Sur les étals des poissonneries, 8 poissons sur 10 toujours pêchés au chalut

Le chalut demeure de loin la méthode de pêche la plus couramment utilisée pour attraper les poissons qu’on nous vend… dans 74% des cas étudiés par l’UFC Que Chosisir dans sa dernière enquête.

Rédigé par Paul Malo, le 27 Sep 2020, à 7 h 46 min

La pêche durable reste décidément un voeu pieux : une nouvelle étude signée UFC / Que Choisir constate que le chalut demeure de loin la méthode de pêche la plus courante pour 8 poissons frais et pour le poisson surgelé.

Poisson non durable – Une part dominante de pêche au chalut

C’est un constat tout simplement accablant que dresse Que Choisir dans sa dernière étude sur la durabilité, la saisonnalité des méthodes et des zones de pêche pour huit poissons frais et pour le poisson surgelé.

poisson non durable

C’est pas la mer qui prend l’homme, c’est l’homme qui prend la mer ! © AlenaLitvin

Oui, la pêche durable reste littéralement à quai. En effet, le chalut demeure de loin la méthode de pêche la plus couramment utilisée, dans 74 % des cas.

Pourtant, il s’agit d’une méthode bien souvent destructrice de la ressource. Ce filet en forme d’entonnoir fermé, traîné par un ou deux bateaux retient aussi au passage des poissons juvéniles de petites taille qui ne pourront pas se reproduire, ainsi qu’un grand nombre d’espèces non ciblées.
Tandis que le chalut pélagique est utilisé en pleine eau, le chalut de fond, lui, est traîné sur le fond marin. En le raclant, il détériore fortement la flore et la faune marines. Seules les espèces de poissons se déplaçant en banc très serrés et homogènes, tels que la sardine, le maquereau et le hareng, évitent les prises accessoires dans ce type de chalut.

C’est pourquoi, selon le CNRS, le chalut constitue une des principales causes de mortalité des cétacés. Selon Que Choisir, « la part dominante du chalut dans les relevés, explique la forte proportion de poissons pêchés selon une méthode non-durable ». C’est plus particulièrement vrai pour les poissons capturés près du fond ou sur le fond de la mer, tels que la baudroie (95 % de méthodes non durables) ou le lieu noir (90 %).
À l’inverse, « la sardine, le maquereau et le hareng sont pêchés quasi exclusivement au chalut pélagique, une méthode durable pour les trois espèces ».

Autre défaut mortel du chalut comme méthode de pêche : la pression exercée au cours de son remplissage écrase les poissons situés au fond, qui ne seront alors pas commercialisables. C’est pourquoi seules les lignes et les hameçons sont des méthodes de pêche considérées comme particulièrement durables, du fait de leur très faible impact sur l’environnement.
Quant aux filets, ils le sont relativement si la taille des mailles est suffisamment grande pour laisser passer au travers les plus petits poissons et s’ils sont relevés régulièrement.

Lire aussi : Le poisson que vous mangez est-il une espèce en danger critique ou menacée ?

La grande distribution en panne de pêche durable

Il y a deux ans, une première enquête de l’UFC-Que Choisir mettait en lumière l’absence de politique d’approvisionnement durable en poissons frais dans la grande distribution. Cette nouvelle étude de l’association montre qu’un poisson sur deux est encore pêché avec des méthodes non durables.
« Mis à part le maquereau et la sardine, la quasi totalité des poissons frais de notre enquête sont issus de stocks surexploités ou pêchés avec des méthodes destructrices ». D’ailleurs, aucun distributeur n’a véritablement progressé depuis la précédente enquête : 11 points seulement séparent Casino, l’enseigne la plus mal notée (87 % de poissons non durables) et Cora, la moins mal classée (76 %).

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Aucune enseigne ne se distingue par ses efforts pour une pêche plus durable © UFC – Que Choisir

Au rayon surgelé, 95 % des poissons examinés se révèlent non durables, les résultats étant encore plus catastrophiques, notamment à cause du chalut, utilisé dans 5 références sur 7 chez Picard, et dans 7 références sur 9 chez Thiriet.

Les poissonneries de quartier ne font d’ailleurs pas mieux que la grande distribution

Quant aux poissonneries de quartier, elles ne sont pas meilleures élèves, avec 79 % de poissons non durables. Comme le constate l’association de défense des consommateurs, l’information pêche pour savoir identifier en rayon les poissons à éviter.

Comme le constate l’enquête, « bien qu’elle soit obligatoire depuis 2014, l’information réglementaire est trop souvent aux abonnés absents : les méthodes de pêches sont absentes sur un quart des poissons, et la zone dans plus d’un cas sur dix. Et quand elle est indiquée, elle est trop souvent indéchiffrable par un consommateur non expert, car exprimée par un code ».

Un label MSC trop complaisant pour le chalut

Enfin, il n’est pas plus possible de faire aveuglement confiance à la présence du logo du Marine Stewardship Council (MSC) sur les emballages.
Il est pourtant censé garantir que les poissons ne sont pas issus de stocks surexploités. Mais il est trop complaisant avec le chalut, qui concerne encore 69 % des poissons frais et 74 % des poissons surgelés labellisés MSC, rapporte l’UFC-Que Choisir.

En réalité, ce sont donc 84 % des poissons frais et 66 % des poissons surgelés portant le logo MSC qui sont en réalité non durables.

Que pouvons-nous faire pour acheter un poisson durable ?

L’Association UFC – Que Choisir appelle les consommateurs à proscrire les poissons issus de la pêche au chalut ou dont les méthodes de pêche ne sont pas affichées. En faire de même pour les poissons de grands fonds comme le sabre noir, le grenadier ou encore la lingue bleue, dont les stocks sont trop impactés.

À la place, privilégier les petits poissons comme les maquereaux, les harengs, les sardines, les merlans, les anchois… Mais aussi les espèces moins connues : plies, tacaud, etc.

Jean-Charles Pentecouteau, Directeur France au Marine Stewardship Council (MSC) a réagi à ces annonces et déclaré : « Cette étude prouve une nouvelle fois que le sujet de la pêche durable et plus largement de l’écologie est méconnu voire mal compris. À bien des égards, il est rendu simpliste. En effet, la pêche durable ne se mesure ni à la taille du bateau ni à l’engin de pêche. La réalité scientifique est bien plus complexe et nuancée !
L’obtention de la certification tierce-partie MSC est loin d’être simple, bien au contraire ! Les pêcheurs doivent faire leurs preuves, et démontrer par des données scientifiques que leurs activités dans les océans ne mettent pas en danger l’environnement. Notre rôle est de veiller à ce que l’impact des activités humaines ne vienne pas compromettre la préservation des océans
Chaque technique utilisée pour pêcher peut avoir un impact négatif pour la planète. L’important est de s’assurer que la technique soit utilisée et gérée de façon respectueuse par le pêcheur, c’est inévitable. Il est de notre devoir de donner à voir la complexité du sujet de l’écologie afin de ne pas induire le citoyen en erreur ».

Illustration bannière : OnVeutPlusDuChalut © janecat
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