69 % des poubelles grises sont mal triées en France
Malgré une baisse globale des volumes, les déchets déposés dans les poubelles grises sont, pour une large majorité, mal orientés, peut-on lire dans l’étude MODECOM® réalisée par l’Agence de la transition écologique, consacrée à l’analyse fine des déchets ménagers.

Dans un contexte de généralisation du tri des biodéchets au 1er janvier 2024 et de montée en puissance des filières de valorisation, cette photographie précise des déchets produits par les Français met en lumière un paradoxe. Les quantités diminuent, mais le geste de tri reste perfectible.
69 % des déchets des poubelles grises ne sont pas orientés vers le bon bac
Le chiffre frappe. Près de 69 % des déchets présents dans les poubelles grises ne devraient pas s’y trouver, nous apprend l’étude MODECOM® réalisée par l’Agence de la transition écologique (Ademe) consacrée à l’analyse fine des déchets ménagers. Autrement dit, près de sept déchets sur dix pourraient être triés différemment et dirigés vers des filières de recyclage ou de valorisation. Derrière cette statistique, un enjeu industriel majeur : les ordures ménagères résiduelles, collectées via le bac gris, sont destinées à l’incinération ou à l’enfouissement, des solutions coûteuses et à l’impact environnemental significatif.
Dans le détail, la composition des poubelles grises reste révélatrice des habitudes persistantes. Un tiers de leur contenu est constitué de biodéchets, alors même que leur tri à la source est désormais obligatoire. À cela s’ajoute près d’un autre tiers d’emballages et de papiers qui devraient rejoindre la poubelle jaune. Enfin, 5 % correspondent à du verre, et 6 % à des déchets relevant d’autres circuits spécifiques.
Ce mélange pèse lourd. Non seulement il réduit la performance globale du tri, mais il prive également les filières de recyclage de matières premières secondaires indispensables à l’économie circulaire.
Des déchets en baisse dans les poubelles grises, mais un tri encore imparfait
Il serait toutefois réducteur de ne voir que l’aspect négatif. Sur le plan quantitatif, les déchets résiduels reculent. Le poids moyen des poubelles grises est passé de 396 kg par habitant en 1993 à 252,7 kg en 2017, puis à 223 kg en 2024, soit une baisse de 44 %. Une évolution qui traduit des changements profonds dans la consommation et la gestion des déchets. Cette baisse s’explique en partie par l’amélioration du tri à la source et par la montée en puissance de nouvelles collectes. Néanmoins, le volume restant demeure élevé, surtout si l’on considère que près de 70 % de ces déchets pourraient être évités dans le bac gris.
Pour un observateur des filières industrielles, cette situation rappelle celle des débuts du véhicule électrique : la technologie existe, les infrastructures progressent, mais l’appropriation par l’utilisateur reste déterminante. Ici aussi, le geste individuel conditionne la performance globale du système.
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Poubelles jaunes : plus de déchets triés, mais davantage d’erreurs
Le revers de la médaille apparaît du côté des poubelles jaunes. Les volumes augmentent, signe d’un recours accru au tri des emballages et papiers. En 2024, leur poids atteint 52,8 kg par an et par habitant, contre 49,4 kg en 2017 et 45,8 kg en 2007. Cette progression reflète l’élargissement des consignes de tri et la simplification des règles. Toutefois, elle s’accompagne d’une hausse des erreurs. En 2024, 19 % des déchets déposés dans les bacs jaunes correspondent à des refus de tri, contre 12,4 % en 2017.
Autrement dit, si davantage de déchets quittent la poubelle grise pour rejoindre le bac de tri, une part croissante est mal orientée ou mal préparée. Ce phénomène entraîne des surcoûts pour les collectivités et complique le travail des centres de tri, dont les chaînes automatisées doivent gérer un flux hétérogène. L’Ademe souligne ainsi que des marges importantes de progression subsistent. L’étude MODECOM® a d’ailleurs vocation à être reconduite chaque année afin de suivre l’évolution des pratiques, preuve que le pilotage des politiques de gestion des déchets s’inscrit désormais dans une logique de suivi continu.

L’étude MODECOM :« MODE de COMposition des ordures ménagères et assimilées »
Biodéchets : un levier clé pour réduire les déchets résiduels
La question des biodéchets constitue l’un des principaux gisements de réduction des déchets résiduels. Un tiers des poubelles grises en est encore composé, alors que leur tri est obligatoire depuis le 1er janvier 2024. En effet, la quasi-totalité des collectivités propose désormais une solution de proximité pour la gestion des biodéchets, et environ 30 % disposent d’une collecte spécifique. Le maillage progresse donc rapidement. Pourtant, la part organique reste élevée dans le bac gris. Ce décalage entre l’offre de service et l’usage réel pose la question de l’accompagnement des ménages. Information, pédagogie, accessibilité des équipements, simplicité des consignes : autant de paramètres qui conditionnent l’efficacité du tri.
Dans une perspective environnementale plus large, chaque kg de biodéchets détourné de l’incinération permet de produire du compost ou du biogaz, réduisant ainsi les émissions associées au traitement des déchets. À l’inverse, leur présence dans les poubelles grises contribue à maintenir un volume important d’ordures ménagères résiduelles.
Au final, la France produit moins de déchets résiduels qu’il y a trente ans, mais la qualité du tri reste le talon d’Achille du système. Les chiffres de l’Ademe montrent que l’essentiel du potentiel de progrès ne réside plus seulement dans la réduction des volumes, mais dans l’orientation correcte de chaque déchet vers le bon bac.
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