Collectes alimentaires : les députés veulent contraindre la grande distribution à abandonner ses marges

Près de 50 députés exigent que les supermarchés renoncent à leurs marges commerciales sur les produits vendus lors des collectes alimentaires.

Rédigé par , le 12 Jun 2026, à 11 h 47 min
Collectes alimentaires : les députés veulent contraindre la grande distribution à abandonner ses marges
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Cette initiative qui vise à maximiser les ressources des associations face à la précarité alimentaire croissante, avec l’exemple pionnier de Biocoop comme modèle à suivre.

Quand les supermarchés s’enrichissent sur la générosité des consommateurs

Près de cinquante députés de gauche et du centre s’insurgent contre un paradoxe troublant : lors des collectes alimentaires organisées dans les supermarchés, les enseignes conservent leurs marges commerciales habituelles sur les produits achetés par les consommateurs pour les associations. Menés par l’écologiste Boris Tavernier, les parlementaires exigent que la grande distribution renonce intégralement à ces profits réalisés sur la générosité citoyenne.

L’interpellation vise directement les dirigeants des principales enseignes françaises : E. Leclerc, Carrefour, Intermarché, Coopérative U, Auchan, Casino, Lidl et Aldi. Dans un courrier adressé à ces géants de la distribution, les députés dénoncent une situation où « aucune marge commerciale ne devrait pouvoir être conservée sur les produits achetés pour être donnés ».

L’urgence sociale justifie selon eux une intervention rapide. Avec huit millions de Français confrontés à la précarité alimentaire, Boris Tavernier, cofondateur de l’association Vrac France, souligne que les structures caritatives « évoluent dans un contexte de tension croissante » avec des « ressources souvent insuffisantes ».

Biocoop montre la voie depuis 2019

L’argumentaire des parlementaires s’appuie sur un précédent probant : depuis 2019, le réseau Biocoop reverse intégralement ses marges aux associations lors de ses « collectes bio solidaires ». Loin d’être une utopie économique, la pratique s’avère parfaitement opérationnelle. Les résultats parlent d’eux-mêmes : la collecte de 150.000 produits en 2025 a permis de redistribuer plus de 220.000 euros aux structures bénéficiaires. Sur ce montant, 58.000 euros provenaient directement de la marge abandonnée par la coopérative. Henri Godron, président de Biocoop, souligne la simplicité technique : « Les associations scannent le produit et on sait tout de suite la liste des produits qui ont été donnés, on a la marge qui s’affiche ».

Représentant moins de 1 % du marché alimentaire français, Biocoop démontre qu’une généralisation à l’ensemble de la grande distribution pourrait générer « quelques millions d’euros qui feraient grand bien à l’aide alimentaire », estime Boris Tavernier.

Un mécanisme simple pour maximiser l’impact des dons

Le mécanisme proposé ne modifierait pas le prix payé par les consommateurs mais redirigerait la destination finale de la valeur économique. Aujourd’hui, les marges restent dans le circuit commercial classique ; demain, elles alimenteraient directement les ressources des associations caritatives. L’impact potentiel dépasse la simple symbolique. Pour les associations, chaque euro supplémentaire peut financer l’achat de denrées, le transport, les équipements de froid ou le stockage. Dans un secteur sous pression constante, quelques millions d’euros représentent un levier significatif d’amélioration de l’aide apportée aux plus démunis.

« Lorsqu’un citoyen fait un don, l’intégralité de son geste doit bénéficier à la solidarité alimentaire », martèlent les signataires du courrier, appelant les distributeurs « à maximiser l’impact » de ces opérations de solidarité.

Des résistances inattendues dans le monde associatif

Paradoxalement, l’initiative ne fait pas l’unanimité, y compris au sein du secteur caritatif. Certaines associations d’aide alimentaire redoutent qu’un nouveau mécanisme complique la logistique des collectes ou crée une insécurité juridique sur des opérations déjà très encadrées. Les réticences soulignent la complexité des équilibres dans le secteur. Comme pour la collecte textile, les associations naviguent entre la volonté d’optimiser les ressources financières et le souci de préserver la simplicité opérationnelle des partenariats existants.

Par ailleurs, toutes les enseignes ne présentent pas la même structure économique. Les réseaux coopératifs ou bio comme Biocoop n’ont ni la même taille, ni les mêmes volumes, ni la même structure de coûts que les géants de l’alimentaire. Une loi uniforme traiterait donc de manière identique des acteurs très différents.

Une proposition de loi envisagée pour 2026

Boris Tavernier évoque une possible « proposition de loi très courte » d’ici la fin 2026, malgré un agenda parlementaire « bien rempli ». L’initiative devra être transformée en texte législatif précis, puis examinée en commission et dans l’hémicycle. Le point décisif concernera le contenu exact de l’obligation imposée aux enseignes et son articulation avec les règles existantes du don alimentaire. Les parlementaires espèrent encore que les distributeurs « sont capables de faire oeuvre de solidarité » sans contrainte légale, mais se tiennent prêts à légiférer si nécessaire.

Cette initiative s’inscrit dans un contexte plus large de tensions entre la grande distribution et les pouvoirs publics. Une commission d’enquête sénatoriale a récemment critiqué les supermarchés sur la question de leurs marges, pointant des « pratiques prédatrices » dans certains cas. Comme dans d’autres secteurs, l’exigence citoyenne d’une contribution directe à la solidarité nationale gagne du terrain, redessinant les contours du contrat social entre distributeurs, consommateurs et associations.

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Journaliste de formation, Anton écrit des articles sur le changement climatique, la pollution, les énergies, les transports, ainsi que sur les animaux et la...

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