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COP17 en Mongolie : la désertification au coeur d’un sommet décisif

La COP17 sur la désertification s’est ouverte en Mongolie avec une équation vertigineuse : des terres dégradées sur une part croissante de la planète, des sécheresses plus fréquentes, près de deux milliards d’humains exposés à des épisodes persistants et un financement encore très éloigné des besoins.

  • Anton Kunin
  • 19 août 2026

À Oulan-Bator, les pays ne sont plus seulement attendus sur des promesses de restauration. Ils doivent préciser comment protéger les sols, l’eau, les pâturages et les populations qui en dépendent.

Une COP spécialement dédiée à la désertification

La 17e Conférence des parties à la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification, l’UNCCD, a débuté le 17 août 2026 dans la capitale mongole et doit se poursuivre jusqu’au 28 août. Une armée de 12.000 délégués, représentant 197 pays, est attendue. Après la COP16 organisée à Riyad, l’Arabie saoudite a officiellement transmis la présidence du processus à la Mongolie à l’ouverture de la conférence.

Longtemps moins visible que les COP consacrées au climat ou à la biodiversité, cette conférence traite pourtant d’un socle commun aux trois crises : la terre. La désertification ne signifie pas seulement l’avancée spectaculaire de dunes. Dans le vocabulaire de la convention, elle désigne la dégradation des terres dans les zones arides, semi-arides et subhumides sèches, sous l’effet combiné des variations climatiques et des activités humaines. Surpâturage, érosion, déforestation, irrigation mal maîtrisée, pratiques agricoles non durables et sécheresses prolongées peuvent ainsi faire perdre aux sols leur productivité et leur capacité à stocker l’eau ou le carbone.

COP17 en Mongolie : une crise des terres devenue mondiale

L’échelle du problème explique pourquoi cette COP17 déborde largement la seule question des déserts. Jusqu’à 40 % des terres de la planète sont aujourd’hui dégradées, tandis que 75 % de la surface terrestre a été significativement transformée par les activités humaines. La productivité aurait déjà diminué sur environ 23 % des terres émergées. Yasmine Fouad, secrétaire exécutive de l’UNCCD, résume l’enjeu par une formule : « La terre est notre infrastructure la plus vitale ».

Les populations exposées se comptent désormais en milliards. Environ 1,3 milliard de personnes sont directement confrontées à la dégradation des terres et 1,84 milliard à une sécheresse persistante. Depuis 2000, la fréquence des sécheresses a progressé de près d’un tiers. Parallèlement, les terres arides couvrent environ 46,2 % des terres émergées et abritent près de 3 milliards d’habitants. Le phénomène n’est donc plus marginal, géographiquement circonscrit ou réservé aux régions les plus pauvres : il touche les systèmes agricoles, les ressources en eau et, progressivement, la stabilité économique de nombreux pays.

La pression sur les sols se répercute directement sur l’alimentation. « Au coeur de nos discussions se trouve la sécurité alimentaire », a déclaré Yasmine Fouad. L’équation est mécanique : un sol moins fertile retient moins bien l’eau, produit moins, accroît la vulnérabilité des récoltes et oblige parfois à étendre les surfaces exploitées, ce qui peut à son tour accélérer la dégradation. Restaurer les terres devient alors une politique agricole autant qu’une politique climatique.

Les gouvernements se sont engagés à restaurer environ un milliard d’hectares d’ici à 2030, alors que la superficie mondiale déjà dégradée est évaluée entre 1,5 et 2 milliards d’hectares. Le décalage entre ambition et réalité explique le changement de ton observé à Oulan-Bator. « La COP17 ne doit pas être une conférence où l’on répète les décisions et déclarations précédentes, mais où l’on accélère leur mise en oeuvre », a déclaré le Premier ministre mongol Nyam-Osoryn Uchral.

La Mongolie, laboratoire extrême de la désertification

Le choix de la Mongolie comme pays hôte place les négociateurs au contact direct d’une dégradation accélérée. On l’avait longtemps répété : 77 % du territoire mongol dégradé. Pire encore, le nouvel Atlas national de la désertification, présenté le 12 août 2026, porte à 81,9 % la part du territoire dégradée, à des degrés divers, par la désertification ou la dégradation des terres. Les deux valeurs ne doivent pas être mécaniquement opposées : elles peuvent refléter des méthodes, des périodes ou des catégories différentes. La nouvelle évaluation nationale donne néanmoins la mesure de la pression environnementale subie par le pays.

Les indicateurs contenus dans cet atlas sont particulièrement sévères. Entre 1941 et 2025, la température annuelle moyenne du pays a augmenté de 2,5 °C. L’intensité des sécheresses progresse sur 53,5 % du territoire, tandis qu’une tendance à la diminution de l’humidité des sols est observée sur 93,3 % de la Mongolie. À cela s’ajoutent les risques d’érosion : 54,8 % du territoire serait exposé à l’érosion hydrique et 34,3 % à l’érosion éolienne. La productivité de la végétation serait également en recul sur 22,3 % du territoire.

En Mongolie, la désertification fragilise les pâturages et les populations qui en dépendent.

Cette vulnérabilité n’est pas seulement climatique. Dans un pays où l’élevage extensif et les parcours structurent encore une partie importante de l’économie rurale, la qualité des pâturages détermine directement les revenus, les déplacements et la sécurité des familles. Les parcours représentent environ 70 % du territoire mongol et soutiennent près d’un tiers de la population. Une terre moins productive signifie des troupeaux concentrés sur des espaces plus réduits, une compétition renforcée pour l’eau et des risques supplémentaires de surpâturage.

La Mongolie veut profiter du sommet pour pousser trois projets : une initiative internationale consacrée aux parcours, un programme de gestion intégrée des terres et de l’eau et une initiative de solutions fondées sur la nature appliquées aux infrastructures durables. Le pays avait aussi annoncé son intention de consacrer au moins 1 % de son PIB par an à la lutte contre le changement climatique et la désertification. Sa position d’hôte lui permet ainsi de transformer une vulnérabilité nationale très concrète en dossier diplomatique mondial.

COP17 : les pays face au mur du financement et de la sécheresse

C’est probablement sur le financement que l’écart entre les déclarations et la mise en oeuvre apparaît le plus brutalement. Les besoins mondiaux annuels destinés à la restauration des terres et à la résilience à la sécheresse sont estimés à l’équivalent d’environ 306,8 milliards d’euros, contre seulement 66,6 milliards d’euros mobilisés aujourd’hui. Le déficit atteindrait donc près de 240,3 milliards d’euros par an. Le secteur privé ne contribuerait qu’à environ 6 % des financements mondiaux de ce type.

Des sommes considérables ont pourtant déjà été promises. Plus de 10,37 milliards d’euros d’engagements, après conversion, sont associés à un fonds et à des initiatives connexes destinés à 74 pays touchés par la sécheresse sur une période de sept ans. Plus de 70 pays ont également remis des plans nationaux consacrés à la sécheresse. Mais le journal rapporte que l’UNCCD évalue à environ 2 247 milliards d’euros les besoins cumulés d’ici à la fin de la décennie. Cette disproportion explique pourquoi la COP17 tente désormais d’attirer davantage de capitaux privés et de sécuriser des mécanismes financiers réellement mobilisables.

L’argent n’est toutefois qu’une partie de la négociation. À Riyad, lors de la COP16, les pays n’avaient pas réussi à s’entendre sur la forme d’un instrument international consacré à la sécheresse. Plusieurs pays africains ont défendu l’idée d’un protocole juridiquement contraignant ; d’autres Parties préfèrent des dispositions moins prescriptives. Le sujet a donc été renvoyé à Oulan-Bator et constitue l’un des tests politiques majeurs de cette COP17.

Pour l’Union européenne, la priorité consiste à sortir d’une logique de gestion des catastrophes une fois les dégâts installés. « Nous devons cesser de gérer la sécheresse comme une urgence et renforcer la résilience avant que les crises ne frappent », a déclaré la commissaire européenne Jessika Roswall le 14 août 2026. Bruxelles défend des systèmes d’alerte précoce, la réduction des risques ainsi qu’une gestion plus durable des sols et de l’eau. Treize États membres de l’Union sont eux-mêmes déclarés parties affectées par la désertification au titre de l’UNCCD, signe que le dossier ne peut plus être réduit aux seules régions désertiques du Sud.

Édito – La vérité : un climat qui dérange

 

Pâturages et pays vulnérables : la bataille de l’usage des sols

Les parcours devraient être l’un des marqueurs distinctifs de cette conférence. À l’échelle mondiale, ils occupent environ 54 % des terres émergées, soutiennent au sens large les moyens de subsistance d’environ 2 milliards de personnes et fournissent près de 70 % de l’alimentation du bétail mondial. Jusqu’à la moitié de ces espaces seraient déjà dégradés. L’UNRIC souligne pour sa part qu’ils assurent directement les moyens de subsistance d’environ 500 millions de personnes, une estimation plus restrictive qui vise les populations directement dépendantes de ces écosystèmes.

Cette année 2026 ayant été proclamée Année internationale des parcours et des pasteurs, le sommet doit notamment traiter du rôle des éleveurs mobiles dans la restauration des territoires. Pour ces communautés, protéger les sols ne signifie pas nécessairement fixer les usages. Au contraire, la possibilité de déplacer les troupeaux permet d’éviter une pression continue sur un même pâturage et de suivre la disponibilité saisonnière de l’eau et de la végétation.

La question met en lumière une difficulté centrale de la lutte contre la désertification : restaurer un hectare n’a guère de sens si les règles foncières, l’accès à l’eau ou les politiques agricoles recréent ensuite les conditions de sa dégradation. Les décisions négociées à Oulan-Bator devront donc articuler objectifs écologiques et droits d’usage. C’est particulièrement crucial dans les pays où une grande partie de la population dépend directement de terres communes, de pâturages saisonniers ou de ressources hydriques fragiles.

Des expériences nationales sont déjà mises en avant comme démonstrateurs. Dans son espace officiel de la COP17, la Chine affirme avoir réhabilité environ 15,33 millions d’hectares de prairies dégradées depuis le début de son 14e plan quinquennal. Des programmes de mise en défense et de restauration couvrant des superficies beaucoup plus vastes. Ces chiffres, issus des autorités chinoises et relayés par l’agence publique, illustrent l’échelle que peuvent prendre les politiques de restauration ; ils ne répondent toutefois pas, à eux seuls, aux questions de qualité écologique, de permanence des résultats ou de gouvernance locale.

C’est précisément ce passage de l’hectare annoncé à l’hectare effectivement restauré que les négociateurs devront rendre crédible. Les indicateurs mondiaux montrent déjà que la dégradation avance plus vite que les mécanismes destinés à la combattre. En Mongolie, où la baisse de l’humidité des sols concerne désormais la quasi-totalité du territoire selon le nouvel atlas national, les discussions sur les pâturages, l’eau, le financement et la prévention des sécheresses ne relèvent pas d’un agenda abstrait : elles déterminent les conditions dans lesquelles un pays pourra continuer à produire, élever, se déplacer et habiter ses terres.


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