Les supermarchés français qui sont très très en retard sur le climat

Selon le rapport européen Superlist Environment Europe 2026, publié fin janvier, la grande distribution française accuse un retard structurel sur le climat, tant sur la réduction des émissions que sur la transformation de l’offre alimentaire.

Rédigé par , le 28 Jan 2026, à 13 h 24 min
Les supermarchés français qui sont très très en retard sur le climat
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Le 27 janvier 2026, l’ONG Questionmark a rendu public son classement Superlist Environment Europe 2026, qui évalue 27 enseignes de supermarché dans huit pays européens. L’objectif est clair : mesurer l’alignement des distributeurs avec l’Accord de Paris et leur capacité à accompagner la transition alimentaire. Pour les enseignes françaises, le verdict est sans appel. Malgré leur poids économique et leur influence directe sur les pratiques agricoles et les régimes alimentaires, elles figurent parmi les moins engagées du continent sur le climat.

En bref 

  • Classement Questionmark 2026 : les enseignes françaises figurent parmi les moins engagées d’Europe (Carrefour 12e, Intermarché 20e, Leclerc dernier).
  • Gros angle mort : 90 % de l’empreinte carbone vient du scope 3 (produits vendus), très peu couvert par leurs objectifs.
  • Transition alimentaire insuffisante : objectifs rares ou flous sur les protéines végétales, alors que ces enseignes pèsent 64 % du marché français.

Enseignes françaises et engagement pour le climat : le retard est net

Le rapport Superlist ne repose ni sur des déclarations d’intention ni sur des engagements marketing. Il analyse des documents publics, des trajectoires chiffrées et des politiques commerciales concrètes. Dans ce cadre méthodologique strict, les enseignes françaises apparaissent systématiquement en retrait.

Parmi elles, Carrefour se classe en tête du trio français, mais seulement à la 12ᵉ place sur 27 enseignes européennes. Intermarché arrive en 20ᵉ position, tandis que E.Leclerc ferme le classement à la dernière place. Ces résultats traduisent un déficit d’ambition climatique, mais aussi un manque de structuration des stratégies environnementales.

Le rapport souligne que les enseignes françaises peinent à publier des plans climat complets, assortis d’objectifs intermédiaires vérifiables. « Aucun des supermarchés français ne s’est engagé à atteindre la neutralité carbone sur l’ensemble de ses émissions », indique Questionmark, selon les éléments relayés par Le HuffPost. Cette absence d’engagement clair à long terme contraste avec les attentes climatiques actuelles et avec les pratiques observées chez certains concurrents européens.

Une stratégie climatique centrée sur les marges du problème

L’un des constats majeurs du rapport concerne la structure des émissions. Environ 90 % de l’empreinte carbone d’un supermarché provient du scope 3, c’est-à-dire des produits vendus, des chaînes d’approvisionnement et des pratiques agricoles. Pourtant, les engagements climatiques des enseignes françaises restent largement concentrés sur leurs activités directes, qui ne représentent qu’une fraction de leur impact environnemental.

Carrefour France illustre cette contradiction. L’enseigne s’est engagée à atteindre le « net zéro » en 2040, mais uniquement pour les scopes 1 et 2, qui représentent environ 10 % de ses émissions totales. Le coeur du problème, à savoir les produits alimentaires commercialisés, reste largement hors du champ de cet engagement. Intermarché ne publie pas de trajectoire climatique suffisamment détaillée couvrant l’ensemble de ses émissions, tandis que pour E.Leclerc, le rapport note une absence de données historiques permettant d’évaluer une quelconque baisse des émissions dans le temps. À l’échelle européenne, seules cinq enseignes sur 27 ont effectivement réduit leurs émissions depuis le début de leur reporting. Aucune enseigne française ne figure dans ce groupe.

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Transition alimentaire : le maillon faible des enseignes françaises

La transition protéique constitue l’autre pilier de l’évaluation de l’ONG Questionmark. Elle est considérée par les auteurs du rapport comme un levier central pour réduire les émissions indirectes du secteur. Là encore, les enseignes françaises apparaissent peu engagées.

Carrefour France est la seule à afficher une stratégie chiffrée. L’enseigne prévoit de substituer 30 % des protéines animales par des protéines végétales dans certaines catégories, ce qui représenterait environ 3 % de réduction des émissions de scope 3. Elle vise également 650 millions d’euros de chiffre d’affaires issus des substituts végétaux d’ici 2026. Ces objectifs traduisent une prise de conscience, mais restent limités au regard de l’empreinte carbone globale du groupe.

Intermarché reconnaît l’importance de la diversification alimentaire, sans publier d’objectifs précis ni d’indicateurs de suivi. E.Leclerc, selon le rapport, n’a pas intégré la transition protéique à sa stratégie climatique. Cette inertie est d’autant plus problématique que Carrefour, Intermarché et E.Leclerc représentent à eux seuls environ 64 % des parts de marché de la distribution alimentaire en France. Autrement dit, leurs choix structurent directement l’offre, les prix et les habitudes de consommation. « Les supermarchés ont le pouvoir de façonner un système alimentaire plus sain et plus respectueux du climat », a déclaré Charlotte Linnebank, directrice de Questionmark, dans le communiqué publié le 27 janvier 2026. En France, ce pouvoir reste largement sous-utilisé.

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Après son Master de Philosophie, Paolo Garoscio s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.

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