Pétrole en France : vers la réouverture de deux anciens puits
Deux anciens sites de forage pétrolier situés entre la Marne et l’Aube pourraient reprendre du service dès 2027. Un projet discret mais symbolique qui illustre les paradoxes de la transition énergétique.

Le projet, porté par une petite société pétrolière, s’appuie sur d’anciens gisements du bassin parisien. L’Autorité environnementale estime que les impacts resteront limités, mais souligne des émissions de gaz à effet de serre non négligeables.
Un forage pétrolier relancé près de Romilly-sur-Seine et Saint-Just-Sauvage
En février 2026, un projet discret mais symbolique a refait surface dans l’est de la France : la remise en exploitation de deux anciens sites de forage pétrolier situés près de Romilly-sur-Seine dans l’Aube et à Saint-Just-Sauvage dans la Marne. Ces installations pourraient être remises en activité à partir de 2027, si l’ensemble des autorisations administratives est obtenu. Dans un pays qui s’est engagé à mettre fin à la production d’hydrocarbures à l’horizon 2040, cette perspective peut surprendre. Pourtant, la législation permet encore à certaines entreprises pétrolières de poursuivre ou relancer l’exploitation de gisements déjà identifiés avant l’adoption de la loi Hulot de 2017. C’est dans ce cadre que la Société pétrolière de production et d’exploitation (SPPE) tente aujourd’hui de relancer ces anciens puits.
Le projet concerne deux anciens gisements situés à la frontière de l’Aube et de la Marne. Ils avaient été découverts et exploités dans les années 1980, avant d’être progressivement abandonnés à la fin de la décennie ou au début des années 1990. La société pétrolière à l’origine du projet souhaite aujourd’hui réhabiliter ces installations existantes. Il ne s’agirait donc pas d’ouvrir de nouveaux puits mais de remettre en état des infrastructures héritées des premières campagnes d’exploration du bassin parisien. Le périmètre de concession envisagé couvrirait environ 105 kilomètres carrés entre les deux départements.
Cette reprise d’activité s’inscrit dans un contexte international tendu pour l’approvisionnement énergétique. La volatilité des marchés pétroliers et les tensions géopolitiques incitent certains opérateurs à exploiter des ressources locales, même modestes. Les volumes attendus restent bien entendu limités. La production totale des deux gisements est estimée à environ 74.000 tonnes de pétrole brut, soit près de 546.000 barils. À l’échelle nationale, cette quantité demeure marginale : la France a consommé environ 60,9 millions de tonnes de produits pétroliers raffinés en 2024.
244.000 tonnes de CO₂
C’est la quantité totale d’émissions de gaz à effet de serre que pourrait générer l’exploitation des deux gisements pétroliers de l’Aube et de la Marne sur toute la durée du projet. Selon l’Autorité environnementale, ce chiffre inclut non seulement l’extraction du pétrole mais aussi sa combustion finale. Même si la production attendue reste modeste à l’échelle nationale, ces émissions rappellent que chaque nouveau projet fossile alourdit le bilan carbone global. À titre de comparaison, cela correspond aux émissions annuelles d’environ 25.000 Français.
La loi permet en effet de reprendre d’anciens forages pétroliers
La perspective de voir renaître une exploitation pétrolière sur le territoire français peut sembler contradictoire avec la politique climatique nationale. Pourtant, la loi de 2017 qui vise la sortie progressive des hydrocarbures ne bloque pas toutes les activités.
Le texte prévoit en effet l’arrêt de la délivrance de nouveaux permis de recherche. En revanche, les concessions déjà accordées ou les permis existants peuvent être prolongés jusqu’à leur expiration. Dans ce cas précis, l’entreprise souhaite obtenir une concession d’exploitation qui pourrait s’étendre jusqu’en 2039. D’ici là, plusieurs étapes administratives devront encore être franchies. Une procédure de consultation du public est notamment prévue, tout comme l’obtention d’autorisations préfectorales. Le ministère de l’Économie a également publié en mars 2026 un dossier relatif à la demande de prolongation d’une concession pétrolière dans la région, confirmant que le projet suit actuellement son parcours réglementaire. Au niveau local, les élus semblent considérer l’opération comme limitée. « C’est un appoint, ça ne sera pas Dallas ici ! », a déclaré Bruno Martin, maire de Saint-Just-Sauvage, interviewé par Le Parisien.
Reprise des forages pétroliers en France : les risques sur les ressources en eau devraient rester limités
Comme pour tout projet industriel de ce type, une évaluation environnementale a été réalisée. L’Autorité environnementale a rendu un avis consultatif en février 2026 sur le projet de concession pétrolière. Dans son analyse, l’institution estime que les risques sur les ressources en eau devraient rester limités. Elle indique que « l’exploitation de la concession n’aura pas d’effet néfaste sur la qualité et la quantité des eaux souterraines et superficielles ». Toutefois, l’autorité souligne que l’impact climatique du projet ne doit pas être négligé. Les émissions totales liées à l’exploitation et à la combustion du pétrole extrait pourraient atteindre environ 244.000 tonnes équivalent CO₂ sur toute la durée du projet. Elle estime par ailleurs que certaines évaluations pourraient être sous-estimées. Pour le gisement de Saint-Just-Sauvage, les émissions réelles pourraient être supérieures d’au moins 30 %.
Enfin, l’exploitation impliquerait aussi une activité logistique. Le pétrole extrait serait transporté par camion vers les installations pétrolières du Havre, à raison de trois à cinq camions par semaine.
Un projet modeste dans un paysage pétrolier français en déclin
La France ne fait pas partie des grands producteurs d’hydrocarbures. L’activité pétrolière sur le territoire reste limitée et largement concentrée dans quelques bassins historiques. Environ 60 gisements de pétrole et de gaz sont encore exploités en France en 2026. La majorité se situe dans le bassin parisien ou dans le sud-ouest du pays.
La production nationale reste toutefois marginale par rapport à la consommation. Les hydrocarbures extraits sur le territoire couvrent seulement une fraction des besoins énergétiques du pays, qui dépend massivement des importations. Dans ce contexte, la remise en exploitation de deux anciens puits dans l’Aube et la Marne représente davantage une curiosité industrielle qu’un véritable tournant énergétique. Elle illustre cependant les contradictions de la transition : un pays engagé vers la neutralité carbone mais qui continue, ponctuellement, à exploiter les ressources fossiles encore disponibles.
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