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Moins de pollution, mais plus de méthane : l’atmosphère n’a pas réagi comme prévu

Plus de méthane dans l’air, c’est davantage de piégeage de chaleur sur les prochaines décennies.

  • Valérie Dewerte
  • 9 février 2026

En 2020, alors que la planète tournait au ralenti sous l’effet du Covid-19, un indicateur climatique a pris tout le monde à contre-pied : le méthane a augmenté très vite dans l’atmosphère, au lieu de ralentir. Ce phénomène révèle une mécanique délicate, où la baisse de la pollution peut, dans certaines conditions, favoriser l’accumulation d’un gaz à effet de serre très puissant. Et il rappelle que l’atmosphère ne réagit pas comme un compteur d’émissions, mais comme un système chimique vivant.

Méthane : la pollution a accéléré au début des années 2020

Le constat est désormais posé noir sur blanc par une étude internationale publiée le 5 février 2026 dans la revue Science et présentée par le CNRS : « au début des années 2020, la quantité de méthane a augmenté à un rythme sans précédent », avant un ralentissement « à partir de 2023 », selon le communiqué daté du 6 février 2026.

Le point clé, c’est que l’augmentation du méthane ne s’explique pas seulement par « plus d’émissions ». Elle s’explique aussi par « moins d’élimination ». Dit autrement : même si certaines émissions reculent temporairement, la concentration peut monter si l’atmosphère perd une partie de sa capacité à “nettoyer” ce gaz. C’est précisément ce qu’identifie le CNRS : la hausse résulte principalement d’un « affaiblissement temporaire » de la capacité de l’atmosphère à éliminer le méthane, combiné à des émissions accrues de certaines sources naturelles. L’Agence spatiale européenne insiste sur « un décalage puissant et temporaire de la chimie atmosphérique » comme moteur principal du pic observé.

La “machine à nettoyer” l’air a ralenti : le rôle central des radicaux OH et de la pollution

Pour comprendre ce qui s’est joué, il faut entrer dans la chimie. Dans l’atmosphère, le méthane est en grande partie détruit par les radicaux hydroxyles (OH), des molécules extrêmement réactives souvent décrites comme le “détergent” de l’air.

Or, pendant 2020-2021, les niveaux mondiaux d’OH ont baissé. Pourquoi ? Parce que leur formation dépend d’un ensemble d’ingrédients chimiques liés à l’activité humaine et à la pollution : oxydes d’azote (NOx), monoxyde de carbone, composés organiques volatils, ainsi que la lumière solaire, l’ozone et la vapeur d’eau. Quand les confinements réduisent brutalement le trafic, certains procédés industriels et une partie des combustions, on modifie ce “cocktail” atmosphérique. L’ESA explique que la baisse des émissions de ces gaz a réduit la production d’OH, ralentissant la capacité de l’atmosphère à éliminer le méthane. La chute des radicaux OH en 2020 et 2021 expliquerait ainsi environ 80 % de la variation annuelle de l’accumulation du méthane sur la période étudiée.

Cette mécanique met en lumière un point délicat pour les politiques publiques. Réduire la pollution de l’air est indispensable pour la santé, mais les réactions chimiques en chaîne comptent. Dans le communiqué scientifique, Philippe Ciais, auteur de l’étude, insiste sur la sensibilité du méthane aux chocs globaux : « notre étude démontre que le méthane réagit très rapidement aux changements globaux, qu’ils soient climatiques ou liés aux activités humaines », selon le communiqué CNRS/CEA.

L’étude s’appuie sur des travaux publiés dans Science et présentés par le CNRS, avec l’appui de données issues de l’Agence spatiale européenne.

Méthane, pollution et Covid : ce que dit la science

Le radical hydroxyle (OH) est une molécule très réactive présente dans l’atmosphère, souvent qualifiée de « détergent de l’air ». Il permet de dégrader naturellement plusieurs gaz à effet de serre, dont le méthane. Sans les radicaux OH, ces gaz resteraient beaucoup plus longtemps dans l’atmosphère, renforçant leur impact sur le climat.

Pourquoi le méthane a-t-il augmenté pendant le Covid malgré la baisse de la pollution ?

Contrairement aux idées reçues, la concentration de méthane ne dépend pas uniquement des émissions. Pendant les confinements, la baisse de certaines pollutions a réduit la formation des radicaux OH, ce qui a ralenti l’élimination du méthane déjà présent dans l’air. Résultat : même avec moins d’activités humaines, le méthane s’est accumulé plus rapidement.

Quel est le lien entre pollution de l’air et destruction du méthane ?

La formation des radicaux OH dépend d’un équilibre chimique complexe impliquant des polluants comme les oxydes d’azote (NOx), le monoxyde de carbone ou certains composés organiques volatils. Lorsque cet équilibre est brutalement modifié, comme durant le Covid, la « capacité de nettoyage » de l’atmosphère peut diminuer temporairement, favorisant l’accumulation de méthane.

Le méthane est-il plus dangereux que le CO₂ ?

À court terme, oui. Le méthane est environ 80 fois plus puissant que le CO₂ sur une période de vingt ans. En revanche, il reste moins longtemps dans l’atmosphère. C’est pourquoi toute perturbation de sa destruction naturelle, comme celle observée au début des années 2020, a des effets climatiques rapides et marqués.

Que nous apprend l’épisode du Covid pour les politiques climatiques ?

Il montre que réduire les émissions est indispensable, mais insuffisant si l’on ne tient pas compte de la chimie atmosphérique. Comme le soulignent les chercheurs du CNRS et de l’Agence spatiale européenne, l’atmosphère réagit comme un système vivant, sensible aux chocs globaux, et non comme un simple compteur d’émissions.

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