Biodiversité, l'invasion des espèces
La Liste Rouge de l'Union mondiale pour la nature (UICN), a annoncé que les espèces exotiques, végétales ou animales envahissantes, c'est à dire celles qui sont implantées, involontairement ou pas, dans une région qui leur est étrangère représentent la troisième cause de perte de la biodiversité dans le monde. Qu'il s'agisse de micro-organismes, des plantes ou encore des algues, des champignons, des insectes ou des vertébrés, toutes ces espèces, en se développant très rapidement, sont responsables de la moitié de l'ensemble des extinctions des 400 dernières années.
Ces espèces peuvent également avoir de lourdes incidences économiques, sociales et sanitaires telles que la déterioration de la nature, des paysages et du potentiel touristique. Par ailleurs, elles représentent une menace pour l'agriculture, l'élevage ou la pêche, ainsi que sur la santé humaine dans le cas des virus, des bactéries et de certains insectes.
- Elles causent des dizaines de milliards de dollars de dégâts matériels chaque année.
La mondialisation des échanges économiques est l'un des principaux facteurs favorisant l'introduction de ces espèces. Toutefois, le réchauffement climatique y contribuerait de plus en plus, selon les experts des Nations unies et des organismes non gouvernementaux (ONG).

- 49 des 100 espèces les plus envahissantes sur la planète sont présentes en outre-mer...
C'est dans cette perspective que le Comité français de l'UICN a mené une enquête sur les espèces exotiques envahissantes à l'échelle de tout l'outre-mer. Publiée le 2 juillet dernier, elle évoque l'inventaire de ces espèces et de leurs répercussions, révèle les actions de lutte, les programmes de recherche ainsi que les stratégies mises en place, et a élaboré des recommandations qui visent notamment à renforcer les cadres réglementaires pour une meilleure prévention des invasions, à promouvoir la mise en oeuvre de cellules de veille et de réaction rapide, à améliorer les connaissances et la sensibilisation, et à développer la coordination des actions au niveau des bassins biogéographiques et à l'échelle de l'outre-mer.
Ainsi selon l'UICN:
- 49 espèces figurant parmi les 100 plus invasives au monde sont présentes en outre-mer.
- 42 espèces de vertébrés exotiques et près de 300 espèces végétales représenteraient une menace déjà réelle ou potentielle pour les écosystèmes d'outre-mer.
L'UICN dénombre ainsi plusieurs espèces implantées étant responsables de la modification du fonctionnement des écosystèmes et la régression ou l'extinction d'espèces indigènes.
Les collectivités d'outre-mer hébergent une biodiversité unique avec 26 fois plus de plantes et 60 fois plus d'oiseaux endémiques qu'en métropole. Mais elles sont très fragiles aux bouleversements dont les implantations d'espèces.

Les implantations concrètement...
Un nombre conséquent d'espèces animales ou végétales ont été introduites en outre-mer :
- 2.000 plantes à la Réunion,
- 1.400 en Nouvelle-Calédonie,
- 1.700 en Polynésie française,
- 1.200 aux Antilles (Guadeloupe et Martinique).
Certaines se révèlent très invasives et agressives et demeurent une cause majeure de l'appauvrissement de la biodiversité dans les collectivités d'outre-mer.
En Polynésie française, plus de 100 espèces de plantes sont qualifiées de "envahissantes" dont près de 60 sont considérées comme des invasives majeures des milieux naturels.
- 10 plantes, 10 vertébrés et 5 invertébrés figurent sur la liste de l'UICN des 100 espèces parmi les plus envahissantes.
Aussi, l'arbuste ornemental miconia (Miconia calvescens), introduit en 1937 à Tahiti, occupe aujourd'hui les 2/3 de l'île et menace de disparition 40 à 70 espèces de plantes endémiques par son envahissement. L'introduction de l'euglandine, un escargot carnivore, a également contribué à l'extinction de 57 espèces d'escargots endémiques.
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En Guadeloupe et en Martinique, la mangouste est l'une des causes de raréfaction pour plusieurs espèces d'oiseaux et de reptiles. Elle menace directement le moqueur gorge blanche, un oiseau classé en danger d'après la Liste rouge de l'UICN. Par ailleurs, au moins douze des 1.200 plantes introduites aux Antilles ont un caractère envahissant, comme le pin des Caraïbes, le tulipier du Gabon ou le pomme-rose.

A La Réunion, une centaine d'espèces végétales sont aujourd'hui invasives dans les milieux naturels et une centaine d'autres sont menaçantes.
En Nouvelle-Calédonie, une récente expertise collégiale coordonnée par l'IRD a pu identifier 67 plantes exotiques envahissantes majeures. Quant aux vertébrés, 39 espèces exotiques sont présents dans la nature, dont 20 espèces ont des conséquences néfastes localement ou sont connues ailleurs pour être invasives.
Le rapport montre que parmi les espèces inscrites sur la Liste rouge de l'UICN présentes en outre-mer, un amphibien sur trois et plus d'un oiseau sur deux sont directement menacés par des espèces exotiques envahissantes.
Dans toutes les collectivités d'outre-mer, de multiples acteurs se mobilisent, mais ils font face à des contraintes communes qui limitent leur action. Pour l'Union mondiale pour la Nature, les moyens financiers disponibles ne sont ni suffisants ni pérennes et le cadre réglementaire en place ne permettrait pas une gestion appropriée du risque. La lutte contre les espèces exotiques envahissantes est d'autant plus difficile et coûteuse que le processus d'invasion est avancé, regrette l'organisation.

La France, qui s'est engagée à stopper le déclin de la biodiversité sur son territoire, ne pourra atteindre cet objectif sans une mobilisation forte sur cet enjeu majeur pour l'outre-mer, a prévenu l'UICN.
A l'heure actuelle, il est essentiel que les collectivités locales, l’Etat et l’Union européenne consolident leur coopération régionale et internationale et établissent des stratégies intégrées mobilisant l’ensemble des acteurs pour la gestion des espèces exotiques invasives.
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Article rédigé par Elwina, juillet 2008

