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Perturbateurs endocriniens : l’agence européenne dénonce les pesticides

  • Stephen Boucher
  • 16 octobre 2015

Les perturbateurs endocriniens sont des substances chimiques parfois présentes dans les objets de consommation courante. Ils interagissent avec le système hormonal des êtres vivants et sont à l’origine de l’augmentation de certains cancers, de troubles de reproduction, du diabète de type 2, d’obésité… L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a passé en revue les principaux pesticides utilisés.

Des progrès dans l’évaluation des pesticides perturbateurs endocriniens

Les scientifiques de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) ont récemment fait d’importants progrès en ce qui concerne la question des perturbateurs endocriniens présents dans les pesticides. Leur travail est une réponse à la nouvelle réglementation de l’Union européenne qui, depuis 2014, a modifié la manière dont l’EFSA évalue les substances actives utilisées dans les pesticides(1).

Les nouvelles règles mises en place exigent des scientifiques de l’EFSA d’identifier spécifiquement les substances présumées pour avoir « des propriétés de perturbation endocrinienne » susceptibles d’être nocives pour l’homme ou pour des organismes non ciblés, comme les oiseaux, les mammifères ou les poissons. Ces experts sont tenus d’évaluer les effets possibles de deux manières spécifiques :

  • évaluer le danger potentiel d’une substance ;
  • évaluer le risque effectif lorsque cette substance est utilisée en tant que pesticide.

Cette évaluation permet de fournir un fondement scientifique pour la prise de décisions basées soit sur une approche en fonction des risques, soit en fonction des dangers.

La Commission européenne a organisé des rencontres avec un large panel de parties prenantes afin d’établir des critères pour définir les propriétés de perturbation endocrinienne. « Compte tenu du niveau élevé d’intérêt public. Nous avons estimé qu’il était important d’informer le public sur la façon dont nous travaillons déjà sur ces aspects », explique le Dr José Tarazona, responsable du groupe scientifique de l’EFSA sur les pesticides.

Les travaux passés en revue par les scientifiques permettent d’évaluer les preuves disponibles afin d’identifier les effets potentiels de ces substances sur le système endocrinien humain. Ces travaux permettent aussi de comprendre le potentiel de ces substances à entraîner des effets indésirables chez l’homme dus aux altérations du système hormonal et dans quelle mesure les êtres humains encourent le risque d’être confrontés à ce type d’effet lorsqu’ils sont exposés à une substance par l’intermédiaire des pesticides.

Depuis 2014, dans le cadre du programme de travail défini par la législation, plusieurs conclusions ont été publiées. Elles synthétisent de manière explicite l’évaluation des propriétés potentielles de perturbation endocrinienne de 41 substances actives utilisées dans des pesticides. Parmi celles-ci, il y a 15 nouvelles substances et 26 autres sont des renouvellements de substances déjà autorisées. « Nous avons identifié des préoccupations fondées sur un danger ou un risque pour 15 de ces substances. Parmi les autres, 24 substances n’ont suscité aucune préoccupation particulière », indique le Dr Jose Tarazona.

Quand l’Europe cède face aux lobbies

Le 8 octobre 2015, après trois ans d’enquête, la journaliste indépendante Stéphane Horel publiait son livre Intoxication. Un livre dénonçant l’influence du lobby de l’industrie chimique pour repousser une réglementation européenne sur les perturbateurs endocriniens pourtant reconnus comme dangereux pour la santé publique.

Comme l’explique Stéphane Horel au micro de chez France Info : « Au premier chef c’est le lobby de la chimie. Bayer, Syngenta, BASF se sont particulièrement démarqués dans le lobbying contre cette réglementation. A Bruxelles, il y a à peu près un lobbyiste par fonctionnaire, entre 25.000 et 30.000. Les groupes d’experts qui écrivent les brouillons de la loi européenne sont des représentants de l’industrie. » 

Dans son livre, Stéphane Horel y décrit toutes les forces mobilisées par les lobbyistes de ce secteur depuis des années dans la capitale européenne, et raconte les coulisses d’un processus réglementaire aussi long que perméable face aux tentatives d’influence. « Alors que l’objectif était de définir ce qu’était un perturbateur endocrinien, Bruxelles décide de mesurer les conséquences économiques d’une réglementation sur une industrie. C’est comme si on préférait voir les conséquences d’un retrait du Mediator pour les laboratoires Servier plutôt que d’interdire ce médicament », avance la journaliste.

Les luttes d’intérêts privés s’invitent au sein de la Commission européenne

Entre 2012 et 2013, la direction générale de l’Environnement et celle de la Santé s’affrontent en coulisse et en silence au sein de la Commission, ce qui aura pour conséquence une étude d’impact sur les perturbateurs endocriniens effectuée en décembre 2013 par la Commission.

Le dossier est toujours au point mort. Pour Stéphane Horel, il faudra attendre 2017, voire 2018 pour voir les perturbateurs endocriniens faire l’objet d’une réelle règlementation. « Les scientifiques sonnent le signal d’alarme depuis un sacré moment, sur un certain nombre de maladies. L’an dernier, une étude a estimé à 150 milliards d’euros par an le coût de ces maladies pour l’Union européenne », explique Stéphane Horel.

A lire aussi :
  • Pesticides. Fruits et légumes les plus et moins pollués
  • 40 % des produits de beauté contiennent des perturbateurs endocriniens
  • Fraises contaminées aux pesticides et perturbateurs endocriniens
Références :
  • Source  : http://www.efsa.europa.eu/en/supporting/pub/867e (Cliquez sur cette source pour remonter)

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