Trump veut sacrifier la mesure du réchauffement des océans
C’est un démantèlement scientifique controversé : l’administration Trump entend faire des économies en démantelant l’Ocean Observatories Initiative.

C’est un vaste réseau d’observation des grands fonds marins, installé en 2016 pour un coût initial de 368 millions de dollars et prévu pour durer 25 ans. Trump entend retirer en une quinzaine de mois plus de 900 instruments technologiques ancrés dans des zones hautement stratégiques des océans Atlantique et Pacifique.
Ce qu’il faut retenir
- L’administration Trump prévoit de retirer plus de 900 instruments de surveillance océanique.
- Le réseau scientifique avait été déployé en 2016 pour suivre l’évolution des océans sur 25 ans.
- Les données collectées sont cruciales pour étudier le réchauffement climatique et les courants marins.
- Les scientifiques redoutent une perte majeure d’informations sur l’état des océans mondiaux.
Un arbitrage budgétaire climatosceptique
Pour l’administration Trump, l’arrêt de ce réseau répond avant tout à une logique de réduction des dépenses publiques. Mais ses positions climatosceptiques sont connues de tous. La mise à l’arrêt du dispositif permettra d’économiser 48 millions de dollars par an en frais d’exploitation. Pourtant, la National Science Foundation a refusé de communiquer le coût logistique du retrait de ces instruments. Il s’agit en effet d’une opération lourde, nécessitant l’envoi de navires à travers le globe pour récupérer des matériels parfois ancrés jusqu’à 2 800 mètres de profondeur.
La disparition de ces 900 instruments de mesure briserait un outil irremplaçable pour l’évaluation de la crise climatique globale. Et ce alors même que les océans absorbent environ 90 % de l’excès de chaleur généré par les activités humaines. Ces technologies permettaient notamment d’observer la mer d’Irminger, une zone critique pour analyser l’AMOC, ce grand courant marin dont le potentiel affaiblissement inquiète les climatologues en raison des risques de bouleversements météorologiques majeurs.
Une « guerre contre la science »
Du côté du Congrès, les parlementaires démocrates se sont mobilisés pour dénoncer ce qu’ils qualifient de harcèlement systématique contre la recherche environnementale. Des figures politiques comme les sénateurs Edward J. Markey et Chris Van Hollen accusent l’exécutif de vouloir dissimuler les données scientifiques pour mieux saboter l’élan politique en faveur de la transition écologique. Et ce alors que la sécurité et l’activité des agriculteurs, marins-pêcheurs et entreprises côtières de la côte Est dépendent grandement des prévisions de courants et d’inondations.
Le monde académique et les experts de l’océanographie ont également exprimé leur profond sentiment de frustration face à l’interruption d’un programme qui entrait à peine dans sa phase de pleine exploitation. Pour Craig McLean, ancien scientifique en chef de la NOAA, le sabordage volontaire d’un tel réseau d’excellence va contribuer à reléguer les États-Unis au second plan de la recherche mondiale. De quoi affaiblir durablement à l’échelle internationale le leadership environnemental américain.
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