Hydrogène, vecteur énergétique à potentiel

Hydrogène, vecteur énergétique à potentiel

L’hydrogène ne rejette quasiment aucune émission polluante lorsqu’il est converti en énergie. Est-ce la voie idéale pour absorber le déclin du pétrole sans polluer ni utiliser de ressources fossiles ?

consGlobe a interrogé un expert, Stephen Boucher, auteur de La révolution de l’hydrogène. Voici sa vision de l’avenir de l’hydrogène.

L’hydrogène, vecteur énergétique à potentiel certain

stephen-climatOui en théorie, l’hydrogène, un gaz, peut être brûlé ou converti en électricité dans une pile à combustible (voir ci-dessous). Les deux processus ne rejettent que de l’eau.

Pourtant, l’hydrogène n’est pas encore démocratisé du fait des problèmes techniques et surcoûts liés à son stockage, mais aussi sa conversion en électricité, et de transport. De plus, la production d’hydrogène n’est, elle, pas forcément propre. Rien n’est parfait.

En effet, l’hydrogène n’est pas une source d’énergie, au même titre que le charbon ou l’énergie solaire par exemple, mais un vecteur énergétique, car l’hydrogène ne se trouve pas sous forme pure dans la nature, mais doit être extrait de l’eau (H2O) par électrolyse ; du gaz naturel (CH4) ou d’autres hydrocarbures, par reformage ; de la matière organique, etc.

L’hydrogène, un potentiel gigantesque

Si ses sources sont ainsi extrêmement abondantes, un avantage certain, toutes les formes de production de l’hydrogène ne sont pas aussi propres, ni aussi coûteuses les unes que les autres.

La production actuelle, presque totalement à partir de gaz naturel (la voie la moins onéreuse), émet notamment des quantités importantes de CO2 et autres polluants et gaz à effet de serre.

Toutefois, à l’avenir, la production par électrolyse de l’eau, notamment à partir des énergies renouvelables, permettra une production d’hydrogène propre, et de stocker et transporter à volonté l’électricité intermittente ainsi générée.

  • En somme, votre grille pain, votre chaudière, et votre voiture pourraient être alimentés en électricité par le biais de l’hydrogène. Dans un contexte de forte croissance de la production des énergies renouvelables, c’est un complément important pour celles-ci.

La révolution de l’hydrogène n’est pas certaine

9782866456160.jpgAu total, s’interroge Stephen Boucher, auteur de La révolution de l’hydrogène*, celle-ci aura-t-elle lieu ? “

Alors que le prix du baril de pétrole s’envole, que la boulimie énergétique de la Chine et de l’Inde ne fait que croître, et que production et consommation de carburants fossiles menacent de plus en plus l’environnement, le monde entier mise sur l’hydrogène.

Les États-Unis visent à «une économie hydrogène complète vers 2040». L’Islande veut devenir indépendante énergétiquement grâce à l’hydrogène et aux énergies renouvelables d’ici 2020.

La France, qui s’y investit depuis 2005, en ferait un allié du nucléaire. La Chine produirait des véhicules à hydrogène dès 2009. Les constructeurs automobiles multiplient les prototypes, les multinationales de l’énergie investissent des centaines de millions d’euros par an.”

Démocratiser l’hydrogène, là est l’enjeu

L’Association Française de l’Hydrogène (AFH2) ajoute, dans son “Mémento de l’hydrogène” (www.afh2.org) :

A ce jour, l’objectif est d’abaisser les coûts de l’hydrogène et d’en faciliter l’emploi tout en le faisant admettre par le grand public.”

Aussi, que ce soit en Amérique du nord, en Europe ou en Asie, il existe de nombreux programmes « hydrogène » nationaux et régionaux mais tout autant d’initiatives privées, tant de la part de petites et moyennes entreprises, que de grands groupes industriels avec dans tous les cas les financements appropriés.

Ont ainsi pu être entreprises de multiples recherches  fondamentales, appliquées et de développement suivies le plus souvent d’intéressantes, voire de spectaculaires opérations de démonstration.”

 L’hydrogène vecteur énergétique

La pile à combustible

Son principe, énoncé il y a près de 170 ans, est de convertir l’énergie chimique en énergie électrique à partir de carburants aussi répandus que l’hydrogène.

Son avantage, la pile ne rejette que de l’eau et ne pollue donc pas. Dans les faits, malgré son utilisation par les astronautes et les expériences de DaimlerChrysler par exemple, le prix du dispositif reste trop élevé en raison des difficultés d’industrialisation.

L’électrolyse en oeuvre dans la pile exige, en effet, des métaux rares, précieux, et entraîne des problèmes de stockage, de place et de distribution. En bref, la démocratisation n’est pas pour demain.

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> La  suite L’hydrogène, une solution parmi d’autres

1ère version de l’article publiée en 2009

* Stephen Boucher, directeur de programme à la European Climate Foundation en  tant que Directeur de programme, politiques européennes du climat après avoir été  co-directeur de Notre Europe, consultant en matière de politiques énergétiques, conseiller pour les affaires européennes et internationales auprès de la vice-première ministre et ministre fédérale belge de la mobilité, et consultant en lobbying à Bruxelles et Londres. Il a enseigné le lobbying en Europe à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris. Franco-américain, il est titulaire d’un Master de Harvard en administration publique, d’un DEA et du diplôme de Sciences-Po Paris