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Actu alimentation

Peste porcine africaine : après la flambée des prix, la crise sanitaire ?

L’année 2019 s’annonce noire pour l’industrie mondiale de l’élevage de porcs. La peste porcine africaine (PPA) est passée par là. Conséquence : les consommation et production asiatiques – surtout chinoise et vietnamienne – dérèglent le marché. Effet boule de neige, aujourd’hui en Europe, une nouvelle menace pointe : celle de la crise sanitaire pure et dure.

  • Dr. André Martin
  • 10 septembre 2019

Ne jamais se réjouir du malheur des autres trop longtemps… Car si les producteurs français de porc ont vu leurs parts de marché et leurs revenus grimper depuis le début de l’année avec la hausse en flèche du prix au kilo, le retour de bâton va sûrement être violent.

Une mécanique implacable s’est en effet mise en place. La Chine est le plus gros producteur mondial, avec 54 millions de tonnes par an, soit 45 % du tonnage mondial (le porc représente à lui seul 36 % du volume de viande produit par an mondialement)(1).

Dès le début de l’épidémie de peste porcine, l’abattage massif a commencé, inondant son marché intérieur et faisant baisser les stocks. La Chine s’est vite retrouvée à devoir importer du porc, provoquant une montée du prix au kilo. « En Europe, les cours ont augmenté de 18 % depuis début mars, signalait début juillet Jean-Paul Simier, principal rédacteur du rapport Cyclope sur les matières premières. Le Japon et la Corée, fortement importateurs, commencent à constituer des stocks de sécurité ».

Malgré les premières mesures prises, les prix vont continuer de s’envoler. Mais la vraie épée de Damoclès est ailleurs.

Peste porcine – Pourquoi cette nouvelle crise sanitaire ?

Quel rapport entre un élevage chinois, un sanglier russe et une peste africaine ? La question peut faire sourire, mais elle inquiète les responsables européens au plus haut point.

Retour en arrière. En 2018, des élevages en Chine et au Vietnam sont contaminés par des animaux sauvages – a priori des sangliers venus de Russie – porteurs de la peste porcine africaine. Une maladie qui ne concerne pas directement l’homme (il n’y a pas de transmission de l’animal à l’homme), mais qui nécessite un abattage en règle des animaux touchés. En seulement six mois, les dommages sont colossaux.

« La crise sanitaire chinoise a provoqué un appel d’air sur la marché », expliquait dans les colonnes du Parisien Elisa Husson, ingénieure économique à l’Institut du porc (IFIP)(2). Dans un premier temps, les producteurs européens ont donc profité de l’aubaine avec leurs 24 millions de tonnes annuels (l’UE a ainsi consolidé sa place de 1er exportateur mondial). Mais après la montée en flèche des prix, une nouvelle menace est venue planer au-dessus de la tête des Européens : la crise sanitaire.

Les premiers cas de contamination ont été recensés en Belgique à partir de septembre 2018. Et la seule mesure de précaution reste la mise en quarantaine des régions touchées et l’abattage systématique. Depuis le début de l’année 2019, l’épizootie est en train de tourner au cauchemar en Asie comme par exemple en Malaisie(3), ou encore aujourd’hui même aux Philippines(7), et – mondialisation oblige – partout dans le monde.

Le carnage en cours donne le tournis : environ 200 millions de bêtes devraient être abattues d’ici la fin de l’année(4).

Le monde entier – et surtout l’Asie – est hyper dépendant de la Chine. Comme le soulignait un rapport de la FAO – l’Agence des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation -, la moitié des cochons vivants sur la planète bleue se trouvent en Chine. « À terme, le monde va manquer de viande de porc », avertit le directeur de l’IFIP Pascal Leduot.

Et ce n’est pas tout.

Premières mesure(tte)s

L’Amérique du Nord a déjà pris très au sérieux la menace, les Européens apparemment un peu moins. Aux États-Unis, des tests sont réalisés sur les viandes importées, mais aussi à tous les niveaux de la chaîne de production : sur la nourriture animale et sur tous les additifs nutritionnels comme les vitamines(5).

Car sur le papier, la contamination peut se faire de mille façons. Dans leur étude intitulée Comprendre la chaîne d’approvisionnement des vitamines et les risques de transmission de maladie d’origine étrangère, deux professeurs de l’Université du Minnesota – Jerry Shurson et Pedro Urriola – considèrent que « le risque d’une introduction de virus d’origine animale comme la PPA venant de Chine aux États-Unis semble faible, mais l’impact éventuel serait très grand »(6). D’autant que le doute s’étend à présent à tout ce qui touche de près ou de loin d’industrie porcine chinoise.

Par exemple, la Chine est aujourd’hui le premier producteur (et exportateur) mondial d’additifs présents dans la nourriture animale, comme les vitamines B12, l’acide folique ou encore la biotine. Si les deux chercheurs américains saluent les efforts des autorités de leur pays pour filtrer toute contamination, ils rappellent « l’existence d’intermédiaires peu scrupuleux [sur le marché chinois] qui ne fournissent pas tous les certificats de traçabilité » des produits qu’ils distribuent. Un vrai enjeu de santé publique.

Côté européen, plusieurs pays sont déjà touchés comme la Belgique, l’Ukraine, la Moldavie, la Pologne, la Roumanie… La Bulgarie vient de déclarer un 5e cas de contamination, le 31 juillet 2019. Tous les pays d’Europe centrale – où sont élevés 100.000 porcs – craignent donc de devoir passer par la case ‘abattage en série’.

On érige des barrières pour empêcher les sangliers de passer les frontières © Neil Burton

Français et Luxembourgeois, eux, tentent de contenir la progression de l’épizootie en érigeant des clôtures le long de leurs frontières communes avec la Belgique, principalement dans les Ardennes et le bassin de la Meuse. Objectif : empêcher les sangliers sauvages de passer d’un pays à l’autre, mais aussi limiter l’activité humaine dans la région.

Mais s’il est facile de pointer du doigt ces animaux sauvages coupables de contaminer d’autres animaux, c’est bien de l’humain – entre production et distribution – que vient le principal danger.

Dernier petit détail, de taille : il n’existe à l’heure actuelle aucun vaccin contre la peste porcine africaine…

A lire aussi :
  • L'Espagne compte désormais plus de porcs que d'habitants

Illustration bannière : – © FooTToo

Références :
  • https://www.lemonde.fr/economie/article/2019/05/16/porcs-volaille-soja-l-onde-de-choc-de-la-peste-porcine-dans-la-chaine-alimentaire_5462739_3234.html (Cliquez sur cette source pour remonter)
  • http://www.leparisien.fr/economie/consommation/pourquoi-le-prix-du-porc-flambe-en-france-15-07-2019-8117460.php (Cliquez sur cette source pour remonter)
  • https://www.thestar.com.my/news/nation/2019/08/02/protecting-malaysia-against-african-swine-fever (Cliquez sur cette source pour remonter)
  • http://www.leparisien.fr/societe/faut-il-s-inquieter-de-la-peste-porcine-africaine-qui-fait-rage-en-asie-07-06-2019-8088897.php (Cliquez sur cette source pour remonter)
  • https://www.cbp.gov/travel/international-visitors/agricultural-items/african-swine-fever-faqs (Cliquez sur cette source pour remonter)
  • https://marketing.feedinfo.com/interview-does-vitamin-supply-chain-risk-introducing-asf-into-import-markets-new-report-weighs-in/ (Cliquez sur cette source pour remonter)
  • https://www.theguardian.com/world/2019/sep/09/philippines-confirms-first-swine-fever-cases (Cliquez sur cette source pour remonter)

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