Chasse au gibier d’eau : face à la sécheresse, la LPO réclame un report

Alors que les derniers points d’eau deviennent des refuges surchargés pour une avifaune éprouvée, la chasse au gibier d’eau cristallise les tensions dans les Pays de la Loire. La Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO) réclame un décalage du calendrier afin d’éviter d’ajouter les prélèvements et le dérangement provoqués par la chasse à une pression climatique déjà exceptionnelle.

Rédigé par , le 21 Aug 2026, à 11 h 55 min
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La LPO demande de reporter l’ouverture anticipée de la chasse aux oiseaux d’eau, actuellement fixée au vendredi 21 août 2026. L’association veut attendre l’ouverture générale du 20 septembre 2026, estimant que les conditions actuelles ne permettent plus aux oiseaux de se déplacer normalement entre des zones humides suffisamment alimentées.

La LPO réclame un répit dans la chasse au gibier d’eau

Dans les Pays de la Loire, l’alerte prend une dimension particulièrement concrète. Le Maine-et-Loire est placé au niveau « crise » pour les usages de l’eau. Derrière le débat sur le calendrier de chasse se joue donc une question plus large : que se passe-t-il lorsque des canards, des limicoles et des espèces protégées doivent partager un nombre toujours plus réduit de refuges aquatiques ?

Le diagnostic hydrologique est au centre de l’offensive de la LPO. D’après l’Office français de la biodiversité, quelque 43 % des cours d’eau sont en assec ou en rupture d’écoulement. L’association qualifie en outre l’épisode actuel comme l’un des plus intenses connus depuis 100 ans. Le contexte météorologique s’est construit au fil de l’été : trois vagues de chaleur ont déjà touché la France depuis le début de la saison, auxquelles s’ajoute un épisode de températures élevées intervenu précocement en mai 2026.

Cette raréfaction de l’eau modifie directement la répartition de la faune. Au lieu de disposer d’un réseau de mares, étangs, cours d’eau et marais dans lesquels se disperser, les oiseaux se concentrent sur les secteurs demeurés fonctionnels. La LPO y voit un double risque. Il y a d’abord celui des prélèvements sur des populations regroupées sur des surfaces réduites. S’ajoute le dérangement : envols répétés, déplacements forcés et recherche d’un autre lieu de repos alors que les possibilités de repli sont limitées.

C’est dans ce contexte qu’Allain Bougrain-Dubourg évoque « un massacre et un dérangement sans précédent », a déclaré le président de la LPO. L’expression est volontairement forte. L’association ne met pas seulement en avant la mortalité directement liée aux tirs : elle considère que l’activité humaine supplémentaire imposée autour des rares points d’eau pourrait affecter l’ensemble de la communauté d’oiseaux, y compris les espèces qui ne sont pas chassées.

Pays de la Loire : sécheresse oblige, les refuges pour oiseaux sont sous pression

La situation est particulièrement sensible dans les zones humides ligériennes. Certains secteurs sont désormais complètement asséchés, tandis que ceux qui conservent de l’eau accueillent une proportion croissante des oiseaux présents. La LPO Pays de la Loire parle d’« une situation catastrophique pour les zones humides de notre région ».

Pour ces oiseaux, un point d’eau ne sert pas uniquement à boire. Les milieux humides procurent également des zones d’alimentation et des espaces de repos, deux fonctions essentielles au moment où commencent à apparaître les premiers migrateurs. La LPO rappelle que même des espaces protégés sont touchés par l’assèchement et ne peuvent plus offrir partout les conditions de quiétude habituelles. Un oiseau obligé de multiplier les déplacements pour trouver nourriture et eau dépense davantage d’énergie, alors même que la chaleur et la raréfaction des ressources peuvent déjà l’avoir fragilisé.

Le problème est d’autant plus complexe que les espèces se mélangent. Aux côtés des canards et de certains limicoles pouvant appartenir au gibier chassable se trouvent des hérons, des aigrettes, des spatules blanches et certains rapaces protégés. Les cigognes figurent également parmi les oiseaux protégés présents dans ces milieux. Pour l’association, le dérangement occasionné sur un site ne s’arrête donc pas aux seules espèces autorisées au prélèvement.

Chasse au gibier d’eau : un calendrier déjà très encadré

Le calendrier n’est toutefois pas uniforme et plusieurs règles encadrent déjà les prélèvements. Sur le domaine public maritime, l’ouverture avait commencé le 1er août 2026. La contestation régionale porte notamment sur l’échéance du 21 août 2026 hors domaine public maritime. La LPO Pays de la Loire demande aux préfets d’utiliser leur marge d’intervention et souhaite un report jusqu’au 20 septembre 2026.

Du côté des chasseurs, la réglementation présentée à la veille de l’ouverture insiste également sur la limitation des prélèvements. En Vendée, un plafond de 15 oiseaux par jour et par chasseur, toutes espèces concernées confondues, est annoncé pour plusieurs canards et autres oiseaux d’eau. Les captures doivent être enregistrées au moment du prélèvement sur l’application ChassAdapt ou consignées sur un carnet prévu à cet effet, selon la même fédération.



Journaliste de formation, Anton écrit des articles sur le changement climatique, la pollution, les énergies, les transports, ainsi que sur les animaux et la...

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