Dans la famille biodiversité ordinaire, roucoulons pour la tourterelle turque

Originaire des Balkans et de Turquie comme son nom l’indique, la Tourterelle turque n’est arrivée que récemment en France, dans les années 1950. Élégant et sobre, c’est un bel oiseau qui fait preuve de facultés d’adaptation hors du commun ! Si son chant enchante les uns et agace les autres, n’attendons pas qu’elle soit en danger pour la protéger !

Rédigé par Julien Hoffmann, le 3 Mar 2024, à 16 h 45 min
Dans la famille biodiversité ordinaire, roucoulons pour la tourterelle turque
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L’effondrement de la biodiversité est un phénomène désormais largement connu même s’il est encore difficile d’en comprendre les conséquences autant écologiques, économiques que sociales. Une chose est cependant certaine, il est plus que temps de mettre la main à la pâte pour limiter le phénomène et inverser la vapeur, avec une espèce de nos campagnes à protéger avant qu’il ne soit trop tard : la tourterelle turque.

Connaitre la tourterelle turque pour mieux la protéger

La tourterelle turque (Streptopelia decaocto) est une espèce dite « commensale » de l’humain (qui vit aux côtés des êtres humains, dans une relation profitable pour l’une des deux parties et sans danger pour l’autre). Cette tourterelle apprécie les villes, villages ou hameaux, où elle va profiter de l’activité humaine et surtout des équipements (maisons, toitures, murets ou encore poteaux…) pour faire son nid.

Insectes, fleurs et bourgeons peuvent composer son menu du jour, mais en règle générale la tourterelle turque est de celle qui se focalise sur les graines. Si, de par son régime alimentaire, la tourterelle peut causer divers dégâts au jardin en venant y chercher les graines semées, il n’est pas très compliqué de les effaroucher à l’aide de filets, de branchages et de tous les dispositifs habituels pour faire fuir les oiseaux.

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Impossible de planter sur ce rebord de fenêtre, mais quel spectacle © imagewriter

Lire aussi : Comment faire fuir les oiseaux du potager et du verger ?

Oiseau à la fois robuste et rustique présent tout au long de l’année et part intégrante de la biodiversité ordinaire qui nous entoure, la tourterelle turque est souvent confondue avec les pigeons pour ceux qui n’y regardent pas de très près, alors exercez-vous à les différencier et vous apprendrez vite que leur chant est bien plus beau !

Impossible de confondre la tourterelle turque et la tourterelle des bois

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Tourterelle des bois aux aguets © Rudmer Zwerver

La tourterelle turque est un oiseau au dos beige pâle tirant vers le gris vineux bien reconnaissable à son demi-collier noir derrière le cou. La tourterelle des bois (Streptopelia turtur) se différencie facilement grâce à son plumage gris cendré, avec des motifs de couleurs orangé à marron sur les ailes et la queue. C’est une espèce migratrice qui vit en Afrique la majeure partie du temps, mais fréquente les bois européens pour se reproduire de fin avril à octobre.
Farouche, elle se cache dans les feuillages ce qui la rend difficile à observer.

Particularités de la tourterelle turque : Un oiseau qui fabrique du lait

La reproduction chez les tourterelles turques n’est pas chose banale sans quoi d’ailleurs nous n’aurions pas l’expression « les tourtereaux »… même si ce terme s’applique non pas à l’adulte en parade nuptiale, mais bien au bébé tourterelle.

C’est dans un nid assez sommaire, parfois construit dans des lieux incongrus, comme les lampadaires, que mâles et femelles vont se relayer pendant environ 15 jours pour couver les oeufs. Jusqu’ici, rien de fou direz-vous ! Mais les tourterelles peuvent réaliser de 2 à 4 couvées de deux petits en moyenne par an, voire même 6 couvées ! Des couvées hivernales ont même pu être observées à des températures de -10°C.

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Un tourtereau ou bébé tourterelle © LFRabanedo

Quoi qu’il en soit une fois les petits mis au monde, les parents s’occupent d’eux pendant environ 19 jours en les nourrissant d’un « lait de pigeon » qui n’est autre qu’une régurgitation de nourriture, mais qui a subi une transformation parentale très particulière afin de rendre les aliments très riches et particulièrement adaptés aux jeunes.

Statut actuel de l’espèce

L’espèce n’est classée sur aucune liste de protection : enfin une !
En effet la tourterelle turque étend son aire de répartition depuis des décennies, allant jusqu’à investir des lieux comme cercle Arctique en Scandinavie.
En France, la tourterelle turque est arrivée dans les années 50 par les Vosges, mais, comme dans le reste du monde, elle ne constitue pas une menace pour l’équilibre des écosystèmes qu’elle colonise. Elle est même considérée comme gibier de chasse.

Les menaces qui planent sur la tourterelle turque

Fait aussi étonnant que malheureusement de plus en plus rare en matière de faune sauvage, la tourterelle turque se porte plutôt bien et continue de voir ses effectifs progresser autant que son aire de répartition s’agrandir. Il ne faut cependant pas faire l’erreur de mettre son étude et son observation de côté !

Les pesticides

Les tourterelles turques sont des granivores. Or les graines, en grande culture, sont enrobées de produits chimiques  : il y a donc fort à parier que cela a un impact au moins localement sur les couvées et même sur les adultes.

Dans la mesure où il est déjà compliqué de réaliser de tels suivis et de telles études sur des espèces fragiles, on peut aisément imaginer que pour les tourterelles turques la chose va être compliquée… Alors, autant prendre les devants et se poser la question dès maintenant.

La chasse

L’espèce n’a pas grand attrait pour les chasseurs : elle ne fait pas un trophée très convoité et sa viande n’a pas une énorme qualité gustative particulière. Pourtant, elle reste chassable.

Facile à observer car peu farouche puisqu’elle réside à nos côtés, elle est de fait facile à tirer, tout en ne faisant l’objet d’aucun plan de suivi particulier quant aux volumes. Un contexte qui pourrait avoir des conséquences lourdes sur sa présence et son maintien au niveau local.

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Belle capacité d’adaptation a milieu urbain © M Rose

Comment aider la tourterelle turque ? Comme pour toute la biodiversité ordinaire, son observation, la transmission de connaissances aux jeunes publics et le soutien aux associations de protection de la faune sauvage sont essentiels.
La tourterelle turque est en cela idéale qu’elle est facile à observer et à identifier, et que son chant se reconnait sans avoir besoin de grandes connaissances sur le sujet.

Suivre la tourterelle turque en faisant remonter les informations de présence à des organismes tels que votre antenne locale de la LPO peut aider à mieux comprendre le fonctionnement de l’espèce, mais aussi à détecter d’éventuels changements de comportements ou de présence (et ainsi définir si des problèmes surviennent qui pourraient avoir aussi des incidences sur les autres espèces).

C’est le moment où jamais de lever la tête, de tendre l’oreille et d’aller sur votre terrasse ou votre balcon pour voir si ce bel exemple de biodiversité ordinaire est là, à votre portée !

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2 commentaires Donnez votre avis
  1. « L’espèce n’a pas grand attrait pour les chasseurs »

    N’importe quoi, c’est au contraire une espèce abondante, dont le vol rapide et crochetant vaut largement un coup de fusil, beaucoup plus difficile à mettre au carnier que son cousin le pigeon ramier

    • Commentaire et personne méchants. Aime manifestement tuer ce qui reste de la faune sauvage de France.

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