L’affaire des grenouilles trop bruyantes de la mare de Grignols semble arriver à son terme, avec une décision de justice aussi paradoxale que les précédentes…
C’est une histoire sans fin : après sept années de recours, la justice a estimé que des grenouilles trop bruyantes devaient voir leur mare rebouchée. Mais sans les déplacer.
Une mare considérée comme illégale
C’est une équation impossible que propose la nouvelle décision de justice sur l’affaire dite des grenouilles de Grignols. Alors que les voisins les trouvent trop bruyantes, la justice exige que les propriétaires des lieux rebouchent la mare aux grenouilles. Mais que faire des batraciens faisant partie d’espèces menacées, et donc protégées par la loi ? En effet, en même temps, la cour d’appel de Bordeaux a rejeté la demande de l’association environnementale Sepanso de déplacer les batraciens.
Cela fait des années que ce conflit de voisinage opposant des habitants du hameau Puy-Chérifel hante les tribunaux, entre une mare considérée comme « illégale » et des grenouilles jugées trop bruyantes. Si la justice estime que l’action de l’association de défense de l’environnement est recevable, elle la juge toutefois inutile. En effet selon elle, rien n’empêche les propriétaires des lieux comme les membres de l’association de pêcher ces grenouilles afin de les déplacer.
Des espèces protégées quasi impossibles à déplacer
La cour d’appel de Bordeaux a souligné dans son arrêté que cette nouvelle décision ne remettait absolument pas en cause la condamnation à combler la mare. Déjà, en 2016, le sort de cette mare avait été scellé par la justice, ses propriétaires ayant été condamnés à faire disparaître la pièce d’eau. Pour les juges bordelais, « l’association Sepanso a pour seul objet de s’assurer que lorsque les époux Pécheras procéderont à l’exécution de l’arrêt devenu définitif, ils veilleront à déplacer au préalable, dans les conditions requises, les espèces protégées. D’autant que l’association Cistude Nature a attesté de la faisabilité technique d’un tel déplacement et non la remise en question de points jugés, qu’elle critique. »
Faut-il inscrire les bruits de nos campagnes au patrimoine national ?
Or on trouve dans cette mare, selon les spécialistes de l’association girondine Cistude Nature, quatre espèces d’amphibiens protégées par le droit français, voire par une directive européenne : l’alyte accoucheur, le triton palmé, le crapaud commun et la rainette méridionale. Reste donc maintenant à parvenir à déplacer ces espèces sauvages avant que la mare ne soit comblée. Sauf que les transporter suppose d’obtenir une autorisation de déplacement, très rarement accordée pour des espèces aussi sauvages qu’intouchables.
Illustration bannière : Grenouilles de Grignols : sept ans de polémique pour reboucher une mare © IHX