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Climat

La fonte du permafrost, un coût du réchauffement climatique à revoir à la hausse

  • Camille Peschet
  • 3 octobre 2015

Ce 8 septembre 2015 était découvert en Sibérie un virus géant bloqué dans le permafrost : sol dont la température se maintient en dessous de 0°C pendant plus de deux ans consécutifs. Le permafrost s’étend sur 60 % du territoire russe ainsi que sur une partie de l’Alaska. Il couvre 25 % des terres de l’hémisphère nord. C’est le deuxième virus trouvé dans cette région du globe après la découverte du Pithovirus que les chercheurs avaient fait revivre en laboratoire. Ces virus jusqu’ici enfermés dans la glace, pourraient être libérés avec la fonte du permafrost. Or le danger qu’ils représentent pour l’homme est encore méconnu. Cette menace s’ajoute à la liste grandissante de celles que fait peser la fonte du permafrost sur la région de l’Arctique et sur le globe par un risque d’accélération du réchauffement climatique.

Un appel de plus en plus pressant des scientifiques pour agir rapidement

« Dans 30 ans les gouvernements et décideurs à tous niveaux, pourront être tenus pour responsable des décisions qui ne seraient pas prises maintenant car la connaissance est là »… Le dernier rapport du GIEC était sans appel sur la nécessité d’agir vite pour lutter contre le réchauffement climatique. Selon le groupe d’expert des Nations Unies sur les changements climatiques, la teneur dans l’atmosphère en CO2 n’a jamais était aussi forte depuis 800 000 ans et la température a monté de 0,85°C depuis le début du vingtième siècle. Les conséquences se font déjà sentir dans différentes parties du globe, dont l’Arctique qui se réchauffe deux fois plus vite que le reste du globe. La fonte des glaciers dans la région occidentale de l’Arctique a triplé en dix ans.

Ainsi à Umiujac, petit village inuit de 430 habitants, l’économie basée sur la pêche est aujourd’hui menacée : « Avant, la saison de la pêche sur glace commençait dès la mi-octobre. Maintenant, il faut attendre au moins la mi-décembre et c’est devenu plus dangereux, car la glace est moins épaisse », témoigne Nellie Tookalook, professeur d’inuktitut, le langage inuit. Tandis que la capture des phoques se fait plus rare, que les caribous ont totalement disparus, et qu’il est possible de voir des ours polaires coincés sur ce territoire par la fonte des glaces.

Fonte du permafrost : impacts pour les régions arctiques et le climat

Mais la conséquence majeure de ce réchauffement est la fonte du permafrost – dit aussi pergélisol – avec la libération de plusieurs tonnes de méthane et de CO2 issues de la décomposition de la biomasse jusqu’ici emprisonnées dans la glace avec un risque extrêmement fort de voir une accélération du réchauffement climatique par un effet de rétroaction dite « positive », car accélérant la cause à son origine. Selon les estimations du Woods Hole Research il y a « 1.500 milliards de tonnes de gaz à effet de serre gelé et emprisonné dans le pergélisol » et entre « 130 à 160 gigatonnes de gaz à effet de serre qui pourraient être libérées dans l’atmosphère d’ici à 2100 » avec une diminution de 30 à 70 % du permafrost.

Des conséquences géologiques, écologiques et économiques majeures pour les régions arctiques

A ces conséquences déjà peu positives pour la planète s’ajoutent des conséquences sur la stabilité géologique de ces différentes régions couvertes par le permafrost, avec des sols qui deviennent instables et des côtes qui s’érodent à grande vitesse. Or des villes ont été bâties sur ces sols gelés et sont aujourd’hui menacées de s’effondrer ou de s’enfoncer dans le sol avec des dégradations fortes.

C’est par exemple le cas du village de Yakoutsk, situé en Sibérie. Les premiers signes pour les habitants ont été les arbres appelés les « arbres ivres » qui ont commencé à pencher. Aujourd’hui se sont les habitations, les infrastructures, les puits, les mines, mais également les routes, et les voies de chemin de fer qui menacent de s’effondrer et les oléoducs d’éclater. Ce sont aussi 136 villes portuaires qui sont menacées de voir leurs structures s’effondrer avec l’érosion des côtes. Enfin, ce réchauffement rapide ne permet pas aux écosystèmes présents et bien spécifiques aux zones froides, par exemple les troupeaux de rennes de s’adapter, renforçant la menace de déstabilisation économique pour les habitants de la région qui vivent de ses ressources.

Une menace pour ces populations de devoir quitter ces territoires

L’instabilité grandissante de ces territoires couverts par le permafrost menace toute une population de devoir partir. C’est tout particulièrement le cas des habitants de l’île de Shishmaref qui est menacée de disparaître du fait de la fonte du permafrost sur lequel le village est construit et de l’érosion du littoral.

L’action coûtera moins cher que l’inaction

Au-delà des mesures de limitation de sa contribution au réchauffement climatique, il est maintenant urgent pour ces régions de mettre en place des mesures d’adaptation au changement climatique. Actuellement toutefois, exceptées les bases de la méthode de calcul élaborée par les experts à la demande de Gazprom pour estimer le coût des technologies de stabilisation des sols, aucune estimation des besoins et coûts de l’adaptation nécessaire n’a été effectuée.

Pourtant, selon Vladmir Tchouprov, représentant de Greenpeace en Russie, 1 % du PIB du pays suffirait pour la lutte contre l’élévation de la température alors que l’élimination des conséquences du dégel nécessiterait jusqu’à 20 % du PIB, et ce dans un délai beaucoup plus court que les premières estimations. En effet les désastres annoncés pour la région de l’Arctique pourraient être observés d’ici vingt ans, et non pas d’ici la fin du siècle, comme cela était précédemment estimé. Un des freins importants à la mise en place d’actions reste néanmoins la prédominance en Russie d’un fort scepticisme envers les scientifiques qui seraient, selon l’opinion publique, opposés aux industriels.

La fonte du permafrost, des coûts supplémentaires encore peu pris en compte

Plusieurs rapports ont déjà mis en lumière que le coût de l’inaction face au réchauffement climatique sera plus fort que celui de l’action et que plus les mesures tarderont a être mises en oeuvre, plus ce coût augmentera. Ainsi un des rapports le plus connu, le rapport Stern, du nom du premier ministre britannique qui avait eu la charge de ces travaux, démontrait dès 2006 que seulement 1 % du PIB mondial serait nécessaire chaque année pour mettre en place les mesures nécessaires pour limiter le réchauffement climatique à 2°C. Tandis que le coût du réchauffement climatique était évalué à 1.050 milliards d’euro à la fin du siècle. Mais sans que soit pris en compte dans ce chiffre le risque d’emballement climatique lié à la fonte du permafrost.

Or, « nous savons que les fuites de gaz à effet de serre du pergélisol seront importantes et irréversibles » explique la chercheuse Susan Natali du Woods Hole Research Center. C’est une augmentation de 13 % du coût du réchauffement climatique déjà estimé qu’il faut envisager. Soit, selon une équipe de scientifiques de l’université de Cambridge (Royaume-Uni) et d’Erasmus University Rotterdam (Pays-Bas), un coût  de 60.000 milliards de dollars, l’équivalent d’un an de PIB mondial. Ainsi, le coût de l’inaction déjà mis en évidence sera considérablement accentué en cas d’emballement des changements climatiques du fait de la fonte du permafrost. L’accélération de cette fonte nous invite à la plus grande prudence.

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