Les digestats de la méthanisation : un ‘fertilisant écologique’ empoisonné ?

Si la méthanisation est en plein essor, ce procédé continue de diviser. En effet, cette technologie permet de valoriser les déchets organiques pour produire de l’énergie et enrichir les sols, mais le digestat résiduel peut entraîner une pollution des sols et nappes phréatiques.

Rédigé par MEWJ79, le 2 Feb 2019, à 10 h 10 min

Une hécatombe chez les abeilles et les vers de terre, liée à l’épandage de digestats issus de la méthanisation. Dans le Lot, les critiques se multiplient et la colère monte suite à l’installation, en 2018, d’un méthaniseur industriel. Et si les résidus sortant des méthanisateurs et répandus dans les champs comme engrais n’étaient pas aussi « verts » que souhaités ?

Les digestats de méthanisation, source d’inquiétudes

Un nouveau scandale sanitaire semble se profiler dans le Lot. En effet, dans une ferme de Gramat, une petite commune de 3.500 habitants où un gros méthaniseur industriel a été installé, de nombreuses critiques se font entendre chez les riverains et les scientifiques. Tous craignent une pollution des sols, très calcaires dans la région.

digestats

Un méthaniseur dans une ferme © Francois BOIZOT

Qu’est-ce que la méthanisation ?

Pour rappel, la méthanisation permet de valoriser les déchets organiques en les transformant en biogaz. Produire du gaz renouvelable offre aux éleveurs d’importants compléments de revenus. En outre, cette technique produit le digestat qui sert de fertilisant aux cultures.

Vers une catastrophe écologique ?

En clair, la méthanisation permet donc de produire du biogaz, composé de 50 à 70 % de méthane (CH4) et de 20 à 50 % de gaz carbonique (CO2), ainsi que du digestat. Et c’est ce produit humide, riche en matière organique, utilisé comme fertilisant pour les sols, qui pose précisément problème.

Dans le journal Le Monde, Jean-Louis Lasserre, ingénieur, alerte sur les dangers de pollution et évoque même une « catastrophe écologique pour les sols karstiques très fissurés de notre région », causée par ce digestat qui « s’infiltre facilement et va polluer les eaux souterraines et contaminer nos captages d’eau potable, déjà régulièrement souillés par les effluents de l’agriculture intensive »(1).

En 2018, préhistoriens et paléontologues alertaient déjà sur les conséquences des épandages de digestats sur les sites archéologiques ouverts, notamment celui situé à Gramat (Lot).

Des pathogènes détectés dans le digestat

Le processus de méthanisation chauffe les matières organiques à 40°C, ce qui ne permet pas d’éliminer toutes les substances pathogènes : spores, bactéries, parasites ou résidus médicamenteux qui se retrouve dans le digestat voué à être épandu dans les champs. Elles vont donc s’infiltrer dans les sols poreux jusqu’aux nappes phréatiques où est puisée l’eau potable.

Le site Reporterre rapporte aussi que les risques d’emissions de gaz à effet de serre ne sont pas nuls. En effet, « le méthane a un potentiel de réchauffement 28 fois supérieur à celui du dioxyde de carbone » (or les fuites sur sites sont assez courantes(2)) et le digestat peut lui-même produire du protoxyde d’azote, un gaz à effet de serre 300 fois plus puissant que le CO2(3).

Un Collectif scientifique national sur la méthanisation (CSNM) a été formé pour pointer du doigt les nuisances locales (odeurs notamment), les impacts sur les sols et la biodiversité (destruction de la faune et de la flore), impacts sur l’eau (infiltrations jusque dans les nappes phréatiques), et s’opposer aux nouveaux projets. Ses membres ont été reçus, lundi 28 janvier 2019, au ministère de la Transition écologique.

Ces opposants signalent des extinctions massives d’abeilles et une hécatombe parmi les vers de terre vivant sur une parcelle fertilisée avec ce digestat. Suite à une analyse du digestat, le CSNM confirme « la présence de plusieurs métaux lourds en grande quantité et aussi de siloxanes parmi lesquels le D4, reprotoxique et considéré comme perturbateur endocrinien ».

Illustration bannière : Unité de production de méthane – © Climber 1959
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Journaliste, je fais le grand écart entre football et littérature jeunesse.

6 commentaires Donnez votre avis
  1. Mais alors on fait quoi ??
    On dirait que le sort s’acharne !
    Chaque fois qu’on invente un truc pour aller mieux on se le reprend dans la tronche quelques années plus tard. Au XXème siècle le nucléaire c’était la panacée, aujourd’hui on ne sait plus quoi faire des déchets, idem pour le diésel, les éoliennes géantes, les panneaux solaires et la bagnole électrique. Rien ne fonctionne comme on le souhaite.
    Bon, la méthanisation, ne peut-on transformer le digestat en bon compost quitte à rajouter un module à l’usine à gaz ? Est-ce juste une question de fric ou une impossibilité naturelle ?

  2. Pas pire que le lisier épandu sans passer par la case méthanisation.

  3. Vraiment très déstabilisantes, ces news !

    Piéger le méthane et le bruler pour le transformer en CO2 semble pourtant positif et important. Le principe semble même tomber sous le sens.

    Pendant des années on n’entend que des choses positives sur la méthanisation. On se lamente même sur le retard de la France sur ses voisins (et en particulier l’Allemagne).

    Et maintenant que les choses se mettent enfin à bouger, subitement la méthanisation est diabolisée. Ça rappelle furieusement le débat sur les voitures électriques: Haro sur les nouveautés ! Est-ce qu’une nouvelle fois, on ne jette pas le bébé avec l’eau du bain, en France ?

  4. Bonjour,
    Le « digestat » (attention rien n’est comme dans un système digestif dans ces usines à gaz) est pour faire très court, une sorte de solution ammoniacale (phase liquide) surmontée de bouts de bois (phase solide).
    La première est un mauvais engrais (très lessivable et volatile), moins bon que l’engrais chimique nitrate d’ammonium par exemple, moins bon que les effluents naturels, et moins bon que le compost. Il ne peut servir d’amendement puisqu’il ne comporte quasiment pas de carbone.
    La deuxième est un mauvais amendement (les atomes de carbone qu’il contient sont trop stables, piégés dans les chaines carbonées longues et difficilement décomposables) qui s’assimilera dans le sol à très long terme, et un engrais au maximum équivalent à ce qu’on a mis au départ dans le méthaniseur, donc pas meilleurs qu’un compost qui contient aussi les fractions carbonées moins stables.
    sincèrement
    Plus à twitter.com/CSNM9
    Collectif Scientifique National Méthanisation raisonnée

  5. on ne peut pas avoir le beurre, l’argent du beurre et le sourire de la crémière ! Le digestat se comporte comme un engrais chimique à savoir qu’il accélère la destruction de l’humus des sols sur lesquels il est épandu. De plus, c’est extrêmement complexe de gérer l’alimentation en déchets de cette usine à gaz fort peu rentable en terme d’énergie réellement produite … d’autant plus que les bons « déchets » sont très convoités et donc fort coûteux ! Alors que le compostage correct des effluents d’élevage avec des « déchets » ligneux ne nécessite pas de tels investissements et surtout permet de (re)faire des sols auto-fertiles, résistant à l’érosion en y augmentant le taux d’humus, capables de produire, naturellement, des aliments de qualité sans perfusion d’engrais ni pesticides chimiques issus du pétrole…

    • Voilà qui est bien dit !
      Mais qui veut entendre le bon sens ?
      Si vous le trouvez, regardez le documentaire « Soigneurs de terre » dans lequel le couple Bourguignon explique comment on a détruit les sols depuis cinquante ans et comment on peut les faire revivre.
      Sinon, ils ont mis en ligne des vidéos sur Youtube. A regarder sans modération et surtout à partager.

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