Tourterelle des bois : l’État autorise la chasse cet oiseau pourtant fragile
La tourterelle des bois pourrait de nouveau être chassée en France lors de la saison 2026-2027, avec un plafond porté à 12.000 oiseaux. Le gouvernement invoque l’amélioration spectaculaire observée sur l’ensemble de la voie migratoire occidentale.

Mais derrière ce rebond européen se cache une réalité plus contrastée : en France, la population ne progresse toujours pas de manière significative. Le cas du fuligule milouin, lui aussi soumis à consultation, nourrit la même controverse scientifique.
Tourterelle des bois : le ministère de la Transition écologique invoque une amélioration des indicateurs européens
Le ministère de la Transition écologique a ouvert, du 30 juillet au 19 août 2026, deux consultations publiques portant sur la chasse de la tourterelle des bois et du fuligule milouin pour la saison 2026-2027. Dans les deux cas, l’État entend maintenir une gestion dite adaptative : des prélèvements restent autorisés, mais sous plafond national et avec une déclaration obligatoire destinée à permettre un suivi presque en temps réel.
Pour la tourterelle des bois, le projet est particulièrement sensible. Après plusieurs saisons de moratoire puis une reprise de la chasse en 2025-2026, le gouvernement propose non seulement de reconduire les prélèvements, mais aussi d’en augmenter le plafond. Cette décision s’appuie sur une amélioration réelle des indicateurs européens. À l’échelle française, en revanche, les données scientifiques sont nettement moins rassurantes.
Tourterelle des bois : un arrêté qui relève le quota de chasse
Le projet d’arrêté prévoit un maximum de 12.000 tourterelles des bois pour la saison 2026-2027, selon le ministère de la Transition écologique. La saison précédente, la France disposait d’un plafond de 10.560 oiseaux, peut-on lire dans l’avis du Comité d’experts sur la gestion adaptative (le CEGA), validé le 17 juillet 2026. Le relèvement représente donc 1.440 oiseaux supplémentaires, soit environ 13,6 %, calculés à partir des deux plafonds officiels.
Dans les faits, le plafond précédent n’avait pas été atteint. Au cours de la saison 2025-2026, 7.483 tourterelles avaient été prélevées et déclarées, soit 71 % du quota de 10.560 oiseaux, selon le CEGA. Le dispositif proposé pour la prochaine saison reprend le même principe de contrôle : chaque animal prélevé devrait être déclaré immédiatement dans l’application ChassAdapt, tandis que la Fédération nationale des chasseurs transmettrait quotidiennement les données à l’Office français de la biodiversité et au ministère, selon le projet d’arrêté. Une fois le plafond national atteint, les nouvelles déclarations seraient bloquées et tout tir supplémentaire deviendrait illégal.
Ce mécanisme est défendu par les organisations cynégétiques. La Fédération départementale des chasseurs de la Gironde présente notamment la déclaration numérique, les contrôles et la collecte d’informations sur l’âge, le sexe ou la répartition des oiseaux comme des moyens de mieux connaître les populations. Le 10 août 2026, la fédération appelait ainsi ses adhérents à soutenir le projet lors de la consultation publique. Chasseurs de l’Est relayait une position comparable dès le 6 août 2026.
L’enjeu, cependant, ne se limite pas au fonctionnement de ChassAdapt. La question centrale est celle du niveau géographique auquel l’état de la tourterelle des bois doit être évalué. C’est précisément sur ce point que les conclusions scientifiques deviennent beaucoup moins simples que ne le laisse entendre la présentation du projet gouvernemental.

La tourterelle des bois va mieux en Europe, mais pas vraiment en France.
Pourquoi le ministère de la Transition écologique veut reconduire la chasse
Le raisonnement du gouvernement repose d’abord sur l’évolution de l’ensemble de la voie migratoire occidentale. Après le moratoire européen instauré en 2021, trois conditions avaient été définies avant d’envisager une reprise des prélèvements : une hausse des effectifs pendant au moins deux années consécutives, une amélioration de la survie sur la même période et l’existence de systèmes suffisamment robustes de contrôle des prélèvements, fait valoir le CEGA dans son avis du 17 juillet 2026.
Ces indicateurs se sont effectivement redressés. La population ouest-européenne aurait atteint 2,12 millions de couples reproducteurs en 2025, avec une progression moyenne de 9,6 % par an depuis le moratoire et de 46,6 % entre 2021 et 2025, selon les données de la Task Force on the Recovery of Birds reprises par le CEGA. Les taux de survie mesurés sur des oiseaux bagués français et ibériques auraient, eux aussi, progressé : environ 10 % pour les adultes et 42 % pour les juvéniles, toujours selon l’avis scientifique du CEGA.
C’est sur cette dynamique que s’appuie le mécanisme européen. Lors de la reprise de la chasse, un niveau de prélèvement correspondant à 1,5 % de la population totale de la voie migratoire occidentale avait été retenu puis réparti entre les États en fonction de leurs quotas historiques, rappelle le CEGA. Dans cette logique, le comité considère que les 12.000 oiseaux attribués à la France pour 2026-2027 peuvent apparaître compatibles avec une chasse durable à l’échelle de l’ensemble de cette population ouest-européenne.
Le ministère reprend cet argument dans sa consultation et souligne le meilleur état de conservation observé sur la voie centre-ouest. Les défenseurs de la chasse insistent également sur cette échelle. La Fédération des chasseurs de Gironde estime que le quota européen et le suivi scientifique permettent de concilier conservation et activité cynégétique, tandis que le média spécialisé Chasse Passion présente le maintien de plafonds contrôlés comme le choix français d’une gestion adaptative plutôt que d’une interdiction générale.
Tourterelle des bois : des populations françaises encore fragiles
Le problème apparaît lorsque l’analyse descend de l’échelle européenne à celle des oiseaux effectivement susceptibles d’être tirés en France. Le CEGA concède lui-même que l’approche par grande voie migratoire peut être réductrice. Selon son analyse, près de 95 % des oiseaux susceptibles d’être exposés au prélèvement cynégétique en France dans l’ensemble étudié proviennent de la population française, ce qui rend sa tendance propre particulièrement importante.
Or, cette population ne connaît pas le même rebond que la population ibérique. Entre 2021 et 2025, l’abondance des tourterelles nicheuses françaises n’aurait varié que de 3 %, une évolution non significative dont l’intervalle de confiance s’étend de -6 % à +13 %, selon les données STOC du Muséum national d’Histoire naturelle analysées par le CEGA. Le comité parle donc de stabilisation, et non de croissance avérée. Sur le temps long, le constat reste beaucoup plus sombre : la LPO rapporte, à partir des tendances du MNHN, un recul français supérieur à 50 % avant la stabilisation récente.
Le contraste géographique est majeur. Le rebond de 46,6 % mesuré sur l’ensemble de la voie occidentale depuis 2021 est en grande partie attribué à la dynamique ibérique, constate le CEGA. Le comité relève en outre que, dans la répartition historique examinée, environ 81 % des prélèvements étaient réalisés en Espagne, 10 % au Portugal et 8 % en France, d’après les travaux scientifiques européens cités dans son avis. Autrement dit, l’arrêt du tir n’a pas produit partout les mêmes effets démographiques et le redressement espagnol ne signifie pas automatiquement que les oiseaux nichant plus au nord aient retrouvé un état satisfaisant.
C’est pourquoi le CEGA formule une réserve essentielle. À l’échelle de la voie migratoire, les 12.000 prélèvements français peuvent apparaître soutenables. Mais, pour les oiseaux nichant ou migrant effectivement par la France, le comité estime que les connaissances actuelles ne permettent pas de démontrer que ce plafond n’affectera pas la stabilité de la population. La LPO s’appuie précisément sur cette distinction pour juger la reprise prématurée, tandis que l’ASPAS réclame le retour à un moratoire.
La vulnérabilité de l’espèce ne se résume d’ailleurs pas aux tirs. Le CEGA rappelle que le plan national de gestion élaboré en 2021 n’a toujours pas débouché sur la mise en oeuvre des mesures de conservation et de restauration des habitats prévues. L’intensification agricole, l’urbanisation et le changement climatique continuent de peser sur les milieux de reproduction, selon le comité. La LPO ajoute la disparition des haies et la dégradation des habitats agricoles parmi les facteurs persistants. Pour les experts, une gestion réellement adaptative ne peut donc se limiter à modifier chaque année le nombre d’oiseaux susceptibles d’être tués.
Fuligule milouin : une espèce en déclin malgré un quota reconduit
La seconde consultation publique concerne le fuligule milouin, un canard plongeur dont la situation reste elle aussi préoccupante. Selon le projet d’arrêté du ministère, le gouvernement propose de conserver un plafond de 5.000 prélèvements en France métropolitaine pour la saison 2026-2027. Le prélèvement des mâles doit être privilégié, mais celui des femelles n’est pas interdit.
Les données démographiques expliquent pourquoi cette nuance est loin d’être secondaire. Sur la voie migratoire du nord-ouest européen, les populations hivernantes de fuligules milouins ont reculé d’environ 36 % entre 2006 et 2023, même si une stabilisation se dessine sur la décennie la plus récente. En France, une enquête récente estime la population reproductrice à 15.626 couples nicheurs, avec un intervalle d’incertitude compris entre 10.622 et 20.630 couples, selon les données reprises par le même comité.
La survie des jeunes femelles constitue l’un des points critiques. Elle est estimée à seulement 16 % à 25 % dans les travaux mobilisés par le CEGA, qui considère l’amélioration de cette survie comme le levier de court terme le plus efficace pour faire croître la population. La Task Force on the Recovery of Birds préconise donc un moratoire complet sur la chasse ou, à défaut, une interdiction du prélèvement des femelles, selon le CEGA. Le projet français ne va pas jusque-là : il recommande seulement de privilégier les mâles.
L’expérience de la saison précédente illustre la difficulté. Malgré cette priorité donnée aux mâles, les femelles ont encore représenté 38 % des fuligules prélevés en France en 2025-2026, contre environ 42 % dans les tableaux de chasse antérieurs analysés, selon le CEGA. Le comité considère ainsi que les modalités françaises de la saison 2025-2026 ne sont pas, en l’état, conformes aux dernières recommandations scientifiques européennes. La LPO et l’ASPAS utilisent le même argument pour réclamer un moratoire, au moins sur les femelles.
Le suivi lui-même doit encore être consolidé. En 2025, seulement 32 % des déclarations de fuligules prélevés via ChassAdapt étaient accompagnées d’une photographie exploitable, un taux jugé insuffisant par le CEGA. Le comité demande davantage de photographies, une réduction du recours aux carnets papier et une meilleure quantification des contrôles de terrain. Le projet d’arrêté prévoit de son côté un bilan consolidé des prélèvements avant le 1er avril 2027 et une évaluation scientifique transmise à l’administration avant le 1er juin 2027.
La chasse devrait-elle rester autorisée lorsqu’une population nationale ne montre aucune reprise significative ?
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L’état et surtout les Préfets sont soumis aux malades mentaux qu’on appelle chasseurs, alors que 82% de Français sont contre la chasse.
Sont-ils menacés par ces individus ou sont ils tout bêtement incapables de jugement logique ?
On est en droit de se poser la question quand on voit tout ce qu’ils autorisent et toutes les initiatives débiles qu’ils prennent
Ces gens ne sont pas élus, ils ne devraient pas pouvoir imposer ou décider quoi que ce soit, juste consulter !
La France est gouvernée par les chasseurs (les pires d’entre eux), et lors de sa première élection, Emmanuel Macron avait proclamé « Mes amis les chasseurs… », montrant fort bien par là ce qu’il faisait de la protection de la Nature et du travail des scientifiques.