Un hectare de forêt vaut 1080 dollars, une ruche en vaut 1050 : la valeur de la biodiversité

Comment rendre compte de la richesse fournie par la nature? En la traduisant en argent. Mais calculer la valeur monétaire de la biodiversité, une ressource que l’on peut considérer comme inestimable, n’est-il pas contestable ?

Un hectare de forêt vaut 1080 dollars, une ruche en vaut 1050 : la valeur de la biodiversité

Évaluer économiquement les « services rendus par le vivant » avec pour objectif de mieux protéger cette ressource, c’est bien ce qu’ont déjà tenté de faire plusieurs études, dont un rapport intitulé « L’économie des écosystèmes et la biodiversité » publié en 2010 par le Programme des Nations Unies pour l’Environnement, qui évalue la valeur du vivant.

Mettre un prix sur le vivant peut apparaître étrange. Toutefois, dans un système capitaliste, ce qui n’est pas mesuré n’est pas valorisé. Ainsi, « l’invisibilité de la valeur de la biodiversité a souvent encouragé un usage inefficace ou même la destruction du capital naturel qui est le fondement de notre économie », souligne le rapport.

Biodiversité : le vivant peut se chiffrer, mais avec précaution

La biodiversité est très difficile à mesurer. Contrairement aux émissions de gaz à effet de serre, facilement mesurables à l’aide d’indicateurs, il est impossible de calculer la biodiversité avec un chiffre unique. D’autre part, alors que le réchauffement climatique est un phénomène global, l’érosion de la biodiversité est locale, donc difficile à mesurer d’une façon universelle. Enfin selon le Centre d’analyse stratégique (CES) qui a également publié un rapport sur le sujet en 2009, la biodiversité ne peut être conçue « comme la simple addition de gènes ou d’espèces : ce sont les interactions entre ces éléments qui sont essentiels ».

Éloge de la biodiversité ordinaire

Éléphant, baleine ou panda, les grandes espèces menacées sont les symboles de la biodiversité. Toutefois, elles constituent plutôt des exceptions dans le vivant. La « biodiversité ordinaire » qu’évoque le rapport du CES est toutefois beaucoup plus importante.

Pour Bernard Chevassus-au-Louis, qui a présidé le groupe de travail du CES, il ne faut jamais perdre de vue les « besogneux anonymes » qui forment l’essentiel de la biodiversité : micro-organismes, insectes, qui assurent la fertilité des sols, la production primaire dans les océans ou encore la captation du gaz carbonique dans les forêts.

Combien vaut un hectare de forêt ? Et une ruche ?

Le CES est parvenu à quelques valeurs de référence, en particulier celle – qui a été particulièrement travaillée – de la valeur moyenne minimale à accorder aux écosystèmes forestiers métropolitains. Comme le rappelle Pavan Sukhdev, économiste coordinateur du rapport des Nations Unies, « la somme des arbres représente moins que la forêt »  : un écosystème global et complet est toujours plus riche que la somme de ses parties.

biodiversité forêt

  • Un hectare de forêt en France vaut 970 euros par an, à savoir environ 35.000 euros par hectare en valeur totale actualisée, avec une fourchette de plus ou moins 500 à 2.000 euros par hectare et par an selon, en particulier, la fréquentation récréative ou touristique et le mode de gestion de l’écosystème.
  • Un hectare de prairie est estimé à 600 euros par an pour les prairies utilisées de manière extensive.

Les services économiques et écologiques rendus par la ruche

Selon le rapport des Nations-Unies, la valeur économique d’une ruche est plus importante que les simples produits apicoles, grâce au travail de pollinisation des abeilles. Alors qu’elle produit environ 215 dollars de miel et autres produits, les services rendus à la nature par une ruche sont évalués à 1.050 dollars par an. La valeur totale de la pollinisation des insectes dans le monde est ainsi estimée à 153 milliards d’euros.

Lire page suivante : à quoi sert d’évaluer la valeur de la biodiversité ?