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« Jetlag alimentaire » : changer l’heure des repas, c’est 14 % de risque cardiovasculaire en plus

Décaler régulièrement l’heure de ses repas entre semaine et week-end ne serait pas anodin pour le coeur. D’après une vaste étude française consacrée au « jetlag alimentaire », le risque de maladies cardiovasculaires augmente chez les hommes à mesure que l’écart entre les horaires des repas s’accentue.

  • Anton Kunin
  • 3 septembre 2026

Le signal apparaît encore plus marqué pour les maladies coronariennes, tout en restant, à ce stade, une association statistique et non la preuve d’un lien de cause à effet.

« Jetlag alimentaire » et maladies cardiovasculaires : un signal est observé chez les hommes

Le décalage des horaires de repas a-t-il une incidence sur la santé cardiovasculaire ? C’est la question à laquelle a tenté de répondre une équipe de chercheurs française, qui vient de publier son étude dans la revue Communications Medicine. Ils partent du principe que les contraintes professionnelles, scolaires ou familiales imposent une certaine cadence du lundi au vendredi. Les jours de repos, le petit-déjeuner, le déjeuner ou le dîner peuvent glisser vers des horaires différents. Or, l’alimentation contribue elle aussi à synchroniser les horloges biologiques périphériques qui participent au contrôle du métabolisme. C’est ce décalage répété (appelé « jetlag alimentaire ») que l’équipe de chercheurs a voulu relier au risque cardiovasculaire.

Après une durée médiane de suivi de 8,1 ans, les chercheurs ont identifié 2.368 nouveaux événements cardiovasculaires, dont 1.270 maladies coronariennes et 1.098 événements cérébrovasculaires. L’ensemble correspond à 814.338 personnes-années de suivi. Chez les hommes, chaque heure supplémentaire de jetlag alimentaire a été associée à une hausse moyenne de 14 % du risque de maladie cardiovasculaire, et de 21 % pour les maladies coronariennes.

Ce résultat ne signifie pas que décaler son déjeuner d’une heure provoque mécaniquement une maladie cardiaque. Les chercheurs parlent de risque relatif calculé à l’échelle d’une population et après prise en compte de nombreux facteurs susceptibles de brouiller l’analyse : âge, situation socioprofessionnelle, tabagisme, alcool, activité physique, antécédents familiaux ou encore organisation des prises alimentaires. Des modèles complémentaires ont également intégré la qualité globale de l’alimentation, les horaires habituels de début et de fin de la journée alimentaire ainsi que certaines caractéristiques du sommeil.

Le contraste entre hommes et femmes est néanmoins frappant. Aucune association statistiquement significative comparable n’a été détectée chez les participantes. Les chercheurs restent prudents sur l’explication. Le risque cardiovasculaire absolu plus élevé chez les hommes pourrait jouer, tout comme des différences de mode de vie, d’organisation professionnelle ou familiale et, éventuellement, certaines particularités biologiques des systèmes circadiens selon le sexe. L’INRAE évoque explicitement ces différentes pistes, sans en privilégier une à ce stade.

Mesurer les décalages pour éclairer les maladies coronariennes

Pour objectiver le phénomène, les chercheurs n’ont pas simplement demandé aux volontaires s’ils jugeaient leurs repas réguliers. Les participants remplissaient des relevés alimentaires détaillés portant sur des journées de vingt-quatre heures. Les données étaient recueillies pendant trois journées non consécutives, dont une journée de week-end, et le protocole était répété tous les six mois, 5,8 relevés alimentaires étant disponibles en moyenne par participant.

L’équipe a ensuite calculé le milieu de la fenêtre alimentaire, c’est-à-dire le point situé à mi-chemin entre la première et la dernière prise calorique de la journée. Le « jetlag alimentaire » correspond à la différence entre ce point médian pendant le week-end et celui observé en semaine. Les horaires moyens enregistrés pendant les deux premières années du suivi ont servi à définir cette exposition.

Trois profils ont ainsi été établis. Le groupe « Maintien » réunissait les personnes dont le point médian variait au maximum d’une heure entre semaine et week-end. Il représentait 71 % des participants. Le groupe « Retard », soit 24,2 % de l’échantillon, regroupait ceux dont la fenêtre alimentaire basculait vers plus tard les jours de repos. Une petite minorité appartenait au groupe « Avance ». Dans les données résumées par l’INRAE, ce déplacement représentait environ deux heures vers plus tôt pour le groupe Avance et environ une heure quarante vers plus tard pour le groupe Retard.

Les résultats par catégorie affinent sensiblement le message. Chez les hommes du groupe Avance, le risque de maladie cardiovasculaire était supérieur de 44 % à celui du groupe Maintien dans un modèle intégrant notamment les données de sommeil. Pour les maladies coronariennes, l’écart atteignait 68 %. Chez les hommes du groupe Retard, l’augmentation significative concernait le risque coronarien, supérieur de 36 % à celui du groupe Maintien. En revanche, l’estimation concernant l’ensemble des maladies cardiovasculaires dans ce groupe n’était pas statistiquement significative.

En plus de la régularité, l’heure du premier repas, lui aussi, compte

L’analyse réserve une autre information particulièrement intéressante. Les courbes décrivant la relation entre intensité du « jetlag alimentaire » et risque cardiovasculaire ne progressent pas indéfiniment de manière linéaire. Elles suggèrent un effet de plateau à partir d’environ 1h30 de décalage. Les auteurs préviennent toutefois que cette forme pourrait s’expliquer en partie par la faible proportion de participants présentant des décalages très importants, ce qui réduit la précision statistique aux valeurs extrêmes.

L’heure du premier apport calorique semble également compter. Dans une analyse stratifiée autour de 8h02, heure médiane de première prise alimentaire dans la cohorte, les associations entre intensité du jetlag alimentaire et maladies cardiovasculaires apparaissaient uniquement chez les participants mangeant pour la première fois après cette médiane. Autrement dit, irrégularité et horaire tardif pourraient se combiner d’une manière particulière. L’étude ne permet toutefois pas de déterminer si cette association correspond à un mécanisme causal.

Cela étant, les auteurs de l’étude eux-mêmes mettent en garde contre les velléités de généraliser leurs résultats. La cohorte en effet présente aussi un profil particulier : les femmes représentaient 79 % de l’échantillon analysé, et les participants de NutriNet-Santé ont globalement des caractéristiques socio-économiques et des comportements de santé qui ne reproduisent pas exactement ceux de l’ensemble de la population française. Par ailleurs, 17,3 % des personnes initialement éligibles ont été exclues parce qu’elles étaient considérées comme sous-déclarantes de leur consommation énergétique


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