La biopiraterie, ce scandale du vol des savoirs ancestraux

Les savoirs ancestraux représentent toutes ces traditions pluri-millénaires conservées par les populations autochtones. Les problèmes surviennent quand des brevets sont posés par des laboratoires étrangers de recherche et développement. On parle alors de biopiraterie.

Rédigé par Maylis Choné, le 12 May 2018, à 17 h 25 min

La biopiraterie, commence a faire de plus en plus parler d’elle ces derniers temps. Récemment encore, le brevet déposé par un l’Institut de recherche pour le développement sur une molécule antipaludique utilisée en Guyane depuis des siècles, a fait grand bruit.

Le vol des savoirs ancestraux, qu’est-ce que c’est ?

Derrière les mots biopiraterie ou vols des savoirs ancestraux, se cache une réalité douloureuse pour les peuples autochtones.

Il s’agit de brevets remis notamment par l’Office européen entre autres, à des laboratoires, des instituts, des groupes agroalimentaires ou pharmaceutiques occidentaux, sur des savoirs, des aliments, des traditions ou des médecines locales millénaires.

vol savoirs ancestraux

La biopiraterie, douloureuse pour les peuples autochtones © Teng Wei Shutterstock

Concrètement, comment ça marche ? Les occidentaux viennent sur place s’informer des pratiques ancestrales et vont ensuite utiliser ces savoirs pour découvrir une molécule, fabriquer un médicament, le commercialiser, le tout en profitant du monopole qu’offre le précieux brevet, que les populations autochtones n’ont, elles, jamais réclamé.

Le cas de la Guyane

Le cas de la Guyane n’est pas isolé mais reste très parlant. Le 21 février 2018, l’Office européen des brevets a confirmé la délivrance d’un brevet à l’Institut de recherche pour le développement pour sa « découverte » de la molécule Simalikalactone E (SkE) en 2009.

vol savoirs ancestraux

Quassia Amara © pisitpong2017

Cette molécule a été extraite de la plante Quassia amara, plus communément connue sous le nom de quinine. Une découverte ou un vol de savoirs ? Car en réalité cette plante est utilisée à cet usage depuis des siècles par le peuple guyanais.

L’Association France Libertés a contesté ce brevet et accuse l’Institut de recherche pour le développement de biopiraterie. De leur côté, les principaux intéressés expliquent par l’intermédiaire de leur porte-parole, le jeune Tapo Aloïke que « l’Institut de recherche pour le développement (IRD) est venu en Guyane s’approprier le droit d’utilisation exclusive de la propriété antipaludique de cette plante. Ce que nous demandons ici est tout simplement le respect ».

Comment défendre les traditions locales ?

Quelles sont voies de recours pour les peuples autochtones ? « Les droits des peuples autochtones, et notamment les droits liés à leurs savoirs traditionnels sur la biodiversité, existent » ajoute Tapo Aloïke dans les colonnes de l’Humanité. « Ils étaient d’ailleurs réaffirmés en 2010 dans le protocole de Nagoya, qui est un instrument de droit international contraignant. L’IRD disposait donc d’un large délai pour repenser ses démarches. Pourtant, aucune mesure n’a été prise en ce sens. C’est pourquoi nous nous sentons aujourd’hui, et à juste titre, délaissés, négligés ».

Et la Guyane n’est pas une exception, ailleurs aussi de nombreux savoirs sont menacés. C’est le cas par exemple du riz basmati, cultivé en Inde et au Pakistan, que la société RiceTec basée aux États-Unis a tenté, en vain, de breveter.

Les peuples autochtones doivent protéger leurs traditions, s’associer pour recourir à des juges nationaux pour contester certaines pratiques. Peut-être serait-il judicieux de trouver un terrain d’entente pour les chercheurs de s’associer avec les communautés afin de partager non seulement les connaissances mais aussi les bénéfices d’un éventuel brevet ?

Illustration bannière : La biopiraterie, une réalité douloureuse pour les peuples autochtones – © ChameleonsEye
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