Fin du chèque en France : les chiffres de 2025 et ce qui change pour payer
Le chèque disparaît lentement des habitudes de paiement françaises, mais il résiste bien davantage qu’ailleurs. En 2025, 674 millions de chèques ont encore été échangés en France pour 331 milliards d’euros. Leur nombre chute pourtant brutalement, tandis que la fraude reste proportionnellement élevée.

À l’étranger, certains pays ont déjà tourné la page. L’Australie, elle, a fixé la date d’extinction de son système au 30 septembre 2029.
Le chèque recule vite en France mais conserve une certaine adhésion
Les paiements par chèque se contractent rapidement en France, alors que les paiements par carte, par mobile et les virements instantanés gagnent du terrain. La France conserve en effet une particularité remarquable. Elle concentrait encore 87 % des transactions par chèque de la zone euro en 2024, indique la Banque de France. Dans le même temps, les pouvoirs publics n’ont fixé aucune date générale d’interdiction. Une situation qui tranche avec celle de plusieurs pays étrangers.
D’après le dernier Observatoire de la sécurité des moyens de paiement, publié par la Banque de France le 9 septembre 2026, les Français ont effectué 674 millions de paiements par chèque, soit 14 % de moins qu’en 2024. Leur montant cumulé a reculé encore plus vite, de 15,7 %, à 331 milliards d’euros. Le chèque ne représente désormais que 1,9 % du nombre des transactions scripturales et 0,9 % de leur montant. La valeur moyenne d’une opération reste néanmoins élevée : 491 euros.
Le décrochage apparaît encore plus nettement avec un peu de recul. En 2018, 1,747 milliard de chèques étaient encore échangés en France. Il n’en reste que 674 millions sept ans plus tard. Le volume a donc diminué de plus de 61 %. Entre 2024 et 2025 seulement, près de 110 millions d’opérations ont disparu.
Dans le même temps, les autres moyens de paiement progressent. La carte représentait 62,7 % du nombre des transactions recensées par l’Observatoire en 2025, contre 62,1 % un an auparavant. Le sans-contact comptait pour 72 % des paiements de proximité par carte, et le paiement mobile dépassait désormais 19 % de ces opérations. Le virement instantané connaît une accélération encore plus marquée : son volume a bondi de 78,4 % en un an, et il représente désormais environ 17 % des virements émis. Autrement dit, le chèque ne se contracte pas dans un marché stagnant. Il perd du terrain au sein d’un univers du paiement qui, lui, continue de croître.
Cette marginalisation française doit néanmoins être relativisée par une singularité européenne. En 2024, malgré un recul annuel de 12,1 % à 784 millions d’opérations, la France concentrait toujours 87 % des paiements par chèque de la zone euro. Le moyen de paiement est donc devenu marginal dans l’Hexagone tout en restant beaucoup plus ancré qu’il ne l’est chez la plupart de ses voisins. La Banque centrale européenne montre parallèlement la domination écrasante des instruments électroniques : au second semestre 2025, la carte représentait 57 % des paiements autres qu’en espèces dans la zone euro, les virements 21 %, les prélèvements 14 % et la monnaie électronique 6 %.
Fraude et encaissement : ce que révèle la Banque de France
Le recul des volumes ne règle pas le problème de la fraude. En 2025, les opérations frauduleuses par chèque ont représenté 229 millions d’euros, même si ce montant a baissé de 16 % en un an. Le taux de fraude s’est maintenu à 0,069 %, soit 69 euros détournés pour 100.000 euros de paiements. C’est le taux le plus élevé parmi les principaux moyens de paiement suivis par l’Observatoire. À titre de comparaison, la carte se situait à 47 euros pour 100.000 euros.
Le décalage est frappant. Alors que le chèque ne pèse plus que 1,9 % du nombre de transactions scripturales françaises, il représente 19 % de la fraude aux moyens de paiement en valeur. La carte en concentre 35 % et les virements 39 %, mais leur usage est sans commune mesure. Cette surreprésentation explique pourquoi l’OSMP continue de consacrer un programme spécifique au chèque, alors même que son utilisation s’amenuise.
La mécanique de cette fraude est également très particulière. Avec la nouvelle méthode statistique appliquée en 2025, 90,1 % des chèques frauduleux en nombre correspondent à des formulaires perdus ou volés. Ces détournements représentent 62,4 % de la fraude en valeur. La falsification d’un véritable chèque pèse 19,9 % des montants, la contrefaçon 9,3 % et les détournements ou réutilisations 8,3 %. Le problème se situe donc fréquemment avant même l’encaissement, lors de la conservation ou de l’acheminement du chéquier.
Acceptation du chèque en France : pas d’interdiction générale du paiement
Pour le consommateur, le recul du chèque se traduit déjà par une disponibilité moins automatique. Une banque n’est pas obligée de fournir un chéquier et peut refuser d’en délivrer un, à condition d’expliquer sa décision. Une fois émis, un chèque reste valable pendant un an et huit jours à compter de la date inscrite. Passé ce délai, le bénéficiaire ne peut plus procéder à son encaissement.
Son acceptation n’est pas davantage garantie chez les commerçants. Un professionnel peut refuser un paiement par chèque, fixer un montant minimal ou maximal et demander une pièce d’identité. Il doit néanmoins informer clairement sa clientèle, par affichage dans le magasin ou dans les conditions générales de vente lorsqu’il s’agit d’un achat à distance. Certaines obligations spécifiques subsistent pour les professionnels adhérant à un centre de gestion agréé, mais ceux-ci peuvent eux aussi choisir la carte comme moyen de paiement accepté à la place du chèque.
Les administrations illustrent également cette extinction progressive plutôt qu’une suppression immédiate. Depuis mars 2026, les entreprises et professionnels ne peuvent plus régler leurs impôts par chèque. Pour les particuliers, en revanche, ce mode de règlement demeure possible jusqu’à 300 euros.
Pour autant, la mort juridique du chèque n’est pas programmée en France. Le ministère de l’Économie indiquait encore le 26 avril 2026 qu’aucune date n’était fixée par la loi pour interdire ce moyen de paiement. La stratégie de la DGFiP consiste plutôt à réduire progressivement son usage en développant des solutions de remplacement. Le virement simplifié via PayFiP devait ainsi être déployé à la fin de juin 2026, puis le virement instantané en septembre, avant un objectif d’intégration de Wero en 2027 ou 2028.
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