Google accusée d’avoir totalement rasé une forêt pour ses data centers

À Muhos, dans le nord de la Finlande, l’expansion des data centers de Google se heurte brutalement à la question de la conservation des forêts. Quelque 330 hectares ont été coupés sur le futur site, alors que la procédure d’évaluation environnementale n’était pas achevée.

Rédigé par , le 6 Oct 2026, à 9 h 20 min
Google accusée d’avoir totalement rasé une forêt pour ses data centers
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L’autorité finlandaise examine désormais la légalité des travaux, tandis que les défenseurs de la nature dénoncent la disparition de secteurs jugés importants pour la biodiversité.

Google a entamé le défrichement avant l’aboutissement de la procédure d’évaluation environnementale

L’ampleur du défrichement réalisé par Google à Muhos, dans le nord de la Finlande, est désormais difficile à contester. La firme évalue elle-même la superficie coupée à 330 hectares. Or, la réglementation finlandaise impose une évaluation environnementale lorsque le couvert forestier doit être supprimé de manière permanente sur une zone continue dépassant 200 hectares.

C’est surtout la chronologie qui nourrit la controverse. D’après Wood Central, les abattages ont commencé en mars 2026. Tuike Finland, l’entreprise missionnée par Google, a sollicité l’autorité en avril pour savoir si le projet pouvait échapper à une procédure complète d’évaluation. L’administration a indiqué en mai que le projet ne bénéficierait pas d’une dérogation. Pourtant, les coupes se seraient poursuivies jusqu’en août 2026.

Cette succession des événements est au coeur du dossier. Une évaluation environnementale n’a pas seulement vocation à dresser l’inventaire des dégâts une fois le terrain transformé. Elle sert précisément à identifier en amont les habitats, les continuités écologiques, les espèces sensibles et les conséquences sur l’eau ou le paysage. Elle peut également conduire à imposer des mesures d’évitement. Couper la forêt avant que cette analyse ne soit terminée peut donc réduire fortement la capacité de la procédure à prévenir les atteintes à la nature.

L’Association finlandaise pour la protection de la nature demande ainsi que « les activités sur ce chantier soient suspendues ». Google soutient à l’inverse que les opérations forestières ont été réalisées dans le respect des exigences de la loi forestière. L’entreprise indique attendre les prochaines instructions des autorités finlandaises.

Une forêt de Muhos amputée de secteurs importants pour la biodiversité

Pour les spécialistes de l’environnement, l’enjeu ne se limite pas au nombre d’hectares perdus. Suomen Luonto, média finlandais spécialisé dans l’environnement, a examiné des images du satellite Sentinel ainsi que des images tournées localement. Selon cette analyse, l’essentiel de la vaste coupe rase a été effectué rapidement en mars et avril 2026.

Quatre petites zones identifiées comme importantes pour la biodiversité avaient alors été laissées au milieu de la zone défrichée. Elles ont ensuite été coupées en juillet 2026. L’étude écologique associée à la planification recommandait pourtant de préserver deux de ces zones de toute modification d’usage du sol, y compris des coupes forestières. Les deux autres devaient être préservées autant que possible. Le magazine révèle également que ces secteurs apparaissaient dans les documents d’aménagement comme des espaces particulièrement importants pour la diversité naturelle.

Une nuance juridique demeure toutefois indispensable. Les quatre secteurs n’étaient pas des réserves naturelles bénéficiant d’un statut légal de protection, a expliqué le directeur technique de Muhos, Mikko Kari, à Suomen Luonto. « Ce n’est pas vraiment l’affaire de la commune si un propriétaire privé coupe des arbres », a-t-il déclaré au magazine. Celui-ci précise néanmoins que les documents locaux demandaient de prendre en compte les valeurs naturelles de ces espaces.

Du point de vue de la conservation forestière, la distinction entre protection réglementaire stricte et valeur écologique reste déterminante. Une petite parcelle boisée peut ne pas relever d’un statut de réserve tout en constituant un refuge pour la biodiversité, une zone de reproduction ou une liaison entre plusieurs habitats.

Google en Finlande : 13 milliards d’euros d’investissements et protection de la forêt dans la balance

Cette affaire intervient dans un contexte économique hors norme. Google prévoit d’investir 13 milliards d’euros en Finlande au cours des deux prochaines années. Il s’agit de son plus important investissement unique en Europe. L’expansion concerne notamment Muhos, Kajaani et Vaala, ainsi que Hamina, où Google exploite déjà un centre de données.

À Muhos, cette somme nourrit de très fortes attentes. Les data centers promettent des travaux, de l’activité économique et de nouveaux emplois dans une commune rurale.

Face à ces perspectives, le débat environnemental dépasse désormais le seul site de Muhos. La Finlande attire les opérateurs de data centers grâce à son climat froid ainsi qu’à une production électrique largement appuyée sur le nucléaire, l’éolien et l’hydroélectricité.

Mais la multiplication de ces infrastructures suscite parallèlement des interrogations sur la consommation électrique des data centers, la capacité du réseau et les effets sur les écosystèmes. Une initiative citoyenne réclamant une réglementation plus stricte a recueilli plus de 50 000 signatures en trois jours.




Journaliste de formation, Anton écrit des articles sur le changement climatique, la pollution, les énergies, les transports, ainsi que sur les animaux et la...

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