La montée en puissance du gaz

Tendance claire, le gaz naturel va se substituer peu à peu à d’autres sources d’énergie primaire, comme le charbon pour la production d’électricité, ou même le pétrole pour le transport. La production de gaz de schiste atteindra 11 % de la production mondiale de gaz en 2035, tandis que la production de gaz de charbon atteindra 7 %, suivie par celle des gaz de réservoir compacts à 6 %.
Les gaz de schiste sont très contestés car on ne sait pas encore les exploiter de manière non dommageable pour l’environnement, même si apparaissent de nouvelles techniques potentiellement moins polluantes. Mais quand et si la fracturation hydraulique (ou fraking) sera moins polluante, cette évolution amènera un aspect – un peu – favorable sur le plan écologique. En effet, la combustion du gaz naturel libère, pour la même quantité d’énergie, deux fois moins de gaz à effet de serre que le charbon ; et elle est moins polluante.
Le gaz de schiste, énergie de transition ou menace pour les Energies renouvelables ?
Cette question se pose donc dès aujourd’hui :

La consommation énergétique globale augmentera de 40 % entre 2009 et 2035 selon l’Agence Internationale de l’Energie (AIE), passant d’une consommation de 12 150 millions de tonnes équivalent pétrole (tep) à 16 950 millions de tep en 2035. Dans le « mix énergétique » mondial, l’énergie qui gagnera le plus de parts de marché est le gaz au détriment du pétrole. Ainsi, la part de marché du gaz passera de 21 % en 2009 à 25 % en 2035.
Ainsi donc, on va vivre une période paradoxale pendant laquelle vont croître de concert l’énergie appelée à disparaître (l’énergie fossile, mais sous une forme de plus en plus coûteuse et polluante) ainsi que celle qui devra la remplacer, l’énergie renouvelable.
La grande question que se posent les experts au sujet du gaz naturel de schiste est la suivante : le gaz de schiste est-il une transition vers les énergies renouvelables ou bien va-t-il les empêcher de s’imposer ?
Il est intéressant de regarder les termes du débat aux Etats-Unis, pays qui a bien des années d’avance sur l’Europe en la matière.
- D’un coté, les pro-gaz souligne que le gaz naturel de schiste est une bonne nouvelle dans la mesure où il permet à l’économie américaine de fonctionner avec moins de charbon et donc d’émettre moins de CO2. Car le gaz de schiste émet 2 fois moins de CO2 que le charbon et devient la première source de production d’électricité aux USA. Une bonne nouvelle au regard de la sécheresse qui ravage plus de la moitié des Etats américains l’été 2012.
Notons d’ailleurs que le lien entre les vagues de chaleur et le réchauffement climatique a été fait par des scientifiques cet été. Pourtant et par ailleurs, le gaz naturel est si abondant qu’il permet aux producteurs américains d’avoir accès à
une énergie qui est devenue moitié moins chère qu’en Allemagne.
Le revers de la médaille

Un forage de gaz de schiste
Comme le soulignait le quotidien britannique The Guardian, « l’âge d’or du gaz naturel ne sera pas forcément l’âge d’or du climat»(3), c’est le moins
qu’on puisse dire si le gaz empêche les énergies renouvelables de vraiment s’imposer. Car
le gaz naturel de schiste reste un carburant fossile dont l’extraction, elle, reste sale.
Pourtant, aux Etats-Unis le débat sur l’utilisation et l’exploitation de ce type de gaz semble déjà dépassé. Ce qui fait débat actuellement, c’est plutôt la nécessité d’imposer aux petits producteurs indépendants des règles et techniques d’exploitation « propres » que s’imposent les grands producteurs soucieux d’environnement. Car comme le souligne Fred Krupp, le président du Fond pour la défense de l’environnement qui a travaillé sur les normes à imposer en matière de fracturation hydraulique : « les avantages économiques et de sécurité des gaz de schistes sont évidents mais si vous regardez de près les exploitations de gaz, vous en voyez aussi des inconvénients évidents ». ( 1 ) Ainsi donc, aux Etats-Unis les écologistes et les majors veulent contrôler les producteurs indépendants « qui font n’importe quoi » et qui ne se servent pas des techniques à leur disposition pour contrôler, entre autres, les fuites de méthane, les fuites d’eau dans les nappes souterraines et les sources de l’eau utilisée pour le fraking. En Europe, de nombreux porte-paroles écologistes discutent de la possibilité éventuelle de faire de la fracturation hydraulique sans dommage pour l’environnement. Les Etats-Unis, en pleine révolution gazière, sont déjà passés à l’étape suivante.

Difficile de dire à ce stade si le gaz naturel ne sera qu’une bulle provisoire d’énergie bon marché, si l’Europe en crise, et notamment la France, premier détenteur de ressources du continent, vont s’emparer de cette aubaine d’énergie peu chère.
Quoi qu’il en soit, il y a peu de chances pour que l’exploitation du gaz de schiste produise en Europe les mêmes effets déflationnistes sur le prix de l’énergie qu’aux Etats-Unis. Tout d
’
abord parce-que
les conditions de cette exploitation sont bien différentes sur le continent européen
.
Une étude de l’Oxford Institute
de décembre 2010 explique que le coût d’exploitation de ces gaz serait 2 à 3 fois plus élevé en Europe qu’en Amérique du nord du fait de contextes et d’obstacles juridiques, géologiques bien plus complexes. Certains spécialistes suggèrent qu’il est urgent d’attendre et de reporter une éventuelle des gaz de schiste à après 2020 quand on y verra plus clair sur la manière de le produire proprement et quand les tensions sur les marchés de l’énergie se seront accrues. (5) Cela pousse certains à remettre en avant certaines énergies renouvelables en avant : la
géothermie
par exemple est selon certains tout à fait sous-exploitée dans plusieurs régions françaises. Nous y reviendrons dans la suite de ce dossier sur la révolution énergétique.
Quoi qu’il en soit, en Europe, pour l’instant le consensus est que l’ère de l’énergie à bas prix est sur le point de s’achever, et que la planète devra gagner en sobriété – nous n’avons pas le choix. Ignorer cette nécessité, ce serait prendre le risque d’aggraver la précarité. N’oublions pas que chaque année un habitant des Etats-Unis consomme autant d’énergie qu’un Bangladais en plus de cinquante ans… à condition qu’il vive jusque-là. Sans parler évidemment des risques que font peser sur l’environnement et le climat la folle croissance des carburants fossiles.
*
(1) L’étude Renewable Electricity Futures, publiée par le laboratoire national des énergies renouvelables (NREL) pour le compte du département américain à l’Energie (US DoE), constate qu’en 2010, les énergies renouvelables ont représenté environ 10 % de la puissance totale de la production d’électricité aux Etats-Unis (6,4 % d’hydroélectricité, 2,4 % d’énergie éolienne, 0,7 % de biomasse, 0,4 % de géothermie, et 0,05 % d’énergie solaire).
(2) source : developpement-durable.gouv.fr.
(3) A golden age for gas is not necessarily a golden age for the climate”
(4) In Get it right on natural gaz, The international Herald Tribune 6 août 12
(5) Un exemple typique de ce point de vue est exprimé dans “Une fracture en attente de devis” par S. Hallegattte et A. Méjean dans un éditorial dans Libération, du 22 août 12.

4ème partie :
