Climat sur CNews : peu d’antenne, controverses, mésinformation, l’Arcom saisie

La manière dont CNews parle d’environnement est désormais au coeur d’une nouvelle bataille devant le régulateur de l’audiovisuel. Une étude de QuotaClimat et de la Fondation Jean-Jaurès décrit une couverture plus rare que chez les chaînes concurrentes, fortement orientée vers les controverses et marquée, selon ses auteurs, par une concentration exceptionnelle de propos faux ou trompeurs non contredits.

Rédigé par , le 7 Oct 2026, à 11 h 20 min
Climat sur CNews : peu d’antenne, controverses, mésinformation,  l’Arcom saisie
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Une étude de QuotaClimat et de la Fondation Jean-Jaurès met en cause le traitement de l’environnement sur CNews. Faible couverture, controverses et mésinformation climatique alimentent une nouvelle saisine de l’Arcom. La chaîne récuse cette lecture et défend sa liberté éditoriale.

CNews dans le viseur de QuotaClimat et de l’Arcom

Le 5 octobre 2026, QuotaClimat et la Fondation Jean-Jaurès ont rendu publique une étude consacrée au traitement de la crise environnementale sur CNews, avant de saisir l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique. Leur demande ne porte pas seulement sur la fiabilité des informations diffusées. Elle vise également le respect du pluralisme, c’est-à-dire la capacité d’une chaîne d’information à faire entendre des points de vue différents lorsqu’elle traite de sujets controversés.

Le dossier intervient dans un contexte réglementaire déjà chargé pour CNews. La chaîne avait été sanctionnée en 2024 d’une amende de 20.000 euros pour la diffusion de propos climatosceptiques non contredits. Puis, en juin 2026, l’Arcom l’a mise en demeure à la suite d’une saisine de Reporters sans frontières concernant la diversité des opinions présentées à l’antenne. Cette fois, QuotaClimat cherche à faire appliquer les exigences de pluralisme à une thématique précise : l’environnement.

Le premier constat est quantitatif. Sur l’ensemble de l’année 2025, CNews n’a consacré en moyenne que 2 % de son temps d’antenne aux enjeux environnementaux. Sur la même période, LCI atteint 2,8 %, BFMTV 4 % et France Info 4,9 %. La moyenne des quatre chaînes s’établit ainsi à 3,4 %. QuotaClimat précise en outre que CNews arrive en dernière position sur cet indicateur pendant 11 mois sur 12 en 2025.

Ce faible volume devient plus sensible encore lorsque l’on observe la nature des séquences diffusées. En juillet 2025, 69 % des séquences longues de CNews consacrées à l’environnement abordent au moins une question prêtant à controverse. La proportion descend à 34 % sur LCI et France Info, et à 18 % sur BFMTV. Autrement dit, les questions écologiques apparaissent beaucoup plus souvent sur CNews à travers des sujets clivants qu’à travers une présentation générale des connaissances, des conséquences du changement climatique ou des politiques de transition.

Les chercheurs se sont notamment penchés sur six thèmes : la place du nucléaire, le développement des énergies renouvelables, le recours à la climatisation pour l’adaptation aux fortes chaleurs, les zones à faibles émissions, l’avenir de l’interdiction de la vente de voitures thermiques neuves en 2035 et la proposition de loi Duplomb. Sur ce dernier dossier, particulièrement présent dans l’actualité de juillet 2025, aucun point de vue défavorable au texte n’a été identifié sur CNews pendant la période examinée.

C’est précisément cette combinaison qui fonde la saisine. La controverse n’est pas, en elle-même, considérée comme un problème. Une chaîne reste libre de ses choix éditoriaux. En revanche, expliquent les auteurs, lorsqu’un sujet donnant lieu à un débat public est présenté de manière récurrente sous un angle conflictuel, la question de la diversité effective des opinions exprimées devient centrale. « La loi est censée garantir le pluralisme des courants de pensée et d’opinion à l’antenne », affirme Célie Caraty, chargée de plaidoyer France chez QuotaClimat.

La Fondation Jean-Jaurès documente un traitement environnemental très minoritaire

La méthodologie est un élément important du dossier, notamment parce qu’elle fait partie des points contestés par CNews. Le corpus principal comprend 460 séquences représentant 68,9 heures de programmes diffusés en juillet 2025. Pour approfondir le traitement de la proposition de loi Duplomb, les auteurs ont ajouté 122 séquences plus courtes représentant 6,1 heures, ce qui porte le périmètre élargi à 582 séquences et 75 heures visionnées.

L’observation couvre les programmes des quatre chaînes entre 6 heures et 23 heures pendant le mois étudié, indique la Fondation Jean-Jaurès. Les auteurs précisent également avoir visionné et analysé manuellement les séquences retenues, sans recourir à l’intelligence artificielle pour leur qualification. Leur grille reprend plusieurs critères utilisés par l’Arcom pour apprécier le pluralisme : variété des sujets, diversité des intervenants, pluralité des points de vue et expression de différentes positions sur les questions prêtant à controverse.

Le second volet du rapport concerne la fiabilité de l’information climatique. En juillet 2025, CNews concentre 63 des 98 cas de mésinformation identifiés sur les quatre chaînes, soit 64 % du total. LCI en compte 18, France Info 11 et BFMTV 6. Rapporté au temps consacré au changement climatique, l’écart est également important : le rapport calcule 3,4 cas par heure d’information climatique sur CNews, contre 0,8 sur LCI, 0,3 sur France Info et 0,1 sur BFMTV.

Un autre chiffre attire l’attention des auteurs : 67 % des cas détectés sur CNews sont attribués à des journalistes ou à des chroniqueurs, selon QuotaClimat et la Fondation Jean-Jaurès. Ce point importe dans leur raisonnement, car un propos tenu par une personne chargée de conduire ou d’animer une émission ne pose pas exactement la même question éditoriale qu’une déclaration improvisée par un invité.

Le vocabulaire mérite cependant une précision. Pour établir son décompte, l’étude parle de « mésinformation climatique », et non automatiquement de désinformation. La Fondation Jean-Jaurès explique que l’intention de tromper n’est pas présumée : les auteurs retiennent comme cas de mésinformation une affirmation jugée fausse ou trompeuse au regard des connaissances scientifiques validées et laissée sans contradiction explicite pendant la séquence. Cette distinction est importante, puisqu’une erreur, une approximation ou une présentation trompeuse peuvent entrer dans cette catégorie sans qu’une volonté délibérée de désinformer soit démontrée.

Lire aussi –  La mésinformation climatique a encore prospéré à la télé et à la radio en 2025

CNews face à l’Arcom : le pluralisme au coeur de la saisine

Le dossier dépasse donc la seule question du fact-checking climatique. Depuis une décision du Conseil d’État de février 2024, l’appréciation du pluralisme audiovisuel ne se limite plus au décompte du temps de parole politique, rappelle QuotaClimat. L’Arcom doit aussi prendre en compte plus largement la variété des sujets, la diversité des intervenants et l’expression de plusieurs points de vue. Pour l’association, ce cadre ouvre la possibilité d’examiner la manière dont une chaîne traite durablement une thématique comme le climat, les énergies ou les politiques environnementales.

Cette évolution explique le caractère particulier de la nouvelle saisine. Jusqu’ici, un propos factuellement faux pouvait déjà entrer dans le champ de l’obligation d’honnêteté et de rigueur. C’est d’ailleurs sur ce terrain que CNews avait été sanctionnée en 2024 d’une amende de 20.000 euros. Désormais, QuotaClimat demande aussi au régulateur de considérer l’équilibre global du traitement éditorial d’un enjeu environnemental sur une période suffisamment longue.

L’association estime ainsi que l’absence de contradictoire sur certains sujets ne peut être isolée du faible volume général accordé à l’environnement et de la forte présence des controverses dans les séquences qui lui sont consacrées. Ce sont ces éléments cumulés qu’elle demande à l’Arcom d’examiner. Il ne s’agit donc pas, à ce stade, d’une décision du régulateur établissant un manquement, mais d’une argumentation portée par QuotaClimat et la Fondation Jean-Jaurès sur laquelle l’autorité compétente devra se prononcer.

L’enjeu est aussi politique. Les auteurs de la saisine replacent leur démarche dans la perspective de l’élection présidentielle de 2027 et considèrent que la façon dont les médias cadrent l’environnement peut influer sur la perception publique du changement climatique et des réponses à lui apporter. Ils redoutent notamment qu’une couverture construite principalement autour de l’affrontement entre camps transforme une question scientifique et collective en marqueur partisan. C’est précisément cette thèse que CNews récuse.


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Journaliste de formation, Anton écrit des articles sur le changement climatique, la pollution, les énergies, les transports, ainsi que sur les animaux et la...

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