
Ces fragments de plastique inférieurs à 5 millimètres, omniprésents dans l’environnement, franchissent désormais les barrières biologiques les plus intimes de notre organisme. Pire encore, les chercheurs de la Capital Medical University en Chine ont constaté que les artères malades en accumulent deux fois plus que les tissus sains.
Ce qu’il faut retenir :
- Des microplastiques ont été détectés dans les 17 échantillons d’artères humaines analysés.
- Les artères présentant des plaques d’athérosclérose en contenaient environ deux fois plus.
- Le PET, employé dans les bouteilles, les emballages et certains textiles, représentait 73,7 % des plastiques identifiés.
- Ces résultats montrent une association, mais ne prouvent pas que les microplastiques provoquent directement les infarctus ou les AVC.
Une contamination universelle découverte dans les artères humaines
C’est un constat qui fait froid dans le dos qu’a fait une équipe de chercheurs chinoise : sur les 17 échantillons d’artères prélevés sur des patients, aucun n’échappait à la contamination. Plus inquiétant, les concentrations mesurées dans les tissus artériels dépassent celles relevées précédemment dans le sang circulant. Les artères coronaires et carotides présentant des plaques d’athérosclérose affichaient environ le double de microplastiques comparées aux échantillons d’aorte dépourvus de lésions graisseuses. Publiés dans le Journal of Hazardous Materials, ces résultats suggèrent une affinité particulière entre inflammation vasculaire et accumulation plastique.
Le polyéthylène téréphtalate (PET) représentait 73,7 % des plastiques identifiés dans les tissus artériels. Matériau des bouteilles d’eau, des barquettes alimentaires et des fibres textiles synthétiques, le PET constitue l’un des polymères les plus produits au monde. Son omniprésence dans nos artères reflète directement celle dans notre environnement quotidien. Les chercheurs ont également détecté d’autres polymères courants, confirmant que la contamination ne provient pas d’une source unique mais d’une exposition diffuse et continue.
Trois portes d’entrée principales : alimentation, respiration, absorption cutanée
Toujours d’après cette étude, les microplastiques pénètrent notre organisme par trois voies majeures. L’alimentation constitue le vecteur principal : chaque année, un individu ingère entre 39.000 et 52.000 particules selon les estimations, via l’eau en bouteille, les fruits de mer, le sel de table ou les aliments emballés. L’inhalation aérienne représente la deuxième porte d’entrée : les fibres textiles synthétiques, les pneus usés et les revêtements routiers libèrent des particules que nous respirons. L’absorption cutanée, moins documentée, intervient via les cosmétiques contenant des microperles ou le contact avec des textiles synthétiques. Une fois dans le sang, ces particules migrent vers différents organes, s’ajoutant à la pollution plastique environnementale déjà massive.
Les plaques d’athérosclérose créent des zones d’inflammation chronique et de turbulence sanguine. Les microplastiques circulants adhèrent préférentiellement à ces surfaces rugueuses et inflammées. Les cellules immunitaires mobilisées pour réparer les lésions vasculaires pourraient également capturer et concentrer les particules plastiques. Selon les observations publiées, la concentration double dans les artères pathologiques suggère un cercle vicieux : l’inflammation attire les microplastiques, qui à leur tour aggravent potentiellement l’inflammation.
Les mécanismes biologiques en jeu : stress oxydatif et inflammation
Les chercheurs de Capital Medical University rappellent que « les microplastiques peuvent causer un stress oxydatif et des dommages cellulaires, interférer avec le métabolisme énergétique et lipidique, et déclencher des réponses immunitaires inflammatoires, selon plusieurs lignes de preuves issues d’études animales ». Chez les rongeurs exposés, les particules plastiques perturbent les membranes cellulaires, génèrent des radicaux libres et activent les voies inflammatoires. Les cellules endothéliales tapissant les artères subissent un stress mécanique lorsque les microplastiques rigides circulent. Chez l’humain, une étude du New England Journal of Medicine portant sur 257 patients suivis durant 34 mois a montré une association statistique entre niveaux élevés de microplastiques dans les plaques artérielles et risque accru d’accidents vasculaires cérébraux ou d’infarctus. Toutefois, les auteurs insistent : comme pour d’autres pollutions environnementales, la causalité directe reste à démontrer formellement.
Réduire l’exposition : des gestes concrets pour limiter les microplastiques
Privilégier l’eau du robinet filtrée plutôt qu’en bouteille plastique réduit significativement l’ingestion quotidienne. Éviter de réchauffer les aliments dans des contenants plastiques limite la migration des particules vers la nourriture. Choisir des vêtements en fibres naturelles (coton, lin, laine) diminue la libération de microfibres synthétiques lors des lavages. Bannir les cosmétiques contenant des microperles de polyéthylène protège à la fois la santé cutanée et les écosystèmes aquatiques. Favoriser les produits en vrac et les emballages réutilisables coupe une source majeure de contamination alimentaire.
L’élimination complète de l’exposition reste illusoire dans nos sociétés contemporaines. Les microplastiques contaminent l’air, l’eau, les sols et la chaîne alimentaire à une échelle planétaire. La réponse exige une régulation industrielle ambitieuse : interdire les plastiques à usage unique non essentiels, imposer des normes de recyclabilité strictes, développer des polymères biodégradables réellement efficaces. Plusieurs pays européens ont déjà banni les microperles dans les cosmétiques. L’industrie textile commence à filtrer les eaux de lavage industrielles. Mais la production mondiale de plastique continue de croître, passant de 2 millions de tonnes en 1950 à 460 millions en 2019.

Les microplastiques issus de notre quotidien peuvent pénétrer dans l’organisme et atteindre les artères.
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Les questions ouvertes : ce que la science doit encore clarifier
Le sujet n’est pas clos pour autant. « À l’avenir, nous devons identifier les sources de microplastiques dans les artères, explorer le schéma de distribution des microplastiques dans les artères, et surtout, clarifier les effets de ces microplastiques sur la santé humaine, en particulier sur les maladies artérielles », mettent en avant les chercheurs.
Les mécanismes exacts d’accumulation préférentielle dans les vaisseaux malades demeurent hypothétiques. Les seuils de toxicité cardiovasculaire restent inconnus. L’interaction entre différents types de polymères et leurs effets combinés n’ont pas été étudiés. Les populations les plus vulnérables (enfants, femmes enceintes, personnes cardiaques) nécessitent une surveillance spécifique. Enfin, l’efficacité réelle des mesures de réduction d’exposition individuelles doit être quantifiée. Ces découvertes ouvrent un champ de recherche sanitaire majeur, à l’intersection de la toxicologie, de la cardiologie et de l’écologie humaine.
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