PFAS : 57 % des oeufs testés sont contaminés en France
Des PFAS ont été détectés dans 57% des oeufs analysés dans le cadre d’une enquête menée partout en France. Un quart des échantillons dépasse même les teneurs maximales européennes, avec des concentrations particulièrement élevées dans certains poulaillers. Avoir des poules au jardin ne garantit plus des oeufs à l’abri des polluants.

Les « polluants éternels » gagnent aussi les oeufs. Une enquête du réseau ICI et de la cellule investigation de Radio France(1), publiée le 6 octobre 2026, révèle la présence de PFAS dans 52 des 91 échantillons analysés, soit 57 %. Plus préoccupant, 23 oeufs, soit un échantillon sur quatre, dépassent au moins l’une des teneurs maximales réglementaires utilisées pour ces substances.
Les analyses ont été réalisées par Labocéa, laboratoire public agréé pour la recherche de PFAS dans les aliments. Les prélèvements provenaient de poules élevées en plein air : 54 % des oeufs venaient de particuliers et 46 % du commerce ou de producteurs.
Quatre PFAS recherchés dans les oeufs
Les analyses se sont concentrées sur quatre molécules : PFOS, PFOA, PFNA et PFHxS. Elles figurent parmi les PFAS les plus surveillés en raison de leur persistance dans l’environnement et de leur capacité à s’accumuler dans les organismes.
Pour comprendre les enjeux du suivi de ces substances, retrouvez notre décryptage sur la surveillance des PFAS dans l’environnement et l’alimentation.
Depuis 2023, l’Union européenne fixe pour les oeufs commercialisés des teneurs maximales de :
- 1 µg/kg pour le PFOS ;
- 0,30 µg/kg pour le PFOA ;
- 0,70 µg/kg pour le PFNA ;
- 0,30 µg/kg pour le PFHxS ;
- et 1,7 µg/kg pour la somme des quatre molécules.
Certains échantillons analysés dépassent très largement ces niveaux.
Jusqu’à 40,1 µg/kg dans un oeuf des Ardennes
La concentration la plus élevée rapportée concerne un oeuf prélevé à Haraucourt, dans les Ardennes. La somme des quatre PFAS y atteint 40,1 µg/kg, contre une teneur maximale européenne de 1,7 µg/kg : près de 24 fois plus. Le PFOS atteint à lui seul 35,8 µg/kg, alors que la limite fixée pour cette molécule dans les oeufs est de 1 µg/kg.
Autre niveau particulièrement élevé à Pierre-Bénite, dans le Rhône, où un oeuf issu d’un particulier contient 16,3 µg/kg pour la somme des quatre PFAS. Cela correspond à environ 9,5 fois la teneur maximale européenne.
D’autres dépassements ont notamment été relevés au Tholy dans les Vosges, à Communay dans le Rhône, à Saint-Péray en Ardèche, à Issy-les-Moulineaux dans les Hauts-de-Seine, à Chartres-de-Bretagne en Ille-et-Vilaine ou encore à Malandry dans les Ardennes. Plusieurs de ces échantillons présentent des concentrations totales comprises entre environ 3,3 et 5,7 µg/kg.
À Issy-les-Moulineaux, par exemple, un oeuf provenant d’un poulailler familial contenait 3,40 µg/kg pour la somme des quatre PFAS, soit deux fois la valeur européenne. Le seul PFOS atteignait 2,73 µg/kg, près de trois fois sa teneur maximale réglementaire.

Avoir des poules au jardin ne garantit pas des oeufs à l’abri des polluants.
Les oeufs, reflet d’une pollution du sol
La contamination apparaît particulièrement marquée dans les poulaillers domestiques. Parmi les oeufs provenant des circuits professionnels, quatre seulement contenaient des PFAS et deux dépassaient les teneurs maximales, selon les données issues de l’enquête. Cette différence peut notamment s’expliquer par le comportement des poules élevées dans les jardins. En grattant la terre, elles avalent des particules de sol, mais aussi des vers et des insectes susceptibles d’avoir accumulé des PFAS. L’eau utilisée dans le poulailler peut également constituer une source d’exposition.
Cette question rejoint celle de la contamination des terres agricoles par les PFAS, abordée dans notre article sur les boues d’épuration et les aliments.
Les résultats obtenus montrent surtout à quel point un poulailler peut refléter la qualité de son environnement. Un oeuf fortement contaminé peut signaler la présence de PFAS dans le sol, dans l’eau ou dans la chaîne alimentaire locale. Pour les propriétaires de poules vivant dans des secteurs déjà touchés par une pollution industrielle ou environnementale aux PFAS, la provenance des aliments et de l’eau ainsi que l’état du sol deviennent donc des paramètres importants.
Pour le volet eau, découvrez aussi comment consulter les données sur la qualité de l’eau du robinet dans votre commune. Ces informations ne remplacent pas une analyse du sol ou des oeufs du poulailler.
Sur les 91 oeufs analysés, plus de la moitié contenaient au moins l’un des quatre PFAS recherchés et un sur quatre présentait un dépassement des références réglementaires. Avec des niveaux atteignant localement jusqu’à 24 fois la teneur maximale européenne, la contamination des oeufs confirme que les polluants persistants présents dans l’environnement peuvent finir directement dans l’assiette.
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