Montée des eaux : les scientifiques ont-ils sous-estimé le niveau des mers ?

L’élévation des océans pourrait être sous-estimée. Une étude scientifique publiée début mars 2026 révèle que la hauteur réelle du niveau marin est souvent plus élevée que ce que supposent de nombreuses évaluations scientifiques.

Rédigé par , le 5 Mar 2026, à 10 h 44 min
Montée des eaux : les scientifiques ont-ils sous-estimé le niveau des mers ?
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Une étude publiée dans Nature révèle que la montée des océans pourrait être largement sous-estimée. En cause : une erreur méthodologique utilisée dans la majorité des études scientifiques. Résultat : des dizaines de millions de personnes supplémentaires pourraient vivre sous le niveau de la mer.

Le niveau des mers est évalué au moyen d’un modèle théorique qui n’est pas parfait

Une étude scientifique publiée dans la revue Nature (1)le 4 mars 2026 a relancé le débat sur la précision des estimations du niveau des océans. Les chercheurs y expliquent que l’élévation des océans pourrait être sous-estimée dans de nombreuses analyses scientifiques et évaluations de risques côtiers. Cette erreur provient principalement d’une confusion entre le niveau réel de la mer et un modèle théorique appelé géoïde. Ce biais méthodologique, largement utilisé dans les modèles scientifiques, pourrait avoir des conséquences importantes. En effet, si le niveau de référence des océans est mal évalué, alors les projections concernant l’élévation future de la mer et les territoires menacés pourraient être fortement revues à la hausse.

La plupart des études scientifiques qui évaluent les risques liés à la montée du niveau marin utilisent un modèle gravitationnel appelé géoïde. Ce modèle représente une surface théorique correspondant à l’équilibre du champ de gravité terrestre et sert souvent de référence pour mesurer l’altitude des terres et la hauteur de la mer. Or, selon cette étude publiée dans Nature, cette approximation introduit un biais majeur. En pratique, le niveau réel des océans ne correspond pas parfaitement à la surface géoïdale. Il est influencé par de nombreux facteurs dynamiques, notamment les marées, les vents, les courants océaniques, la température de l’eau ou encore sa salinité, expliquent les auteurs de l’étude.

Reposant sur un modèle faussé, l’immense majorité des études sur le niveau des mers le seraient également

Cette simplification s’est pourtant imposée dans la littérature scientifique. Les chercheurs indiquent ainsi que près de 90 % des évaluations de risques côtiers reposent sur ces modèles géoïdes plutôt que sur des mesures directes du niveau marin. Le problème est d’autant plus important que cette approche s’est généralisée dans les analyses scientifiques. Les auteurs de l’étude estiment que plus de 99 % des recherches examinées ont mal combiné les données d’élévation des terres et les estimations du niveau de la mer.

L’impact de cette erreur méthodologique n’est pas uniforme à l’échelle de la planète. Les écarts entre les modèles et les mesures réelles du niveau marin varient fortement selon les régions. Dans certaines zones, la différence reste relativement limitée. L’étude mentionne par exemple des écarts moyens de 0,24 mètre ou de 0,27 mètre selon les modèles géoïdes utilisés. Cependant, ces écarts peuvent devenir beaucoup plus importants dans certaines régions du globe. Les chercheurs indiquent que dans plusieurs zones de l’Indo-Pacifique, le niveau réel de la mer peut être supérieur de plus d’un mètre aux estimations basées sur ces modèles. Ces différences s’expliquent notamment par la dynamique océanique régionale. Les courants, les vents dominants ou encore la répartition de la chaleur dans l’océan peuvent modifier la surface réelle de la mer par rapport à la surface théorique du géoïde.

Un risque accru pour des dizaines de millions d’habitants

Les conséquences de cette réévaluation du niveau marin pourraient être significatives pour les populations vivant en zones côtières. En effet, si le niveau actuel de la mer est plus élevé que prévu, certaines régions pourraient atteindre des seuils critiques plus rapidement que prévu. D’après cette étude, l’utilisation de mesures plus précises pourrait augmenter de 31 % la surface terrestre considérée comme située sous le niveau de la mer dans les scénarios de hausse du niveau marin.

Dans certains scénarios, cette superficie pourrait même augmenter de 37 %. En conséquence, un nombre beaucoup plus important de personnes pourrait se retrouver exposé aux risques d’inondation et de submersion côtière. Les chercheurs estiment que la correction de ces biais pourrait conduire à identifier entre 77 millions et 132 millions de personnes supplémentaires vivant sous le niveau de la mer dans un scénario de hausse d’un mètre.

inondation en France

Des conséquences majeures pour l’adaptation côtière et la gestion du niveau marin

Ces résultats pourraient modifier de manière significative la façon dont les scientifiques et les autorités publiques évaluent les risques liés au changement climatique. En effet, les projections du niveau de la mer servent de base à de nombreuses décisions stratégiques. Elles sont utilisées pour planifier les infrastructures côtières, concevoir les digues, organiser les politiques d’urbanisme ou encore anticiper les migrations climatiques. Si les niveaux marins de référence sont sous-estimés, certaines stratégies d’adaptation pourraient s’avérer insuffisantes. Des protections côtières conçues sur la base d’estimations trop basses pourraient par exemple être dépassées plus rapidement que prévu.

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Le phénomène pourrait être particulièrement critique dans les deltas et les zones côtières très basses. Les chercheurs indiquent que les écarts entre modèles et réalité sont souvent plus marqués dans les régions du Sud global, notamment en Asie du Sud-Est et dans certaines zones du Pacifique. Ces régions cumulent plusieurs facteurs de vulnérabilité : densité de population élevée, infrastructures fragiles et altitude très faible au-dessus du niveau de la mer.

Les chercheurs concluent que les évaluations de risques côtiers devront intégrer plus systématiquement les observations réelles du niveau marin. Une évolution qui pourrait conduire à revoir certaines projections climatiques et les stratégies d’adaptation dans les zones littorales du monde entier.

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Références :


Journaliste de formation, Anton écrit des articles sur le changement climatique, la pollution, les énergies, les transports, ainsi que sur les animaux et la...

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